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A la recherche du temps perdu ( Marcel Proust)
Impression facile
1:Présentation d'ensemble
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Il paraît vain de résumer en quelques lignes les sept volumes qui
constituent le cycle À la recherche du temps perdu, non tant à cause de l’ampleur
de l’ensemble, qu’en raison de la complexité des histoires entrelacées. Il s’agit
donc ici, plus que jamais, d’une présentation, une simple introduction à la
lecture de l’œuvre, moins ardue qu’on ne le dit parfois, et plus passionnante
encore qu’on ne se l’imagine.
Du côté de chez Swann rappelle à la mémoire du narrateur toute
une série de souvenirs. Il évoque les jours heureux passés à Combray, entouré
de toute sa famille, et de leurs amis, entre autres M. Swann, dont il raconte
l’amour passionné, jaloux, puis affadi pour Odette, une femme « qui n’était
pas son genre ». Après une rêverie sur les noms, le narrateur évoque Gilberte,
la fille de Swann, dont il tombe amoureux.
À l’ombre des jeunes filles en fleurs évoque le séjour du narrateur
au Grand-Hôtel de Balbec, au bord de la plage. Il fréquente les Guermantes :
Mme de Villeparisis, le baron de Charlus et le jeune Saint-Loup. Il rencontre
aussi le peintre Elstir, dont l’œuvre lui inspire des réflexions sur l’art.
Parmi les jeunes filles joueuses de la région, son attention s’arrête sur Albertine
Simonet, dont il tombe amoureux.
Le Côté de Guermantes est une peinture de mœurs des salons aristocratiques,
où le narrateur, amoureux de la duchesse, prétend s’introduire. La mort de sa
grand-mère l’affecte beaucoup. Il entreprend une liaison avec Albertine. Il
est finalement reçu chez les Guermantes, dont il décrit les caractères divers.
Sodome et Gomorrhe est une révélation sur les mœurs de quelques
personnages de l’univers de La Recherche, notamment le baron de Charlus, et
Albertine, dont il comprend qu’ils sont homosexuels. Le narrateur ne cesse de
fréquenter l’aristocratie des Guermantes, le salon bourgeois de Mme Verdurin,
et la « petite bande » des jeunes filles en fleur de Balbec. Le narrateur sent
en lui une passion jalouse et brûlante pour Albertine.
La Prisonnière et Albertine disparue : le narrateur invite Albertine
à Paris, et la maintient prisonnière. Mais elle réussit à lui échapper, et il
ne peut la retrouver. Or il apprend la mort accidentelle de la jeune fille.
Commence alors un long travail de deuil.
Le Temps retrouvé conclut le cycle tout entier. La Grande Guerre
fait rage. Le monde, avec le temps, a bien changé, et le narrateur note ces
évolutions, et les révélations nouvelles concernant ses diverses connaissances.
Il découvre un jour sa vocation d’écrivain, pour fixer la fuite du temps par
la beauté d’une œuvre : celle que le lecteur est en train de lire justement.
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2:L'expérience du monde
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Dans ses romans, Proust semble recueillir sa propre expérience
du monde. Malgré toutes les transpositions de l’art, l’œuvre demeure une expérience
quasi autobiographique. Le Combray qu’il évoque est en fait Illiers où il a
vécu. Les plages normandes du récit sont à peu près celles où il allait en vacances.
Les personnages sont inspirés du réel, Swann, de Charles Haas, l’écrivain Bergotte
serait Anatole France, Vinteuil, le musicien Reynaldo Hahn, Charlus, Robert
de Montesquiou, Saint-Loup, Bertrand de Fénelon, et sa passion malheureuse pour
Albertine, qui le trompe dans le roman avec des femmes, est la transposition
de son amour pour Alfred Agostinelli, qui le trompe dans la vie avec des femmes.
Ainsi l’œuvre donne-t-elle le sentiment d’un roman à clefs, qui permettraient
de reconstituer la vie du narrateur-auteur. En réalité, comme le dit Proust,
« il n’y a pas de clefs pour les personnages de ce livre, ou bien il y en a
huit ou dix pour un seul ».
Roman de mœurs, dans la plus pure tradition classique, La Recherche
se présente aussi comme une expérience sociologique. L’auteur présente et analyse
divers types ou groupes sociaux. Il n’oublie pas le monde des domestiques, et
notamment Françoise. Il s’intéresse aux salons bourgeois, dont le snobisme grossier
a pour but d’imiter l’aristocratie, elle-même décadente. Proust, à l’instar
de Balzac, étudie l’influence des milieux sur les individus. Autour des Verdurin
ou des Guermantes se constituent des groupes ou des chapelles, qui construisent
un certain style, un comportement particulier : un habitus social. Outre ces
milieux, organisés selon la hiérarchie sociale verticale, Proust révèle aussi
des milieux transversaux, plus cachés, quoique partout présents, les Juifs et
les homosexuels, sur lesquels lui-même, ayant sa place chez les uns et les autres,
pouvait avoir quelque lumière.
Enfin, Proust analyse également dans La Recherche l’expérience
psychologique de l’amour. L’auteur décrit souvent un phénomène que Stendhal
avait nommé « cristallisation ». Swann, par exemple, aveuglé par ses sentiments,
voit dans cette médiocre courtisane qu’est Odette une femme exceptionnelle,
alors qu’elle n’est même pas son genre, il s’en apercevra trop tard. Il connaît
néanmoins les affres de la jalousie. Toujours absurde, qu’il soit creux ou sincère,
hétérosexuel ou non, l’amour, dans le roman, est source d’illusion, et de désillusion.
L’amour s’exalte, vit et meurt avec le temps, telle est la lucidité cruelle
du récit.
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3:L'expérience de l'art
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L’art est l’un des thèmes récurrents du récit. La rencontre de
Bergotte, Vinteuil et Elstir, l’écrivain, le musicien et le peintre, donne au
narrateur l’occasion de préciser ses vues sur ce sujet. L’art répond à un besoin
constant : échapper à la fuite du temps. Avec le temps, le bonheur d’autrefois,
les êtres chers, l’amour, la jeunesse, tout s’efface peu à peu. Mais le passé
demeure, prêt à surgir à la conscience, et une madeleine trempée dans le thé,
ou les pavés inégaux sur lesquels on trébuche, rappellent à la mémoire affective,
mémoire involontaire du narrateur, mille impressions diverses jusqu’alors oubliées.
Mais ces « fragments d’existence soustraits au temps » peuvent être éternisés
par l’art. Tel est le sens de l’œuvre. Dans la mesure où l’impression est le
seul critérium de vérité authentique, l’œuvre doit traduire ces impressions
et triompher ainsi du temps.
« La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule
vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature. Cette vie
qui en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que
chez l’artiste. Mais ils ne la voient pas, parce qu’ils ne cherchent pas à l’éclaircir.
Et ainsi leur passé est encombré d’innombrables clichés qui restent inutiles
parce que l’intelligence ne les a pas “développés”. Notre vie et aussi la vie
des autres car le style pour l’écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre
est une question non de technique mais de vision [...]. Grâce à l’art, au lieu
de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, et autant qu’il
y a d’artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus
différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l’infini. »
L’art de Proust est donc conforme à son dessein. Ce que le temps
fragmente et désagrège, le moi et l’art peuvent le reconstruire. Le lecteur,
perdu dans les méandres des longues phrases, est tout d’abord perplexe, mais
à la fin du récit, il comprend enfin quelle cathédrale il vient de traverser.
Comme en une immense symphonie, les thèmes croisés et repris, se résolvent,
et le caractère impressionniste du style se justifie tout à fait par l’esthétique
de l’artiste, qui veut traduire des sensations pures. Les dialogues, les personnages,
tout est fondu dans le fleuve des phrases et de la durée, dont émergent cependant
de riches métaphores*, qui rapprochent enfin les réalités que le temps ou l’esprit
éloignent d’ordinaire. Fresque, cathédrale ou symphonie, cette œuvre est quoi
qu’il en soit une des plus belles de ce temps.
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