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Commentaire composé : Chateaubriand. (18/20)
Impression facile
Commentaire du correcteur
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Très bon travail.
Analyse : vous n'avez peut-être pas assez insisté sur la
poésie du texte (vocabulaire et rythme des phrases), mais, pour
un travail fait en quatre heures, c'est vraiment très bien, très
précis, très riche, approfondi.
Organisation : satisfaisante.
Expression : aisée et précise.
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Texte
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versée de l'océan
[…] Sur ce chemin de l'océan, le long duquel on n'aperçoit ni arbres,
ni villages, ni villes, ni tours, ni clochers, ni tombeaux; sur cette
route sans colonnes, sans pierres miliaires, qui n'a pour bornes que les
vagues, pour relais que les vents, pour flambeaux que les astres, la plus
belle des aventures, quand on n'est pas en quête de terres et de mers
inconnues, est la rencontre de deux vaisseaux. On se découvre mutuellement
à l'horizon avec la longue-vue; on se dirige les uns vers les autres.
Les équipages et les passagers s'empressent sur le pont. Les deux bâtiments
s'approchent, hissent leur pavillon, carguent à demi leurs voiles, se
mettent en travers. Quand tout est silence, les deux capitaines, placés
sur le gaillard d'arrière, se hèlent avec le porte-voix: "Le nom du navire?
De quel port? Le nom du capitaine? D'où vient-il? Combien de jours de
traversée? La latitude et la longitude? Adieu, va!" On lâche les ris;
la voile retombe. Les matelots et les passagers des deux vaisseaux se
regardent fuir, sans mot dire: les uns vont chercher le soleil de l'Asie,
les autres le soleil de l'Europe, qui les verront également mourir. Le
temps emporte et sépare les voyageurs sur la terre, plus promptement encore
que le vent ne les emporte et ne les sépare sur l'océan; on se fait signe
de loin: Adieu, va! Le port commun est l'Eternité. Notes: Deux allusions,
au moins, aux mœurs des Romains, qui contribuent à la signification d'ensemble:
Les tombeaux, édifiés hors les murs, le long des voies Les pierres miliaires,
qui, tous les mille ans, jalonnent les voies Parmi les nombreux termes
techniques de marine: carguer: serrer les voiles contre les vergues les
ris: chacune des bandes horizontales constituant des voiles, qu'on replie
pour diminuer la surface de voilure.
Chateaubriand, Mémoires d'Outre Tombe
Sujet:
Vous pourrez être sensible, notamment, à ce que cet épisode de la
vie en mer, au temps de la marine à voile, a de précis, de pittoresque,
voire de poétique, et à la façon dont la description dépasse l'aspect
anecdotique pour atteindre à une portée symbolique. Puis vous en ferez
un commentaire composé que vous organiserez à votre guise.
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Devoir de l'élève
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A la fin du XVIII-ème siècle, il était courant que des Européens en quête
d'aventures et de découvertes s'embarquassent pour l'Amérique, contrée
lointaine et fascinante. Et l'aventure commençait dès le début de la traversée,
sur l'immense océan. Chateaubriand fut l'un de ces hommes las du vieux
continent, et partit donc, lui aussi, plus à l'ouest. Plus tard, quelque
trente ans après, dans son œuvre connue aujourd'hui sous le nom de Mémoires
d'Outre Tombe, il relata ce voyage aller, racontant, entre autres
choses, l'événement que constituait la rencontre d'un autre vaisseau.
Cet extrait, qui est donc la description d'une rencontre en mer, et par
là de l'activité du vaisseau, a également une très large portée symbolique,
reflétant à la fois l'amour de Chateaubriand pour la mer et sa conception
de la vie, de la mort.
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bien
un brin lourd...
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Cette anecdote procure donc, en premier lieu, une image, une vision de
la vie sur un voilier au XVIIIème siècle.
Mais cette description nécessite d'abord celle du cadre, en l'occurrence
l'océan, immense et infini. Chateaubriand lui fait une large place, s'étendant
en une longue énumération sur tout ce que n'a pas la mer, à l'inverse
de la terre. Les premiers mots sont "Sur ce chemin de l'océan"; ils montrent
qu'aux yeux de l'auteur la mer est une voie de passage, une route, comme
il le dit peu après. Et c'est à partir de cette métaphore qu'il peut écrire
qu'on n'aperçoit le long de ce chemin "ni arbres, ni villes, ni tours,
ni clochers, ni tombeaux", tout attributs des chemins terrestres. Cette
énumération par la négative, qui suit un ordre d'importance croissante
-selon les critères humains usuels-, commençant par les plantes, puis
les lieux d'habitation, petits, puis grands, puis les édifices voués à
la défense, donc à la guerre, puis à la religion, et se terminant par
l'évocation des splendeurs romaines, cette énumération donc, niant les
causes de l'orgueil humain, désigne clairement la nudité de l'océan. mais
sa beauté apparaît réellement dans la seconde partie de cette description
grâce au lyrisme développé par l'auteur: la mer est "une route sans colonnes,
sans pierres miliaires, qui n'a pour bornes que les vagues, pour relais
que les vents, pour flambeaux que les astres". On retrouve là encore le
même procédé, et l'évocation des splendeurs grecques -par les colonnes
des temples-, et romaines, ainsi que le champ lexical du voyage par la
route, auquel l'auteur substitue celui de la mer. Ces premiers mots donnent
ainsi l'idée de ce que peut être la solitude sur l'océan, par opposition
à la vie sur le continent.
C'est cette solitude qui explique l'effervescence provoquée par la rencontre
d'un autre navire, qui donne à celle-ci le caractère d'un événement. Chateaubriand
partage d'ailleurs cet enthousiasme, écrivant que sur la mer "la plus
belle des aventures […] est la rencontre de deux vaisseaux". Ainsi, après
avoir longuement montré la nudité des lieux, il connaît la joie éprouvée
à voir de nouveau une construction humaine. L'emploi du pronom personnel
"on" montre que chacun des hommes présents sur le bateau prend part à
l'action, à l'émotion. On remarque une progression dans les gestes de
chacun: "on se découvre [d'abord] mutuellement[…], on se dirige les uns
vers les autres". Puis "les équipages et les passagers s'empressent[…],
les deux bâtiments s'approchent" et s'arrêtent l'un près de l'autre. Outre
cette précision apportée par l'auteur aux mouvements de ces hommes et
de ces vaisseaux, on remarque que l'affairement est général, tant chez
les matelots que chez les voyageurs, et tant sur un bateau que sur l'autre:
cette rencontre est bien un événement pour tous. L'importance des détails
fournis corroborent cette impression, donnant même à la scène un caractère
d'aventure. Enfin, "quand tout est silence", les capitaines prennent la
parole. Ce silence total qui règne sur les deux navires témoigne également
de la grandeur du moment, de sa rareté: tous se taisent, attentifs. Et
cette attitude subsiste encore après: "les matelots et les passagers des
deux vaisseaux se regardent fuir, sans mot dire", le charme de cette rencontre
persistant, ou les incitant à la réflexion. Ainsi chacun se souviendra-t-il
du bâtiment croisé, qui aura, pour un instant, troublé, peuplé, le désert
d'eau.
Enfin, ce récit apporte de précieux renseignements sur la marine à voile,
et sur les mœurs des matelots; il constitue une témoignage historique.
On remarque d'abord la "longue-vue", appareil optique aujourd'hui très
peu utilisé, puis la manœuvre d'arrêt: "les deux bâtiments s'approchent,
hissent leur pavillon, carguent à demi leurs voiles, se mettent en travers".
On reconnaît là une des convenances de l'époque: hisser le pavillon, afin
de décliner son identité -marchand ou pirate...-, et certains termes techniques
aujourd'hui encore employés mais pour de petits voiliers. Puis vient la
conversation entre les deux capitaines, rendue possible grâce au "porte-voix",
qu'on retrouve parfois aujourd'hui, sans doute un peu différent. Mais
à travers cette description de son voyage, Chateaubriand nous raconte
finalement ce qui arrive à tous les vaisseaux. Ceci est visible grâce
à l'emploi du pronom "on", désignant à la fois tout le monde et personne,
et grâce aussi à l'emploi de l'article défini "les", qui désigne tous
les équipages, tous les bâtiments, tous les capitaines. Et l'utilisation
du présent de l'indicatif, dans des phrases aussi brèves, exprime la répétition,
l'habitude, impression que procure également l'interrogatoire réciproque
des deux capitaines, dont les questions sont réduites au plus strict minimum:
"Le nom du navire? De quel port?…". enfin les derniers mots échangés,
"Adieu, va!", que l'auteur reprend plus bas, sonnent comme un traditionnel
au revoir, appartiennent à un certain code de politesse, une règle des
rapports entre les vaisseaux. Ce texte nous apporte donc une image très
signifiante de l'activité sur un grand voilier, nous présentant d'abord
la solitude de la mer, puis les réactions des passagers à la vue de leurs
semblables, et constituant finalement une peinture des mœurs marines de
l'époque.
Cependant, après cette lecture s'attachant au premier sens du texte,
on peut en réaliser une seconde, qui découvre dans cette anecdote une
représentation symbolique du monde.
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oui
oui
Attention : le choix de ces mots, le rythme
de la phrase ne méritent-ils pas aussi un commentaire ?
oui
oui
bien
oui, mais elles méritent d'être
regardées de plus près
oui
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On peut voir dans cette rencontre entre deux vaisseaux sur la mer déserte
la rencontre de deux êtres dans cette vie qui apparaît parfois absurde
et vide. Dans cette optique tous les mots et expressions employés peuvent
revêtir deux sens, applicables aux navires comme aux hommes. La nudité
de la mer, ici célébrée par la flamme de l'auteur devenu poète, négation
de toutes les possessions et jouissances humaines, rappelle que celles-ci
n'ont pas de réelle importance, et que l'homme est toujours seul sur la
route de la vie. Le terme "la plus belle des aventures", situé hors de
ce contexte marin, ferait, quant à lui, immédiatement songer à une aventure
amoureuse, et pourrait donc être interprété en ce sens. Et "la rencontre
des deux vaisseaux" peut aussi bien représenter la rencontre de deux hommes,
de deux esprits. Puis vient la découverte mutuelle, "à l'horizon", la
"longue-vue" représentant les moyens employés pour connaître quelqu'un
à l'avance, l'identifier, ensuite les vaisseaux- hommes "s'approchent,
hissent leur pavillon", c'est-à-dire dévoilent leur identité, ou leurs
idées. Le silence régnant sur les ponts symbolise le silence régnant autour
de deux êtres qui se découvrent, autour de qui tout se tait. Viennent
ensuite les questions, manière de lier connaissance. Là encore, chaque
question peut être destinée à un être humain: le nom du navire est le
sien, son port d'origine sa ville natale, le nom du capitaine celui du
chef dont il dépend, le nombre de jours de traversée son âge, la latitude
et la longitude sa situation présente. Mais alors ils se séparent, chacun
repartant de son côté, attirés, les uns "par le soleil de l'Asie, les
autres par le soleil de l'Europe"; ces soleils représentent des idées,
des projets différents. Et cette séparation montre le caractère éphémère
des relations, la façon dont les hommes se croisent sur le chemin de la
vie, puis se perdent de vue.
Au-delà des rencontres entre les êtres, ce texte propose également une
réflexion sur le destin inéluctable qui les attend tous, la mort. Ce thème
est même explicité par Chateaubriand; Son récit, qui était enjoué et très
vivant, s'emplit de mélancolie dès que "la voile retombe", dès que les
bateaux s'éloignent l'un de l'autre. le silence des passagers est propice
à la méditation, et l'auteur écrit que "les uns vont chercher le soleil
de l'Asie, les autres celui de l'Europe, qui les verront également mourir".
Cette phrase est frappante pour diverses raisons. D'abord par sa construction,
puisqu'on y trouve, à travers une répétition apparente, deux idées -deux
directions, à l'origine- exactement opposées, amis qui finalement mènent
à la même fin. L'emploi du mot "soleil" suggère, quant à lui, de multiples
images: il peut être la puissance, la richesse, la joie, le rayonnement,
le scintillement d'une culture, mais également le soleil couchant, symbole
de la vie qui s'éteint. Et l'auteur réemploie dans la phrase suivante
la même technique de répétition, faisant varier deux termes seulement:
"le temps escorte et sépare les voyageurs sur la terre, plus promptement
encore que le vent ne les emporte et ne les sépare sur l'océan". Cette
séparation des voyageurs, les hommes, sur la terre, est la mort, qui d'après
Chateaubriand agit plus rapidement même que le vent marin. Cela n'a de
sens que symboliquement: la mort semble toujours aux hommes trop rapide,
ils voudraient sans cesse la voir repoussée plus loin, à plus tard. Alors
"on se fait un signe de loin: adieu, va!", signe qui équivaut aux viellées
funéraires, ou aux enterrements, et qui est bien effectivement un signe
"de loin", car le mort est déjà parti très loin. Enfin ce texte se termine
sur l'espoir d'un au-delà, espoir qui apparaît même comme une certitude,
puisque "le port commun Est l'Eternité". La métaphore liant les vaisseaux
aux hommes est donc filée du début à la fin du texte, tandis que l'auteur
répète que la mort est le destin promis à tous. Cependant ce destin n'est
nullement tragique: le port évoque aussi le repos après l'activité, la
retraite paisible, image que renforce le mot "Eternité", qui renvoie à
la notion chrétienne d'espérance. Ainsi l'auteur nous présente-t-il le
destin des hommes, créatures aux relations et à la vie éphémères.
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oui
bien
BIEN : précis et riche !
bien
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Chateaubriand, dans une anecdote tirée de ses souvenirs de voyage, nous
décrit donc non seulement l'immensité de cette mer qui l'attire tant,
l'excitation des hommes à la vue d'un bateau étranger, les mœurs de la
marine à voile de l'époque, mais aussi la conception qu'il se fait de
la destinée humaine, de ces petits êtres éternellement solitaires, qui
ne se rencontrent que pour mieux se séparer, et finissent tous de la même
manière. Ce texte présente donc un intérêt à la fois littéraire -le style
étant harmonieux, voire poétique lors de la description de l'océan-, historique
et philosophique. Chant de gloire, de louange à la mer, amour de Chateaubriand,
il pourra être rapproché des vers d'un auteur qui le suivra, Baudelaire:
"homme libre, toujours tu chériras la mer!", tandis que les derniers mots
me rappellent ces autres vers de Rimbaud :
"Elle est retrouvée.
Quoi? - L'Eternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil."
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très bien
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