|
Commentaire du poème : "Petite mort pour rien" Corbière (16/20)
Impression facile
Commentaire du correcteur
| |
retour |
Le poème est très bien compris et senti; l'expression est
claire, nuancée et ferme. Le plan, bon dans les grands ensembles
aurait pu être plus ferme dans certains aspects de détail;
de même que tu aurais pu être plus sensible à certains
effets d'art (sonorités, images, discordances de niveaux lexicaux...)
|
Texte
| |
retour |
tite mort pour rire Va vite, léger peigneur de comètes!
Les herbes au vent seront tes cheveux;
De ton œil béant jailliront les feux
Follets, prisonniers dans leur pauvre tête…
Les fleurs de tombeau qu'on nomme
Amourettes Foisonneront plein ton rire terreux…
Et les myosotis, ces fleurs d'oubliettes…
Ne fais pas le lourd: cercueil de poètes
Pour les croque-morts sont de simples jeux.
Boîtes à violon qui sonnent le creux…
Ils te croiront mort -les bourgeois sont bêtes-
Va vite, léger peigneur de comètes!
Les Amours jaunes (1873), Tristan Corbière
Notes "petite mort": l'expression était utilisée dans le langage médical pour
désigner une syncope.
Les "comètes" sont des astres présentant un noyau brillant (tête) et une
traînée gazeuse (chevelure).
L'expression "tirer des plans sur la comète" est une locution figurée
signifiant "faire des projets chimériques".
"feu follet": petite flamme due à une exhalaison de gaz spontanément combustible,
qui se dégage des endroits marécageux où des matières animales se décomposent.
"amourette": nom courant ou dialectal de diverses plantes des champs telles
que le muguet ou la brize.
"myosotis": plante à petites fleurs bleues qui croît dans les lieux humides
et est aussi appelée "herbe d'amour" ou "ne m'oubliez pas".
Sujet: La vie et la mort, le poète et le bourgeois, le lyrisme
et le sarcasme, la commisération et la dérision… Vous ferez le commentaire
composé de ce poème tout en contrastes, de ce rondeau irrégulier, commentaire
que vous organiserez à votre guise mais fermement.
|
Devoir de l'élève
| |
retour |
|
Chaque être humain, à un quelconque moment de sa vie, se trouve attiré
par la mort, dont le caractère inconnu a un charme mystérieux. Et les
poètes, ces hommes particuliers, souvent extrêmement sensibles et passionnés,
ont laissé beaucoup d'écrits à propos de cette redoutable séductrice.
Dans Les Amours jaunes, recueil de poèmes parus en 1873, Tristan
Corbière fit paraître la "Petite mort pour rire", inspiré comme
le reste du recueil par un amour malheureux. La "Petite mort pour rire"
rondeau irrégulier au contenu tout en contrastes, exprime en premier lieu
une grande volonté de mourir, et reflète en second lieu, à travers l'évocation
de cette mort, la pensée de Corbière: la mort -en tout cas celle du poète-
n'en est pas une, et est encore la vie.
|
bien
|
|
Ce poème consiste d'abord en un appel à la mort; le poète s'encourage
lui-même à mourir.
Cette volonté de mort, pleine de lucidité, découle d'une déception -ou
plutôt d'un désespoir- amoureuse. On remarque l'amertume du poète qui
se parle à lui-même, et son malheur apparaît -transparaît- plus particulièrement
dans la seconde strophe, lorsqu'il imagine autour de son cadavre "[L]es
fleurs de tombeau qu'on nomme Amourettes"; l'auteur joue ici sur le double
sens du mot "amourette", représentant à la fois les fleurs des champs
et à al fois ces petites amours, pas nécessairement très sérieuses, qui
passent, c'est-à-dire se terminent mal et trop rapidement. Des "amourettes"
dites "fleurs de tombeau", ce qui insiste sur leur caractère éphémère,
voué à la mort. Il parle également des "myosotis, ces fleurs d'oubliette";
or les myosotis, fleurs de l'amour, sont aussi appelées "ne m'oubliez
pas", alors que les fleurs d'oubliette" sont des fleurs vouées à l'oubli,
destinées à être jetées, à disparaître. Cette double négation d'un amour
durable reflète la déception du poète, son amertume désespérée.
A travers ce rondeau, Corbière se tourne lui-même en dérision, signe qu'il
ne s'estime pas, ou plus, qu'il désire donc mourir. Il est à noter d'abord
l'emploi de la seconde personne du singulier qu'utilise l'auteur pour
se parler à lui-même, et qui provoque une distanciation entre les deux
parties de son être: celle qui souffre, encore très humaine, et l'autre,
plus forte, lucide, puissante, qui voudrait l'inciter à mourir, en lui
montrant son ridicule. Il se nomme dès le début "léger peigneur de comètes",
une métaphore représentant un grand rêveur, un idéaliste prêt à s'envoler.
En effet le "peigneur de comètes" serait une personne qui peignerait,
coifferait la chevelure des étoiles, sens proche de l'expression "tirer
des plans sur la comète", qui signifie "faire des projets chimériques".
Le terme "léger peigneur de comètes", qui pourrait être simplement affectueux,
prend dans le contexte un sens plus péjoratif, et le point d'exclamation
qui le suit semble indiquer une petite exaspération, une certaine commisération
à l'égard de cet homme qui ne sait que rêver. Plus tard il s'enjoint de
ne pas "fai[re] le lourd", de la même façon qu'il parlerait à un enfant
voulant commettre une bêtise. La partie forte du poète révèle à l'autre
ses faiblesses, cherche à l'en préserver. Faire le lourd, ce serait prendre
de l'importance, renoncer à cette légèreté essentielle chez le poète,
rentrer dans le monde des autres, des "bourgeois", des "croque-morts"…
Corbière est encore amer lorsqu'il évoque "les boîtes à violon qui sonnent
le creux", représentant les cercueils des poètes. Le violon, dans cette
métaphore, serait alors le poète, avec l'image de la mélancolie associée
à cet instrument; et, le plus grave, cette boîte à violon "sonne le creux",
n'est donc finalement que vide, inutilisée. Corbière semble ainsi prendre
plaisir à se moquer de lui-même, plein d'amertume.
Enfin cette mort est envisagée avec calme, dans un futur certain et qu'il
ne craint pas; envisagées aussi les regards d'autrui sur cette mort, tranquillement
et lucidement. Dès les premiers mots, "Va vite", on ressent l'énergique
volonté du poète, sa ferme résolution: cette injonction à mourir n'est
pas une faible plainte. Et cette résolution se retrouve tout au long du
texte, à travers les futurs de l'indicatif qui le parsèment. Le poète
sait déjà comment sera sa mort, ce qu'elle sera, il est plein de certitudes.
De plus il ne se fait aucune illusion: il sait que "les cercueils de poète/
pour les croque-morts sont de simples jeux". Il sait donc que la mort
des poètes, ces hommes souvent marginaux, artistes passionnés, voyageurs,
instables, ne compte guère aux yeux de la société, que symbolisent les
croque-morts, une société qui se joue de la vie des poètes malheureux.
Mais cette mort choisie, si elle n'a d'importance aux yeux de personne,
est considérée par le poète comme un acte proclamant sa supériorité sur
les "bourgeois", terme désignant tous les hommes à l'existence calme et
réglée, vivant bien, tous ceux qui ne sont ni pauvres ni artistes. Et
Corbière écrit ainsi: "Ils te croiront mort/ Les bourgeois sont bêtes".
Enfin le poème se termine sur le premier vers, et l'on retrouve cette
volonté d'agir rapidement -impression renforcée par l'allitération en
-v- dans "Va vite"- , cet enthousiasme à l'approche de la mort mêlé de
commisération, de dérision, voire peut-être d'angoisse -pourquoi aller
vite, si ce n'est pour éviter de renoncer à son entreprise? Ainsi ce rondeau
exprime-t-il avant tout une puissante envie de mourir, accompagnée d'un
retour sur soi-même.
|
très bien
emploi ironique
bien
donc ambivalence
très bien
très bien
bien
très bien
|
|
Cependant cette mort, si lucidement envisagée, n'est pas évoquée comme
une véritable fin.
La mort du poète est si étroitement liée avec la vie qu'elle n'est pas
la mort réelle. Ainsi, dès le second vers du poème, Corbière décrit le
poète mort, mais au milieu des végétaux bien vivants: "les herbes au vent
seront [s]es cheveux", des fleurs " foisonneront plein [s]on rire terreux":
cette mort apparaît presque comme une transformation en un autre élément
naturel, ou une fusion avec la nature. Cependant les mots "foisonneront
plein ton rire terreux" ont une résonance inquiétante, provoquée par l'allitération
en -r-, et l'alliance des mots "rire" et "terreux". Alors que "foisonner"
et "rire" sont symboles de vie, de gaieté, "terreux" évoque l'enfouissement,
les ténèbres. Le poète imagine sur sa tombe, et dans sa bouche, des fleurs
-vivantes-, mais des fleurs qui rappellent des expériences qu'il a réalisées
durant sa vie, les déceptions rencontrées. Un étrange mélange, étrange
rapport entre vie et mort. Ce portrait du mort mentionne également des
"feux follets", qui "jailliront" "de (s]on œil béant", feux follets à
la fois inquiétants et surprenants, car ils se dégagent des marécage sou
des cimetières - c'est bien le cas ici, puisque le poète est mort-, et
illusoirement rassurants, puisque le feu, la lumière, rappellent la vie,
les hommes. Cette description du poète mort est donc contrastée, ambiguë,
car pleine de vie, d'une vie étrange.
Mais si cette mort n'en est pas une, c'est surtout parce qu'elle est celle
du poète. Il est "léger", ce qu'on retrouve à deux reprises, il est rêveur
aussi, et semble donc tout disposé à s'envoler, s'élever dans le ciel
vers ces comètes qu'il peigne. Ses chimères, son idéalisme le placent,
déjà sur terre, hors du monde qui l'entoure: sa mort ne pourrait donc
pas plus l'en éloigner. Le poète est certain qu'il ne mourra pas véritablement,
ce qu'on comprend dès le titre, " Petite mort pour rire". La petite mort
était le terme autrefois utilisé pour la syncope, et de ceci naît une
petite ambiguïté: Corbière parle-t-il d'un simple évanouissement, "pour
rire", ou de la véritable mort? Mais la suite du poème lève le doute:
l'auteur évoque la mort au sens courant, qui, à ses yeux, a l'importance
d'une simple syncope, et ne l'effraie pas le moins du monde -il en rirait
presque! Il pense que seuls les bourgeois, qui sont "bêtes", le "croiront
mort", et il s'en amuse. Enfin il imagine peut-être, outre une autre vie,
parallèle à celle-ci, de revivre un peu pour la postérité à travers ses
écrits. Ainsi la mort n'a-t-elle rien d'effrayant pour Corbière, et elle
serait même plutôt la vie, une vie simplement autre.
|
bien
retour à I (plan)
idem
bien
|
"Petite mort pour rire" est donc un appel
de l'auteur à lui-même, un appel à la mort; cette mort est ardemment souhaitée,
car l'homme est malheureux, malheureux et plein de faiblesses, ardemment
souhaitée et lucidement envisagée. Toutefois elle n' a pas le visage de
la mort terrible, de la fin dernière: elle reste très proche de la vie terrestre,
de la nature, tout en permettant à sa victime de partir vers les étoiles,
de revivre ailleurs. Si ce rondeau est irrégulier, c'est sans doute pour
illustrer le désarroi de l'auteur lors de la seconde strophe -là où on attendrait
le refrain- , alors qu'il évoque ces fleurs représentatives de ses amours
déçues, pour faire apparaître sa légère hésitation: à cet endroit l'amertume
a pris le dessus sur sa résolution… Et le dernier vers, "Va vite, léger
peigneur de comètes!" rappelle un peu celui de Baudelaire: "O Mort, vieux
capitaine, il est temps, levons l'ancre!".
|
bien
|
|
'
'
Pourquoi choisir KeepSchool
|

Pour un conseil gratuit et personnalisé, appelez le

ou complétez le formulaire ci-dessus :
|
|