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Commentaire de texte sur Rousseau et les passions (15/20)

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Le commentaire est bon mais un peu insuffisant à la fin.
Votre deuxième partie est intéressante et relativement bien ordonnée mais aurait pu poser la question qu'elle laisse implicite : si la passion entraîne l'exercice de la raison mais la fait fonctionner à faux, comment la raison, elle, peut-elle raisonner juste ?

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Quoi qu'en disent les moralistes, lentendement humain doit beaucoup aux passions, qui, d'un commun aveu, lui doivent beaucoup aussi. C'est par leur activité que notre raison se perfectionne; nous no cherchons à connaîtreque parce que nous désirons de jouir ; et iol n'est pas possible de concevoir pourquoi celui qui n'aurait ni désirs ni craintes se donnerait la peine de raisonner. Les passions à leur tour tirent leur origine de nos besoins et leur progrès de nos connaissances. Car on ne peut désirer ou craindre les choses que sur les idées qu'on peut en avoir, ou par la simple impulsion de la nature ; et l'homme sauvage, privé de toute sorte de lumière, n'éprouve que les passions de cette dernière espèce. Ses désirs ne passent point ses besoins physiques ; les seuls qu'il connaisse dans l'univers sont la nourriture, une femelle et le repos ; les seuls maux qu'il craigne sont la douleur et la faim. Je dis la douleur et non la mort ; car jamais l'animal ne saura ce que c'est que mourir ; et la connaissance de la mort et de ses terreurs est une des premières acquisitions que l'homme ait faites en s'éloignant de la condition animale.

Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l'Origine de l'Inégalité I, 1755


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En 1755, au siècle des Lumières, Jean-Jacques Rousseau, écrivain et philosophe de Genève, publie le Discours sur l'Origine de l'Inégalité. Nous en étudierons un extrait dans lequel il réfute l'opposition traditionnelle entre la raison et les passions. Il nous faut tout d'abord tenter de définir ce qu'entend Rousseau quand il utilise les mots " raison " et " passion ". Pour lui, la raison est à la fois l'entendement et la recherche de la connaissance. Les passions, elles, englobent les sentiments, les émotions et les désirs, mais l'auteur précise qu'il distingue celles qu'éprouve l'homme sauvage de celles connues par l'homme civilisé. Nous expliquerons ensuite comment Rousseau démontre que raison et passions sont indépendantes en ce qui concerne leur développement. Puis nous chercherons si ce texte recouvre bien tout le problème, ou si, au contraire, il n'a pas de limites, et si il ne conviendrait pas de nuancer ou tout au moins de compléter la thèse de Rousseau.

 

 

 

soit

Au sens étymologique le terme de passion désigne la passivité, le fait desubir. Cette signification très large du mot passion persiste encore chez Descartes. Il désigne dans Le Traité des Passions tous les phénomènes passifs de l'âme, les modifications produites en elle par l'agitation des " esprits-animaux ", autrement dit par la mécanique neurophysiologique. La passion exprime ainsi l'esclavage que notre corps fait subir à notre âme. C'est pourquoi les moralistes traditionnels depuis ceux de l'Antiquité en passant par les Evangélistes (Saint Marc : " si ton oeil entraîne ta chute, arrache-le "), Saint Augustin et Pascal, ont soutenu que les passions devraient être anéanties. C'est ce contre quoi Rousseau s'insurge. Et pour tenter de rapprocher les passions de la raison, il commence par rappeler ce que personne ne conteste (" d'un commun aveu "), à savoir que nos passions n'auraient pas l'aspect élaboré que nous leur connaissons si l'exercice de notre raison n'avait pas grandement concouru à leur développement. Il suffit, pour s'en convaincre, de considérer l'homme sauvage, privé de toute sorte de Lumière, et de comparer ses passions qui ne sont plus ou moins que des " besoins physiologiques " (appétit, sommeil, sexualité, souffrance...), avec les nôtres qui se caractérisent par ce qu'il y a en elles de réfléchi, d'organisé, de cohérent, de systématique. Ainsi, s'il est vrai qu'un être désincarné ne pourrait éprouver aucune passion, on ne saurait expliquer totalement les passiona à partir du corps. La passion est un phénomène psychologique complexe qui ne relève pas seulement de la mécanique physiologique. L'amour-passion indique une " individualisation élective du désir sexuel ", un choix dont l'amoureux cherche à rendre compte par de multiples arguments. L'avarice est une passion " abstraite " qui exige le concours de l'intelligence : l'avare accumule de l'or, des billets de banque ou des titres de sociétés, c'est-à-dire des richesses virtuelles, des symboles de richesse, des moyens de dépense possibles. Cette passion " intellectuelle " qui se repaît de symboles, ne saurait avoir d'explicationpurement physiologique. On peut en dire autant de l'ambition qui va bien au-dela de la satisfaction des besoins et du désir de vengeance d'un individu offensé, humilié qui peut en repousser l'exécution pendant de nombreuses années et même chercher à atteindre sa victime à travers une tierce personne. Ce " raffinement " n'a rien de comparable avec le geste spontané du primitif qui rend sur-le-champ coup-pour-coup. D'ailleurs la psychanalyse semble a posteriori donner raison à Rousseau, en ce qu'elle trouve des causes logiques à des passions apparemment inexplicables par la raison traditionnelle. Ainsi l'avarice a souvent pour cause quelque crainte infantile de mourir de faim, l'ambition prend souvent sa source dans le désir de compenser une ancienne humiliation. Il en est de même pour la passion du vol ou kleptomanie, liée à une frustration inconsciente qu'elle chercherait désespérément à compenser (des objets en or symbolisant l'affection dont on a été privé). Et le coup de foudre ne serait qu'une réminiscence soudaine mais inconsciente de notre passé.
Comment maintenant prouver la réciproque, c'est-à-dire que c'est par l' "activité " de nos passions que " notre raison se perfectionne " ? Tout simplement parce qu'aucune décision volontaire ne serait jamais prise, aucun effort ne serait jamais entrepris par un être indifférent, incapable de se passionner par quoi que ce soit. " Rien de grand ne s'est accompli dans le monde sans passion " dira plus tard Hegel. Privée des passions qui l'alimentent, notre raison fonctionnerait à vide : " un homme sans passions serait un roi sans sujets " (Vauvenargues) ou plus probablement, elle ne fonctionnerait pas du tout comme un moteur privé d'énergie. Ainsi, notre instinct de conservation, transformé en " terreur de la mort, une des premières acquisitions que l'homme ait faites " nous mène dans la voie de la recherche médicale, nous conduit à l'élaboration de tout un système de mesures de sécurité applicables en toutes circonstances. Notre cupidité pour la possessiobn et la jouissance de biens matériels nous pousse dans la voie de la recherche scientifique avec l'espoir de faire des découvertes qui permettront l'invention des machines plus performantes ou dans celle des sciences économiques avec le dessein d'améliorer la productivité et la rentabilité du travail. L'ambition aussi nourrit la recherche scientifique. Quel savant ne rêve pas d'être le premier à faire telle ou telle découverte importante qui le couvrira de gloire ? Et les découvertes dans le domaine psychologique ne sont-elles pas souvent accomplies par des hommes qui cherchent avant tout à connaître le caractère et le comportemùent mystérieux de l'être aimé (Proust) ? Autrement dit l'amoureux ou plus généralement le passionné cherche à mieux connaître pour mieux posséder. Peut-être ne possèdera-t-il rien de plus, mais du moins il en saura davantage car sa passion l'aura poussé à faire fonctionner sa raison.
Pourtant de nos jours encore dans les faits divers, on lit souvent que tel ou tel meurtrier a bénéficié de circonstances atténuates pour crime passionnel. Après Rousseau, des philosophes comme Kant ont continué à dire qu'il fallait se méfier des passions, véritables " maladies de l'âme ". Ceci tend à prouver que le problème est loin dêtre résolu et nous invite à nous pencher sur la première phrase du texte de Rousseau : " l'entendement humain doit beaucoup aux passions qui lui doivent beaucoup aussi ". Or qui dit " beaucoup ", ne dit pas " tout ". Ne convioendrait-il pas maintenant d'étudier les cas où passions et raison ne vont pas de pair mais au contraire à l'encontre l'une de l'autre ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous ne commentez pas d'assez près la fin du texte, sur la condition animale, l'homme sauvage, la mort...

Certes en effet, le passionné raisonne beaucoup, beaucoup plus parfois que l'homme équilibré, mais il raisonne à faux. Le jaloux, par exemple, passe son temps à épier des signes. Il retient tout ce qui peut justifier sa jalousie, le grossit, et néglige tout le reste. Sur de faibles indices, il construit des raisonnements qui ont une structure très rigoureuse, mais dont la base est très fragile. Le trait le plus remarquable de cette "logique des passions" est que le raisonnement passionnel demeure imperméable aux réfutations d'autrui et ceci s'explique par le fait que la conclusion, au lieu de découler du raisonnement qui la précède est posée d'abord. L'échafaudage du raisonnement n'est construit qu'après coup, pour justifier la passion. Ainsi, Othello est jaloux de Desdémone dès l'origine car, à cause d'un complexe d'infériorité dû à des préjugés raciaux, il ne s'estime pas digne d'elle. Il accueille alors sans critique les plus frèles indices et les arguments les plus contestables tendant à prouver son infidélité. Et, pour avoir trop désiré conserver son amour, il finit, en la tuant, par le perdre, ce qui va à l'encontre de la raison. Dom Juan est si certain de n'être pas aimé que toujours il séduit, et toujours, il refuse de croire à l'amour qu'on lui porte. Et Proust écrit: "C'est le propre de l'amour de nous rendre à la fois plus défiants et plus crédules, de nous faire soupçonner plus vite que nous n'aurions fait une autre que celle que nous aimons et d'ajouter foi plus aisément à ses dénégations.3 Avec unse subtilité souvent étonnante et avec un raisonnement dont les mécanismes sont tout-à-fait corrects, le malade paranoïaque interprête tout ce qui se passe comme autant de signes d'hostilité à son égard. Mais c'est le point de départ, l'inspiration du raisonnement qui pêche. Et c'est d'une fçon très logique que le délire des grandeurs s'enchaîne au délire de la persécution: si tout le monde s'acharne à persécuter cet individu, n'est-ce pas la preuve qu'il est un personnage de premier plan, investi d'une mission particulière ? Pourtant il n'est rien qu'un homme ordinaire. Et la raison quand elle est mise au service des passions, n'est plus fiable. Ainsi "le fou est celui qui a tout perdu sauf la raison". Pas davantage fiables du point de vue de la raison ne sont les passions dont les conséquences sont l'opposé du burt qui était recherché. S'emparant de notre intelligence, elles nous attachent à des objets souvent médiocres qu'elles recouvrent de prestiges illusoires. C'est en amour le phénomène que Stendhal appelle "cristallisation". Ainsi, l'amoureux qui aspire au bonheur conjugal est-il ruiné, humilié, trompé, deshonoré, abandonné et livré au désespoir par le femme indigne sur qui il a projeté son idéal de perfection. Le joueur qui sait sa ruine imminente continue de se précipiter tous les soirs au casino.
Tous ces exemples nous montrent que Rousseau a laissé de côté de nombreuses circonstances où les passions entrent en conflit avec la raison, soit parce qu'elles faussent l'exercice normal du jugement, soit parce que, développant à l'excès un sentiment, elles appauvrissent tous les autres, introduisant ainsi en nous désordre et déséquilibre. Elles apparaissent alors comme une valorisation partielle et partiale du monde, un rétyrécissement de notre univers à la mesure d'une valeur unique qui nous empêche de nous adapter aux situations réelles. Il y a une obnubilation passionnelle qui nous dissimule nos véritables intérêts et nos exigences les plus profondes. Tandis que l'homme qui est maître de sa raison agit en fonction de sa personnalité toute entière, sait hiérarchiser avec lucidité ses valeurs et tient compte de tous les paramètres, le passionné est l'homme d'un seul instant et d'un seul instinct et tous ses autres besoins s'en trouvent dangereusement masqués. Il est dépossédé de lui-même, il cesse d'agir; il est agi par une force qui s'est emparée de lui. Ainsi Phèdre (Racine) avoue qu'elle a pris en horreur sa flamme et Oreste s'écrie: "Je me livre en aveugle au destin qui m'entraîne".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quels sont ces intérêts ? Où se révèlent-ils ? Ne pourrait-on pas soutenir la thèse que la valeur de la passion est de révéler au sujet ce qui est son intérêt premier ? cf. les Romantiques

Sans contredire la thèse de Rousseau, on peut donc toutefois se limiter à prendre le texte à la lettre et à constater que l'"entendement humain doit beaucoup aux passions" et non tout, et seulement déplorer que l'auteur n'ait pas aussi considéré les autres cas, ceux où raison et passions ne prennent pas le même chemin.

Mais Rousseau n'a-t-il pas volontairement présenté uniquement l'aspect positif des passions, sources de progrès, cherchant ainsi à les réhabiliter ? En effet, alors que pour la morale traditionnelle, les passions sont mauvaises car elles émanent du corps et entravent le libre exercice des vertus de l'âme qui, elles, émanent de Dieu; pour Rousseau, elles sont bonnes car elles émanent de la nature qui est bonne. Pourquoi dégénèrent-elles parfois ? Ne serait-ce pas le fruit de la société et de ses lois répressives qui aliènent la nature bonne de l'Homme ?

 

Interprétation discutable mais intéressante. Pour Rousseau, ce ne sont aps les lois de la société mais la société elle-même avec la structure de comparaison-à-l'autre qu'elle fait intérioriser à tout individu, qui gâte la bonté naturelle de l'homme.



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