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Bergson : La philosophie et la science
Impression facile
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La science a peut-être toujours eu l’ambition de tout expliquer. Au temps
de Bergson, le scientisme, doctrine qui prétend tout réduire à des explications
physico-chimiques, dominait jusqu’aux sciences de l’esprit. Convaincu de la
valeur de la science quant à la matière, Bergson entend réserver la science
de l’esprit à la philosophie, renouvelée par une méthode rigoureuse: l’intuition*.
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1. Méthode philosophique de l’intuition
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A. L’intuition et l’intelligence
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Les choses forment une matière une et mouvante. En elle, notre
esprit pense distinguer des choses stables, selon la façon dont nous pouvons
les utiliser. Savoir qu’une chose est une
chose, c’est savoir s’en servir. L’intelligence* est la faculté de l’esprit présidant à ce découpage arbitraire
qui est aussi celui du langage.
Au lieu de former des concepts trop larges pour les choses, comme le faisait
la philosophie selon Bergson, l’intuition comprend les choses selon leurs
véritables articulations: sa précision ne fait pas les concepts trop
généraux, et entre dans les choses mêmes pour épouser leur mouvement: de relative
à celui qui connaît, la connaissance devient connaissance absolue de ce qui
est connu.
La clarté de l’intelligence est celle
de la reconnaissance du déjà connu dans l’inconnu; la clarté de l’intuition,
celle de la compréhension immédiate d’une chose totalement inconnue. La
première découpe l’inconnu en éléments, la seconde le saisit dans son unité
indivisible.
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B. La vérité et les faux problèmes en philosophie
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Ce que l’intelligence nous porte à croire
n’est ni vrai ni faux, mais utile. Nos habitudes de penser sont subordonnées
à l’efficacité, non à la vérité; en les transposant indûment dans le champ de
la connaissance, nous faisons naître des problèmes théoriques.
Ce qui est vrai ou faux en philosophie,
ce n’est donc pas la réponse à un problème, mais le problème lui-même.
L’intelligence pratique pose de faux problèmes: les résoudre, ce n’est pas y
répondre, c’est les dissoudre. Pourtant, un faux problème de la métaphysique
n’est pas un problème arbitraire, mais naturel à l’esprit humain.
En posant les vrais problèmes, l’intuition
donne par le fait même les moyens de les résoudre. La réponse devient
possible sitôt que le problème est bien posé. Reste à la découvrir.
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2. Collaboration de la philosophie et de
la science
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A. Qu’est-ce que la métaphysique?
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Les procédés de l’intelligence s’appliquent légitimement à la matière; mais
les faux problèmes surgissent de leur application à l’esprit. Parce que les
«données immédiates de la conscience» ne se prêtent pas à des constructions
géométriques, chimiques ou mécaniques, les méthodes
de l’intelligence ne conviennent pas à une science de l’esprit.
Parce que l’esprit doit être avant tout saisi comme durée, son étude doit se
faire par l’intuition, seule à même de retrouver la durée sous les constructions
spatialisantes du langage (cf. fiche 68). L’intuition
est la méthode d’une science de l’esprit.
La métaphysique, débarrassée des faux
problèmes et pourvue d’une méthode propre, devient scientifique. Au lieu
de se consumer en débats stériles sur la liberté ou l’immortalité de l’âme,
elle devient capable de résoudre ces questions en en posant correctement les
problèmes.
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B. La métaphysique et la science
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La science positive de la matière est le prolongement de l’intelligence. Son
but est de nous en rendre maîtres. Par son progrès indéfini, la science atteint
le savoir absolu de la matière.
La connaissance de l’esprit est réservée à la métaphysique. Parce que sa méthode
n’est pas l’analyse, mais l’intuition, simple, claire et précise, la
métaphysique peut atteindre d’emblée un savoir absolu et définitif. Restera
à en préciser les données; comme la science, la métaphysique progresse, mais
différemment.
Science de la matière et science de
l’esprit collaborent donc en se partageant les domaines, et se prêtent une assistance
mutuelle sur des questions limitrophes. Ainsi, dans Matière
et mémoire, la question de la relation
de l’âme et du corps est résolue par Bergson avec l’aide conjointe de la métaphysique
et de la physiologie.
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