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Commentaire de texte sur Rousseau et la liberté (15/20)
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Bon travail, le texte est compris dans l'ensemble.
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Texte à commenter
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Pufendorf dit que, tout
de même qu'on transfère son bien à autrui par
des conventions et des contrats, on peut
se dépouiller de sa liberté en faveur de quelqu'un. C'est là, ce me semble,
un fort mauvais raisonnement ; car premièrement, le bien que j'aliène
me devient une chose tout-à-fait étrangère, et dont l'abus m'est indifférent,
mais il m'importe que l'on n'abuse point de ma liberté, et je ne puis,
sans me rendre coupable du mal que l'on me forcera à faire, m'exposer
à devenir l'instrument du crime. De plus le droit de propriété n'étant
que de convention et d'institution humaine, tout homme peut à son gré
disposer de ce qu'il possède : mais il n'en est pas de même des dons essentiels
de la nature, tels que la vie et la liberté, dont il est permis à chacun
de jouir et dont il est moibns douteux qu'on ait droit de se dépouiller.
En s'ôtant l'une, on dégrade son être ; en s'ôtant l'autre on l'anéantit
autant qu'il est en soi ; et comme nul bien temporel ne peut dédommager
de l'une ou de l'autre, ce serait offenser à la fois la nature et la raison
que d'y renoncer à quelque prix que ce fût.
Discours sur l'origine de l'Inégalité entre
les hommes, 2-ème partie, Rousseau.
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Copie de l'élève
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Dans ce texte extrait de la deuxième partie du Discours sur l'origine et
les fondements de l'Inégalité parmi les Hommes, Rousseau, évoque le
thème de la liberté. Selon ce philosophe du XVIII-ème siècle, la liberté
est inalénable. Nous ne pouvons donc ni la donner ni la vendre. Mais comment
Rousseau soutient-il cette thèse ? Pouvons-nous aussi la partager ? Oserait-il
souhaitable de la nuancer ?
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I
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Rousseau
oppose dans ce texte sa thèse à celle d'un autre philosophe, Pufendorf.
Rousseau pense que s'il est en effet possible de donner un bien matériel,
temporel, il est en revanche impossible de faire don de sa liberté. En effet,
lorsque nous donnons un bien matériel tel qu'un objet, nous n'avons désormais
plus aucun rapport avec lui. L'action de l'aliéner signifie qu'il devient
autre, étranger à son ancien propriétaire qui cesse d'en être responsable
et lui devient même totalement indifférent. Ainsi l'usage que peut en faire
le receveur lui est également étranger, que celui-là en abuse ou non. C'est
pourquoi il n'y a aucune objection à faire quant à la donation d'un objet
matériel. Cependant, nous ne pouvons pas raisonner de cette manière à propos
de la liberté. Car la liberté n'est pas un bien comme les autres à savoir
que, précisément, on ne peut s'en défaire. On peut en effet concevoir de
continuer d'exister essentiellement inchangé en dehors de tous les autres
biens matériels, immatériels, tels que les privilèges, les droits, l'affection
d'autrui, ou même physiques tels que la santé ou certains organes de son
corps, mais il est impossible de devenir étranger à sa liberté. Inconfort
et sentiment de frustration varieront proportionnellement aux privations
imposées. On peut vivre amputé d'un bras mais non de sa liberté.
Rousseau utilise pour démontrer son point de vue la notion de culpabilité.
Non seulement nous engageons notre responsabilité morale en acceptant de
devenir éventuellement l'instrument d'un crime, mais le sentiment de culpabilité
qui s'ensuit indique que malgré notre décision de renoncer à toute liberté,
nous continuons de penser et d'avoir des jugements de valeur. Or l'aliénation
de la liberté suppose l'aliénation de toutes les formes de liberté : la
liberté d'agir, certes, mais aussi la liberté de penser et de vouloir. Elle
suppose l'aliénation du libre-arbitre, en ce qu'il est la faculté de se
déterminer librement, en dehors de toute contrainte. Pourtant, si nous conservons
la conscience d'avoir mal agi, c'est que nous n'avons pas réellement renoncé
à la liberté de penser, d'émettre des jugements de valeur, c'est que nous
nous donnions le choix moral, malgré le marché conclu, de ne pas obéir à
l'ordre criminel, et que nous ne l'avons pas saisi. Il est donc tout aussi
impossible de se défaire totalement de sa liberté, quoi qu'on ait préalablement
décidé, que d'affirmer lui être devenu indifférent. Car la première clause
exigerait que nous réussissions à superposer notre volonté à celle du maître
que nous nous sommes donnés, donc que nous aliénions également notre personne
morale ; la seconde clause impliquerait que nous réussissions à devenir
des automates dans les mains d'un agent extérieur, donc que nous aliénions
aussi notre personne psychologique.
Rousseau tente ensuite d'expliquer ce qui fait la différence entre la liberté
et tous les autres biens que nous pouvons posséder hormis la vie. Le droit
de propriété, dit-il n'est qu'une convention, qu'une institution humaine,
au même titre que les autres droits civils. C'est l'homme qui l'a établi.
Dans la nature et dans certaines sociétés primitives, il se réduit au droit
du plus fort. L'homme peut donc défaire ce qu'il a fait. Mais la liberté
et la vie sont des " dons essentiels de la nature ". On ne peut donc les
aliéner sans aliéner en même temps son essence propre autrement dit sans
se détruire. Or, à moins d'être fou, on ne peut se vouloir du mal. On ne
peut toutefois pas poser l'hypothèse d'être fou. Donc on ne peut que chercher
à se faire du bien, ce qui revient en premier lieu à s'opposer inconditionnellement
à cette destruction de soi-même. En se dépouillant de sa liberté, on aliènerait
aussi sa conscience morale : " on se dégraderait ". En se dépouillant de
sa vie, on détruirait en soi toute conscience d'être, on s' " anéantirait
". Or vivre dépossédé de toute conscience équivaudrait à ne pas vivre du
tout. S'ôter la liberté signifierait donc s'ôter la vie, ce qui serait contre-nature,
contre l'instinct naturel de survie : ce serait " offenser la nature " que
de détruire ce qu'elle nous a donné.
D'ailleurs, en échange de quelle contre-partie, de quels biens supérieurs
pourrait-on souhaiter sacrifier sa liberté et par conséquent sa vie ? Quelle
que soit leur nature, ce serait des biens dont on ne pourrait jamais jouir
puisqu'on n'existerait plus en tant qu'homme. Cette fois, c'est la raison
qui serait offensée, car on aboutirait à un non-sens. De plus, la vie étant
le bien sans lequel on ne peut jouir des autres biens, c'est donc le premier
bien, celui dont la valeur transcende celle de tous les autres ; ce serait
donc encore faire injure à à la raison et à la nature qui nous en a fait
don que de vouloir échanger un bien de valeur supérieure contre un autre
qui lui serait inférieur. |
p |
Pourtant
la thèse de Pufendorf n'est pas tirée du néant. Il est des hommes qui sont
volontairement devenus esclaves, aliénant leur liberté pour préserver un
bien sans lequel leur liberté leur deviendrait inutile. Ainsi la civilisation
du Moyen-Age a vu se former le système de la féodalité. Devenus incapables
de se défendre contre les invasions incessantes, les paysans, pour assurer
leur survie ont échangé leur liberté contre la protection des seigneurs,
devenant ainsi des serfs. De la même façon, combien de mariages ont été
contractés, toute notion de servitude et d'avilissement volontairement mise
à part avec, pour seule motivation la préservation de l'honneur, la garantie
de la sécurité, matérielle ou le sens du devoir vis à vis d'un enfant à
qui il faut donner une famille ?
Y aurait-il donc pour certains des biens plus précieux que la liberté ?
En fait, ces hommes n'ont aliéné qu'une partie de leur liberté, celle qui
ne remet pas en cause l'essence de leur être mais affecte seulement leur
mode de vie. Ce choix étant l'effet de la liberté, ces personnes peuvent
toujours se féliciter d'avoir fait le bon choix en optant pour la sécurité
physique ou matérielle, l'honneur ou la satisfaction du devoir accompli.
C'est un choix qui leur a permis de conserver le repos de l'esprit, qu'on
appelle aussi la liberté d'esprit. En effet, les soucis de tout ordre tels
que le danger, la honte, le sentiment de culpabilité peuvent empêcher l'esprit
de fonctionner librement en suscitant des distractions. Eliminer ces osucis
consiste à éliminer ces entraves à la liberté de l'esprit, même s'il faut
accepter pour cela des contraintes.
De fait, on définit généralement la liberté de façon négative comme étant
l'absence de toute contrainte, ce qui évite d'avoir à énumérer un nombre
illimité de libertés différentes. On s'aperçoit alors qu'il existe deux
types de contraintes qui définissent à leur tour deux types de liberté :
les contraintes extérieures à soi-même, qui émanent d'autrui ou de l'univers
physique et les contraintes intérieures, qui émanent du plus profond de
soi-même. Il en découle que si l'on peut aisément concevoir de s'abandonner
à des contraintes extérieures, il est en revanche impossible d'aliéner ses
contraintes intérieures, de les remplacer par celles émanant d'autrui, car
alors elles deviendraient des contraintes extérieures. Il est également
impossible qu'en obéissant à des contraintes intérieures, on alièbne sa
liberté puisqu'on obéit alors à soi-même, à son propre jugement, aux lois
qu'on s'est forgées. " L'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté
". On n'est alors esclave de personne mais absolument maître de sa liberté.
Car par liberté, il faut entendre celle qui nous etst intrinsèque, celle
qui concerne notre jugement, notre pensée, celle qui définit notre personne
morale et intellectuelle. Epictète disait au tyran : " Tu es le maître de
ma carcasse, prends-la. Tu n'as aucun pouvoir sur moi. "
Ainsi notre libre-arbitre, qui est ce en quoi consiste notre liberté essentielle,
ne peut que demeurer intact : puisqu'il n'admet aucune contrainte, il ne
peut être cédé à personne. Ce serait un non-sens. Plus qu'une possession,
il est un état, notre état. Il est certes des contraintes intérieures inconscientes
dues à des complexes, des inhibitions, des passions et qui sont révélées
par la psychanalyse. Elles viennent perturber le libre développement de
notre personnalité et entraver notre libre-arbitre. Mais du fait que nous
ne sommes pas conscients de ces contraintes, nous ne pouvons être accusés
de vouloir leur aliéner notre liberté. Elles n'entrent donc pas en considération.
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L |
L'opposition
entre la thèse de Rousseau et celle de Pufendorf tient donc principalement
au fait qu'elles ne prennent pas en compte la même conception de la notion
de liberté. Car s'il est immoral et irrationnel de vouloir aliéner sa liberté
essentielle, s'il est même inconcevable de pouvoir le faire, il est toujours
possible sde mettre en gage certaines libertés dont la jouissance est garantie
à l'Homme par l'Homme et ceci par le truchement de quelque " convention
" ou " contrat ". On fait ainsi la différence entre les libertés et la Liberté.
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