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Commentaire d'un texte de Marcel Proust (15/20)

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Une bonne étude du texte, sensible et bien menée.

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ujet:

Marcel, le héros et le narrateur de a la recherche du temps perdu, sur qui la duchesse de Guermantes vient de faire pleuvoir, au cours d'une soirée à l'Opéra, "l'averse étincelante de son sourire", plus que jamais fasciné par elle, ne vit désormais que pour la voir.

Maintenant, tous les matins, bien avant l'heure où elle sortait, j'allais par un long détour me poster à l'angle de la rue qu'elle descendait d'habitude, et, quand le moment de son passage me semblait proche, je remontais d'un air distrait, regardant dans la direction opposée, et levais les yeux vers elle dès que j'arrivais à sa hauteur, mais comme si je ne m'étais nullement attendu à la voir. Même les premiers jours, pour être plus sûr de ne pas la manquer, j'attendais devant la maison. Et chaque fois que la porte cochère s'ouvrait (laissant passer successivement tant de personnes qui n'étaient pas celle que j'attendais), son ébranlement se prolongeait ensuite dans mon coeur en oscillations qui mettaient longtemps à se calmer. Car jamais fanatique d'une grande comédienne qu'il ne connaît pas, allant faire "le pied de grue" devant la sortie des artistes, jamais foule exaspérée ou idolâtre réunie pour insulter ou pour porter en triomphe le condamné ou le grand homme qu'on croit être sur le point de passer chaque fois qu'on entend du bruit venu de l'intérieur de la prison ou du palais, ne furent aussi émus que je l'étais, attendant le départ de cette grande dame, qui, dans sa toilette simple, savait, par la grâce de sa marche (toute différente de l'allure qu'elle avait quand elle entrait dans un salon ou dans une loge), faire de sa promenade matinale -il n'y avait pour moi qu'elle au monde qui se promenât- tout un poème d'élégance et la plus fine parure, la plus curieuse fleur du beau temps.

Marcel PROUST, Le côté de Guermantes, Livre I (1920)

Bibliothèque de La Pléiade, pages 58 et 59.


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- INTRODUCTION

Dans cet extrait de A la recherche du temps perdu, Marcel Proust, célèbre auteur du vingtième siècle qui a tant écrit sur sa vie et sur ses pensées, nous narre la fascination qu'a exercé sur lui la Duchesse de Guermantes. En effet, lors d'une soirée à l'Opéra, cette "grande dame" lui a souri et ce sourire l'a envoûté. Désormais, chaque matin, il se rend sur le lieu de sa promenade pour la voir. Nous étudierons successivement l'importance des apparitions de la duchesse pour Marcel Proust et l'image qu'il a de de cette femme.
Ils désignent les oppositions entre des individus ou des groupes qui s'affrontent
positions symboliques durables.
- L'importance des apparitions de la duchesse

Tout d'abord, pour Marcel Proust, les apparitions quotidiennes de la Duchesse revêtent une grande importance. Il ne vit que pour la voir, cela tourne à l'obsession, mais, en même temps, il a des sentiments contrastés : une grande émotion simultanée avec une peur terrible de l'aborder.

Ainsi, son manège quotidien autour du lieu de promenade et d'habitation de la Duchesse tourne à l'obsession. L'auteur nous le fait ressentir par les nombreux adverbes et expressions temporelles du texte "maintenant, tous les matins, chaque fois, jamais, les premiers jours, quand le moment de son passage me semblait proche". Il ne voit qu'elle, elle est tout ce qu'il regarde. Tous les endroits où il va, ont un rapport avec elle ; ainsi il utilise des adjectifs possessifs et des subordonnées relatives pour déterminer les actions de la duchesse et les lieux où elle va :"l'heure où elle sortait, la rue où elle descendait, son passage, sa hauteur, sa toilette simple". Cependant, la maison de la Duchesse échappe à ces adjectifs possessifs, il dit "la maison", car elle n'y vit pas seule, c'est une femme d'importance entourée de serviteurs, cette maison n'est donc pas entièrement à elle. Marcel Proust écrit aussi cette phrase très significative de son obsession :'il n'y avait pour moi qu'elle au monde qui se promenait". Cette rencontre matinale est à tel point obsessionnelle pour lui qu'il a réglé toute sa vie sur les horaires de la promenade de la duchesse : "Bien avant l'heure où elle sortait, j'allais par un long détour me poster à l'angle de la rue". Il ne veut absolument pas la manquer : "pour être absolument sûr de ne pas la manquer". C'est pour cette raison qu'il préfère arriver toujours très en avance, c'est pourquoi, le texte est marqué par l'attente : "j'attendais" est répété deux fois, "attendant", puis "le pied de guerre", ce qui signifie attendre dans la rue dans l'espoir qu'un artiste sorte pour qu'on puisse le voir. Il est aux aguets et fait attention au moindre bruit, faits et gestes de la maison de la duchesse : "chaque fois que la porte cochère s'ouvrait, qu'on entend du bruit, venu de l'intérieur". Ce qui montre aussi l'importance qu'il accorde à cette rencontre.

Puis, cette rencontre est si importante pour lui, qu'il a organisé toute une mise en scène afin de la rencontrer : "je remontais d'un air distrait, regardant dans une direction opposée et je levais les yeux vers elle dès que j'arrivais à sa hauteur". Il provoque cette rencontre comme si c'était un pur hasard : "comme si je ne m'étais nullement attendu à la voir". A travers les mots "nullement, opposée, distrait", nous pouvons voir qu'il utilise la dissimulation, il est tellement impressionné par la duchesse de Guermantes qu'il n'ose pas l'aborder directement. Il a peur et par ces rencontres, qu'il provoque chaque matin, il a l'espoir qu'un jour elle lui sourira à nouveau.

Cependant, cette vision, cette apparition de la duchesse provoque quand même chez lui des émotions fortes. Proust a été comme frappé par un "coup de foudre" puisque cet amour n'est né que d'un sourire : "l'averse étincelante et céleste de son sourire", ce qui signifie qu'il n'a pas besoin de lui parler pour être profondément touché : sa simple vue lui suffit. Il nous fait part de ce qu'il ressent : "jamais foule (..)ne furent aussi émus que je l'étais". Avec le balancement de "jamais... jamais", Marcel Proust montre que rien n'est comparable à son émotion lors de ces apparitions. Il utilise aussi une métaphore remarquable pour faire part de son trouble intérieur à la seule idée qu'il aurait pu la voir : "chaque fois que la porte cochère s'ouvrait, son ébranlement se prolongeait ensuite dans mon cœur en oscillations". Il compare son cœur à une porte cochère ce qui renforce l'idée que son cœur bat vite donc qu'il est très ému. Il est tellement excité par le fait que la duchesse aurait pu apparaître et se montrer à ses yeux qu'il met du temps avant de retrouver un battement normal : "qui mettait longtemps à se calmer". Nous voyons que ses sentiments sont forts lorsqu'il utilise le mot "fanatique".

Nous avons donc remarqué que Marcel Proust accorde beaucoup d'importance aux apparitions de la duchesse et qu'il est très ému à sa simple vue. D'ailleurs, il n'a d'elle qu'une simple connaissance physique.

 

 

 

 

 

 

 

oui

- L'image de la duchesse

Ensuite, Marcel Proust ne voit pas la duchesse de Guermantes objectivement mais à travers ses yeux d'homme fasciné par elle. Il nous la décrit et nous nous faisons une image d'elle.

Tout d'abord, il s'agit d'une femme de haut rang dans cette société du début du vingtième siècle, ce que nous voyons dans "quand elle entrait dans un salon ou dans une loge", ce qui était réservé à l'aristocratie. Sa maison nous montre aussi son rang, car elle abrite de nombreuses personnes, de nombreux serviteurs ("laissant passer successivement tant de personnes"). De plus, elle a un titre, celui de Duchesse et la vie réglée d'une "grande dame", comme il l'appelle lui-même. Ainsi, chaque jour, elle effectue sa promenade à la même heure ("bien avant l'heure où elle sortait"), au même endroit : "la rue qu'elle descendait d'habitude". Tout ceci suffit pour qu'elle appartienne à un autre monde que celui de Marcel Proust, simple jeune homme sans titre. Son rang effraie quelque peu l'auteur : non seulement il n'ose pas l'aborder, comme nous avons vu auparavant, mais il la préfère dans la simplicité, ce qui la rapproche de lui, de son monde. Il nous fait ressentir cette préférence en opposant "toilette simple" à "grande dame", "grâce de la démarche" et "promenade matinale" à "l'allure qu'elle avait quand elle entrait dans un salon ou dans une loge".

Puis, nous voyons l'importance qu'il accorde au physique avec les métaphores flatteuses qu'il emploie pour la décrire. Il ne connaît que son apparence mais pas son caractère. Il utilise les expressions emplies d'émotion "tout un poème d'élégance et la plus fine parure, la plus curieuse fleur du beau temps", ce qui montre un certain mystère en même temps qu'une beauté parfaite comme une fleur, un bijou ou un poème. Marcel Proust est fasciné par une image, par un sourire, c'est pourquoi il se compare à un admirateur d'artiste "fanatique d'une grande comédienne qu'il ne connaît pas". Ce qui résume bien sa situation, il ne connaît pas non plus la duchesse.

Enfin, en ne connaissant que son physique et son rang, il ne sait pas à quoi il doit s'attendre si un jour elle lui adresse la parole. Il est fasciné par un extérieur dont il ne connaît pas le contenu. Il ne sait pas si elle est une femme merveilleuse ou si elle a mauvais caractère, si elle est médisante, et ce doute se traduit par la comparaison qu'il emploie avec la foule "condamné, le grand homme", "prison, palais", "insulter, porter en triomphe", "exaspéré ou idolâtre". Ces si nombreux termes de sens contraire traduisent le doute et montrent qu'on peut ressentir les mêmes sentiments dans les deux cas, ce qui augmente son trouble. Cette fascination qu'il ressent pour elle, il ignore encore si elle se métamorphosera en amour ou en cauchemar.

Marcel Proust est donc véritablement fasciné par cette grande femme qu'il ne connaît que d'apparence. Il ne sait pas tout à fait à quoi s'attendre avec elle, il a peur de son haut rang. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

oui

- CONCLUSION
Marcel Proust accorde donc une grande importance aux apparitions quotidiennes de la Duchesse de Guermantes lors de sa promenade. Sa seule vue le fascine, mais il est en quelques sortes effrayé par cette femme qui n'appartient pas à la même société que lui, il n'ose pas l'aborder malgré les sourires qu'elle lui a accordés à l'Opéra. Il a été frappé d'un coup de foudre pour cette femme dont il admire particulièrement la beauté mais dont on ignore encore le caractère profond et ce qu'il lui réservera.

Nous pouvons faire ici un rapprochement avec Julien Sorel dans Le Rouge et le Noir de Stendhal, pendant que la cristallisation s'opère avec Madame de Rênal. Il est aussi fasciné par cette femme, mais contrairement à Proust, c'est l'être entier qui l'émeut et non le physique seul.



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