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Commerce et développement
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Définitions utiles
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Acculturation : confrontation de deux cultures différentes qui aboutit à des
changements économiques, sociaux, culturels où chacun est confronté à des choix
entre sa culture d’origine et sa culture nouvelle.
Développement durable : « développement qui répond aux besoins du présent sans
compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres
besoins. »
Dumping : vente à perte volontaire ou vente dans un pays étranger à un prix
inférieur au prix sur le marché national.
Dumping social : expression utilisée pour qualifier les pays à faible coût
de main-d’œuvre (bas salaires, absence de charges sociales) ce qui rend leurs
produits compétitifs.
Salariés compétitifs : salariés des pays développés qui travaillent dans des
secteurs de haute technologie, de recherche et développement non imitables par
les pays en développement, salariés donc non concurrentiables
Salariés exposés : salariés travaillant dans un secteur en concurrence avec
les pays à bas salaires. Leur entreprise peut donc y délocaliser la production
ou supprimer leur unité de production.
Service de la dette : somme que les pays endettés doivent acquitter chaque
année pour rembourser une fraction du capital et payer les intérêts liés à ces
emprunts.
Termes de l’échange : prix à l’exportation/prix à l’importation. Si ce rapport
augmente, on dit qu’il y a amélioration des termes de l’échange, dans le cas
contraire détérioration, c’est-à-dire baisse du pouvoir d’achat des exportations.
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Chiffres-clés
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• La France a perdu entre 1980 et 1992 plus d’un million d’emplois industriels.
• Coût salarial pour la fabrication d’une chemise d’homme :
– aux États-Unis : 1,76 $
– en Corée du sud : 0,53 $
– en Inde : 0,15 $
• Le prix du pétrole début 1999 est de 16 $ le baril c’est-à-dire en-dessous
de son prix réel avant le premier choc pétrolier.
• Le Brésil en 1992 avait une dette de 121,1 milliards $ soit 770 $ par habitant.
Le service de la dette (remboursements annuels liés à la dette) représentait
24 % des exportations et la dette 31 % du PIB.
Le commerce ajoute de la croissance. La mondialisation est un
phénomène inéluctable. Mais apporte-t-il réellement le bien-être à la population
? Est-il synonyme de développement et de changement social ?
Commerce ne rime pas toujours avec développement. C’est une évidence dans les
pays en développement mais par certains côtés c’est également vrai dans les
pays développés.
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1. Dans les pays développés, la structure des emplois change avec le commerce
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A. Pertes d’emplois et chômage dans les secteurs exposés
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Depuis 1975, la France a perdu 2,5 millions d’emplois industriels. La part
du secteur secondaire baisse dans le PIB. On parle de phénomène de désindustrialisation,
compensé il est vrai par une tertiarisation. Des pans entiers de l’industrie
nationale ont disparu, ne résistant pas à la concurrence étrangère venant essentiellement
des NPI d’Asie. Ainsi le textile, l’industrie de la chaussure mais aussi les
chantiers navals ont supprimé des emplois, définitivement perdus si le pays
a abandonné la production ou si les progrès de productivité nécessaires pour
résister à la concurrence ont abouti à la suppression de milliers d’emplois
(industrie automobile par exemple). Dans les pays développés, les secteurs exposés
à cette concurrence sauvage, à ce dumping social (travail « bradé » par les
pays à bas salaires) sont ceux qui produisent des biens de consommation à faible
valeur ajoutée. Les salariés de ces secteurs qui sont souvent à des postes d’ouvriers
(qualifiés ou non) ont en permanence un risque de perdre leur emploi d’où le
nom de salariés exposés. En France, ces emplois non qualifiés sont payés au
SMIC ce qui est cependant dix fois plus que les salaires au Vietnam. Malgré
une productivité supérieure, ils ne sont pas compétitifs. En Europe, des régions
entières sont devenues bassins de chômage et payent cher l’ouverture au commerce
international. Certains économistes prônent alors une ouverture et un commerce
qui ne devraient avoir lieu qu’avec des pays de même niveau social, ayant les
mêmes coûts salariaux et respectant les mêmes règles du jeu. Mais alors les
pays sous-développés n’auraient plus d’avantage comparatif.
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B. Aggravation des inégalités sociales et baisse des salaires
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La théorie ricardienne postule qu’à terme il y a égalisation internationale
de la rémunération des facteurs de production. Lorsqu’un pays développé est
confronté à la concurrence internationale, les salariés des secteurs exposés
sont en concurrence directe avec les salariés des pays à bas salaires. Si l’on
veut maintenir les activités dans les pays développés, ce ne sera qu’au prix
d’une baisse des salaires de ces salariés exposés.
Par contre, les salariés qui travaillent pour l’exportation dans des secteurs
de haute technologie ou pour l’élaboration de biens ou de services n’ayant pas
de concurrence possible avec les pays en développement (parce que demandant
beaucoup de « matière grise » ou protégés par un brevet ou une innovation de
procédé) n’ont rien à craindre. Ils ne sont pas concurrencés par les salariés
des NPI et leur production ayant non seulement un débouché intérieur mais étant
exportée est valorisée. Ces salariés-là bénéficient de plus hauts salaires.
L’écart va donc se creuser avec les salariés exposés : différence de risque
par rapport au chômage (les salariés compétitifs ne sont pas concernés), différence
croissante de salaire. Les uns voient leur salaire baisser pour conserver leur
emploi, les autres au contraire bénéficient de l’innovation de leur entreprise
et voient leur salaire augmenter. Il y a donc une société à deux vitesses ;
une partie bénéficiant de l’ouverture internationale, l’autre partie en pâtissant.
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C. Seul le consommateur est gagnant
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Par le commerce international, le consommateur bénéficie d’un choix et d’une
variété de produits que son pays ne pourrait pas lui offrir. On peut citer quelques
exemples : variété dans le choix des voitures dans les pays développés (toutes
les gammes possibles), possibilité de consommer des produits agricoles (café)
que les conditions climatiques ne permettent pas de produire. Mais l’avantage
essentiel aujourd’hui est lié au prix des produits. Non seulement le produit
étranger fabriqué dans des conditions différentes peut avoir un coût de production
plus bas et donc un prix plus faible que l’équivalent local mais cette concurrence
impose aux producteurs nationaux une compétition qui aboutit à la baisse des
prix.
Le salarié compétitif est donc deux fois gagnant : gagnant parce que l’échange
lui garantit son emploi tant qu’il travaille dans une entreprise innovante et
en avance technique, gagnant en tant que consommateur car il accroît son pouvoir
d’achat. Le salarié exposé gagne lui aussi en pouvoir d’achat s’il consomme
des produits importés mais risque de perdre son emploi et voit son salaire (pouvoir
d’achat) amputé à terme.
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2. Les risques qu’encourent les pays en développement
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A. Des inégalités accrues entre secteur traditionnel et secteur moderne liées
au commerce
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Dans les pays en développement, un secteur moderne (souvent lié à des intérêts
étrangers, à des firmes multinationales) et exportateur n’a pas d’effet d’entraînement
sur le reste de l’économie. Il tourne en circuit fermé, recevant sa consommation
intermédiaire de l’étranger (d’autres filiales de la FMN) et exportant sa production
vers les pays développés. Les secteurs traditionnels restent à l’écart ; ne
recevant aucune demande du secteur moderne, les industries des pays en développement
(sauf dans les NPI) sont rarement des industries industrialisantes. Il en découle
une très grande inégalité dans les productions, les façons de produire, la qualification
du travail, la productivité et les salaires de ces secteurs. Les inégalités
de revenus sont beaucoup plus fortes dans les pays en développement que dans
les pays développés. Les gouvernements privilégient le secteur d’exportation,
source de devises. Bien que les ouvriers et salariés des secteurs liés à l’exportation
soient mieux rémunérés que ceux des autres secteurs, l’avantage comparatif étant
le coût de la main-d’œuvre, globalement les salaires restent bas. C’est le dumping
social. Pour abaisser les coûts de main-d’œuvre, on utilise des enfants. Il
y a dans le monde 250 millions d’enfants qui travaillent, parfois dès 6 ans.
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B. Déstructuration du mode de vie local
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Si les cultures d’exportation ont une rentabilité supérieure aux cultures vivrières,
elles prennent leur place. Ainsi dans les pays africains, les haricots verts
consommés en hiver par les habitants des pays développés ont remplacé les cultures
traditionnelles. Ce recul des cultures vivrières (millet, sorgho en Afrique
subsaharienne) oblige les habitants de ces pays à des changements alimentaires
et à des modifications de mode de vie.
Un autre exemple nous est fourni par l’exportation de viande par l’Union européenne
vers les pays du Sahel. En leur vendant leurs excédents de viande (excédents
liés aux subventions de la PAC, politique agricole commune) à des prix très
bas inférieurs aux coûts de production réels, la production locale au Sahel
devient non compétitive et les éleveurs l’abandonnent. Les habitants de ces
pays deviennent donc dépendants de la viande importée. L’importation décourage
l’agriculture et l’élevage locaux.
Nous pouvons aussi prendre l’exemple du blé : c’est une céréale impossible
à produire à certaines latitudes. Mais par les exportations de blé très bon
marché de l’Europe ou des États-Unis, on permet à des pays qui ne peuvent pas
en être producteur de s’habituer à manger du pain au détriment des céréales
locales.
Un dernier exemple : dans les pays développés le lait en poudre a souvent remplacé
le lait maternel. Par le biais d’importation de lait en poudre très bon marché
(toujours l’écoulement des excédents de production de l’Europe) les femmes des
pays en développement imitent le comportement des femmes des pays développés
et allaitent de moins en moins leurs enfants. Mais comme ce changement n’est
pas assorti des conditions d’hygiène identiques à celles des pays développés,
il peut être lourd pour la mortalité infantile.
Ces quelques exemples montrent que l’ouverture aux importations et la spécialisation
peuvent se faire au détriment des populations locales.
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C. Détérioration des termes de l’échange
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Les termes de l’échange sont le rapport des prix à l’exportation sur les prix
à l’importation. Si ce rapport augmente pour le pays qui exporte, il y a amélioration
des termes de l’échange et pour le pays qui importe détérioration. L’amélioration
peut être liée à plusieurs phénomènes :
– les produits exportés sont plus riches en innovation, en capital, en valeur
ajoutée. Le pays exportateur se spécialise dans des produits plus chers et cette
spécialisation lui donne un avantage croissant, un pouvoir d’achat croissant
;
– les produits exportés ont des prix qui augmentent car le pays exportateur
est en proie à une inflation forte. Dans ce cas, l’amélioration des termes de
l’échange est factice car elle va se traduire par une baisse des exportations,
le pays exportateur perdant de sa compétitivité par rapport à ses concurrents.
Les pays en développement exportateurs de matières premières ont-ils connus
une détérioration des termes de l’échange ? La question n’est pas tranchée car
suivant l’année qui sert de référence pour le calcul, les résultats sont inversés.
Mais si l’on prend l’exemple du pétrole :
– de 1950 à 1972 : lente détérioration des termes de l’échange pour les pays
exportateurs de pétrole ;
– de 1972 à 1973 : premier choc pétrolier, amélioration ;
– de 1973 à 1979 : lente détérioration (baisse de la valeur du dollar) ;
– 1979 : deuxième choc pétrolier, amélioration soudaine ;
– de 1979 à 1986 : détérioration, contre-choc pétrolier en 1986 ;
– depuis 1986 : stabilisation des termes de l’échange ;
– 1999 : détérioration, le baril de pétrole ne vaut plus que 16 $, c’est-à-dire
moins qu’avant le premier choc pétrolier de 1973.
Avec cet exemple, on voit que, plus que le sens de la variation des termes
de l’échange, c’est leur instabilité qui est préjudiciable aux pays en développement.
Leurs recettes d’exportation sont variables et ne peuvent pas conduire à des
investissements prévisibles sur le long terme. Exporter ne peut donc pas être
synonyme de développement pour les pays en développement producteurs de matières
premières. D’autre part, les cours sont fixés dans les pays développés et dépendent
davantage de la demande que de l’offre des pays en voie de développement.
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D. l’endettement, la dépendance, l’absence de développement durable
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La dette des PED était fin 1997 de 2 171,4 milliards de $. Les PED se sont
massivement endettés dans les années 70 pour s’industrialiser. Les pays producteurs
de matières premières avaient profité d’une amélioration des termes de l’échange
dans les années 70. Les années 80 ont été des années difficiles. Il a fallu
rembourser les dettes, libellées le plus souvent en $, dont le cours avait monté.
Certains pays n’ont pas pu honorer le service de la dette, comme le Mexique,
se déclarant insolvable en 1982. Les recettes des pays en développement exportateurs
sont liés au cours des matières premières pour certains, à la demande des pays
industrialisés pour d’autres (NPI). Ainsi une chute des cours des matières premières
ou un ralentissement conjoncturel de la demande des pays développés conduisent
à des catastrophes pour ces pays. Leurs recettes d’exportation s’effondrent
et leurs engagements ne peuvent plus être honorés : impossibilité de rembourser
les dettes contractées, impossibilité d’investir sur le long terme. D’où la
dépendance de ces pays endettés vis-à-vis du FMI (Fonds monétaire international)
qui leur impose des plans d’austérité, c’est-à-dire de baisse des dépenses publiques,
en échange d’une aide pour résoudre le problème de la dette.
D’autre part, certains pays sont conduits à sacrifier leurs richesses naturelles
sur l’autel de l’exportation pour financer leur économie. Les richesses naturelles
ne sont pas infinies et une exploitation trop intensive ne peut se faire qu’au
détriment des générations futures. Il n’y a donc pas de développement durable
possible. Ainsi, la déforestation des pays équatoriaux est irréversible et préjudiciable
non seulement au pays lui-même car les ressources naturelles s’épuisent, mais
aussi à la planète entière.
Par leur impossibilité d’influer sur le cours des matières premières qu’ils
vendent, par leur incapacité à résister à la déstructuration de leur économie
traditionnelle, les pays en développement sont dépendants des pays développés.
Plus ils échangent, plus ils s’intègrent dans le commerce mondial, plus leur
dépendance s’accroît, plus leur façon de vivre change.
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3. Le commerce aboutit à la transposition d’une culture dominante et à un phénomène
d’acculturation
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Jusqu’où le commerce, c’est-à-dire pour les PED l’arrivée de produits de consommation
des pays développés, a-t-il une influence sur le mode de vie de la population
locale ?
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A. Le mimétisme de consommation
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On assiste dans les pays en développement à une occidentalisation (américanisation)
de la consommation. C’est un phénomène culturel. Que ce soit dans l’alimentation
(Coca-cola, Mac Donald’s), dans l’habillement (Jeans) dans la musique, dans
les films projetés (Titanic), dans les séries télévisées (Dallas), dans les
moyens de communication (Internet), dans les critères esthétiques, les produits
ou services américains dominent partout et sont considérés comme la norme suprême
de consommation. Cela véhicule non seulement des biens, des services mais aussi
la langue anglaise et des façons de penser. Le libre-échange et l’ouverture
totale d’un pays le mettent dans l’impossibilité d’endiguer les changements
de consommation. Ce sont les jeunes qui sont les plus perméables à cette culture
importée au détriment des produits, des normes et des valeurs de la culture
de leur propre pays.
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B. Le phénomène d’acculturation, les réactions des pays dominés culturellement
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Cette invasion de culture étrangère ne se fait pas sans réaction. La confrontation
de modèles de consommation, de modes de vie, de valeurs différentes voire opposées
aboutit à des phénomènes d’acceptation ou de rejet violent. Ce sont les conséquences
de l’acculturation.
Les pays en développement (NPI comme la Corée) qui sont plus proches économiquement
des pays développés acceptent les deux formes de culture. Les populations sont
urbanisées, vivent comme dans les pays occidentaux dans des tours de béton,
sont habillées à l’occidentale mais ont gardé par leurs rites (religion), leurs
coutumes, leurs fêtes, leur langue, leurs propres valeurs. Il y a enrichissement
culturel possible.
Dans certains pays, seule une partie de la population, la plus riche, a les
moyens et la volonté de s’occidentaliser. Les produits importés sont des produits
de luxe ou nouveaux et l’accès en reste réservé à ceux qui ont des revenus élevés.
La majeure partie de la population n’y a pas accès. Les inégalités de revenu
se doublent alors d’inégalités de consommation pour ce qui fait figure de progrès.
Une partie de la population peut alors réagir contre cette colonisation culturelle
rampante qui peut conduire à terme à l’abandon de la culture nationale. Elle
se replie sur ce qui fait le fondement de l’identité nationale. C’est le cas
en Turquie par exemple où le retour à pratiques religieuses strictes (port du
voile pour les femmes, vêtements amples) est adopté non seulement par les couches
pauvres de la société mais aussi par des intellectuels en réaction à l’occidentalisation
de la consommation. Plus cette occidentalisation parait imposée et artificielle,
par un tourisme envahisseur par exemple, plus la réaction de rejet est forte.
C’est un phénomène de repli identitaire qui vise à gommer toutes les formes
de compromis avec la culture étrangère. L’Algérie après l’indépendance avait
aussi par son type de développement économique (développement autocentré) tenté
de se libérer non seulement de la tutelle coloniale mais aussi du modèle de
développement.
Les pays, ou les parties les plus pauvres de la population qui n’ont pas les
moyens de consommer les produits étrangers convoités et qui n’adhèrent pas à
l’idée de retour à leur identité, risquent de perdre toute référence culturelle.
Ce rejet de leur propre culture aboutit à une dévalorisation.
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C. Les dangers de la mondialisation culturelle
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Avec le libre-échange, « l’envahissement » des pays dominés (PED et même pays
occidentaux convertis au mode de consommation américain) forme un danger. À
la mondialisation des produits fait suite une mondialisation culturelle. Un
modèle unique est « imposé ». Même si, grâce à l’échange, tous les pays concernés
par le commerce connaissent un enrichissement quantitatif (augmentation du pouvoir
d’achat), le risque est grand qu’il soit accompagné d’un appauvrissement culturel
qualitatif avec la régression des cultures nationales et la création de nouveaux
besoins artificiels ne correspondant pas à une demande raisonnée des pays dominés.
La confrontation de modes de consommation différents n’aboutit pas à une pluralité
de ces modes mais à l’élimination à terme de certains.
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