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Contes, récits, nouvelles
Impression facile
1:Approche théorique
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Contes, récits et nouvelles sont en théorie des genres relativement
distincts, mais en pratique, les frontières sont floues, évolutives et poreuses,
de sorte que bien souvent, toute tentative de classement définitif d’une œuvre
donnée paraît quelque peu arbitraire. Le point commun aux contes, récits et
nouvelles est de proposer en général une histoire brève. Mais il convient de
noter quelques différences, ou plutôt des nuances. La construction narrative
n’est pas la même dans les trois cas : elle se veut relativement linéaire dans
le récit, plus dramatique dans la nouvelle, plus mouvementée dans le conte.
En effet, le conte est souvent riche en péripéties, la nouvelle n’en contient
qu’une, en général, mais habilement préparée et mise en scène, et le récit est
une simple suite de faits. Mais ce sont là moins des règles que des tendances.
Le pacte de lecture peut aussi différer. Au Moyen Âge, le conte
et le récit relatent des histoires vraies ou prétendues telles, dans la mesure
où les légendes empruntent au réel et à l’imaginaire, et jouent sur les croyances
supposées d’un public souvent populaire. Née au xve siècle, sous l’influence
italienne, la nouvelle a moins de prétentions quant à la véridicité de son propos,
et de toutes façons, à partir du xvie siècle, le goût du divertissement est
une suffisante justification pour les contes, récits et nouvelles, qui ne cherchent
plus guère à garantir systématiquement l’authenticité de leur propos.
Les origines diverses de ces genres expliquent encore deux traits
spécifiques intéressants. Le conte, par ses sources légendaires, se plaît
à mettre en scène des circonstances extraordinaires, où le goût de l’action
l’emporte sur le souci de l’analyse. Du point de vue dramatique, le conte se
prête donc tout à fait aux riches aventures que proposent le merveilleux et
le fantastique*. Du point de vue psychologique, les héros sont souvent moins
des personnages que des fonctions, des variables, dans lesquels les lecteurs,
hommes, femmes ou enfants, lettrés ou peu lettrés, pourront aisément se projeter.
La nouvelle, au contraire, et surtout le récit, laissent moins de place à l’action,
et plus de chance à la réflexion.
Le second trait lié à l’origine du conte, et, dans une moindre
mesure, à celle du récit, c’est l’oralité. Les conteurs et les récitants, faisant
ainsi entendre leur voix propre, discrètement ou non, aiment à nouer contact
avec le public, dont la présence en creux est signalée dans le corps même du
texte.
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2:Approche historique
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Les débuts
Dans une civilisation de tradition orale, comme l’est le Moyen
Âge français, le conte devait trouver toute sa raison d’être. Dit, ou plutôt
joué, et parfois même chanté, par un poète ou un jongleur, au sein d’une Cour
noble, ou sur une place publique, il se développe en effet, se peuple de héros,
Arthur ou Perceval, d’objets magiques, grimoires ou talismans, de fées, Morgane
ou Mélusine, d’enchanteurs, Merlin, ou de sorcières. Il prend même une ampleur
considérable, de sorte que Le Conte du graal, inachevé pourtant, et comptant
déjà plus de neuf mille vers, est désigné à la fin comme un roman, ce qu’il
est en quelque sorte.
Parallèlement, les fabliaux, au lieu des aventures exaltantes qui
remplissent les contes, mettent en scène des personnages médiocres, souvent
des vilains ou des bourgeois, et des histoires en vers satiriques, où les appétits
les plus divers tentent de se satisfaire, non sans ruse et humour. Entre le
merveilleux des contes et le réalisme des fabliaux, se situent les lais et les
dits, formes narratives en vers, assez libres, qui traitent de matières diverses.
Les dits sont cependant plus familiers de ton, et laissent plus de place au
« je » ; les lais gardent une distance plus grande, en traitant de sujets folkloriques
bretons. Enfin, quelques textes brefs ou moyens, comme La Châtelaine de Vergi,
annoncent déjà le genre de la nouvelle.
La vogue du conte ne se dément pas à la fin du Moyen Âge, mais
il prend de plus en plus la forme de la nouvelle. Vers 1466, paraissent par
exemple les Cent Nouvelles Nouvelles, recueil anonyme, au ton jovial, qui rappelle
les fabliaux d’antan. Au xvie siècle, les humanistes donnent au genre ses lettres
de noblesse. Marguerite d’Angoulême, reine de Navarre et sœur du roi François
Ier, à la suite du Décaméron italien de Boccace, publie son Heptaméron. Pendant
sept jours, dix « devisants » racontent des histoires d’amour, prétendument
vraies, brutales ou courtoises, tragiques ou délicates, offertes aux commentaires
et interprétations des autres narrateurs. Plus comiques, en revanche, se veulent
les Nouvelles Récréations et joyeux devis de Bonaventure Des Périers et les
Propos rustiques de Noël du Fail. Toutes ces œuvres mêlent avec brio récit et
discours, action et réflexion, humour et sérieux.
À partir de 1559, et pendant toute la période baroque*, domine
au contraire le goût des histoires tragiques, où s’illustrent entre autres François
de Belleforest, Vérité Habenc, Jean-Pierre Camus et François de Rosset. Ces
histoires sont à la fois liées aux débuts de la presse, avide de sensations
fortes, et au climat social de guerre civile et de crise religieuse. Les corps
suppliciés abondent, les actes de sorcellerie et les découvertes macabres sont
légion. En général, les auteurs affirment d’une part l’exactitude de leurs récits,
et d’autre part, leur volonté d’édifier le public. Dans l’un et l’autre cas,
on a quelque peine à les croire. Mais il créent du moins un genre nouveau, qui
ne manque pas d’intérêt.
Par ailleurs, trois autres voies sont explorées au xviie siècle.
D’abord, les histoires romanesques*, comme les Nouvelles héroïques et amoureuses
de Boisrobert, tirées de récits espagnols, et traitées de manière dramatique.
Ensuite, les anecdotes et les histoires libertines, comme les Historiettes de
Tallemant des Réaux, et les Contes et nouvelles en vers de La Fontaine, aussi
gracieux que licencieux. Enfin, les histoires folkloriques, comme les Histoires
et contes du temps passé de Charles Perrault, plus connues sous le nom de Contes
de ma mère L’Oye. À travers ces contes de nourrice, se retrouvent les bribes
éparses de traditions populaires et mythologiques, dont l’auteur tire en général
quelque morale édifiante.
Au xviiie siècle, sous l’influence des Lumières, les histoires
racontées prennent une dimension nouvelle : c’est la vogue des contes philosophiques.
Plus de cinq cents recueils, soit plus de sept mille contes sont publiés entre
1740 et 1770. Le genre, il est vrai, plus que tout autre, se prête à la faveur
croissante des périodiques et des gazettes, alimente les soirées mondaines des
salons, et permet de vulgariser avec aisance et efficace un message philosophique.
Histoire véritable de Montesquieu et les Contes moraux de Marmontel sont une
école de sagesse, sagesse assez paradoxale dans Les Crimes de l’amour de Sade.
Par ailleurs, des hommes comme Diderot, Rousseau ou Prévost sont des conteurs
dans l’âme.
Mais c’est avec Voltaire que le genre prend toute son extension,
quoique Voltaire ait considéré ses contes comme un simple divertissement. Néanmoins,
le talent satirique, polémique et humoristique de l’auteur fait merveille. Au
cours de voyages extraordinaires dans des contrées exotiques ou imaginaires,
ses héros font l’expérience du monde dans de véritables petits romans de formation,
apprenant la relativité des mœurs, la barbarie des hommes, et les limites de
la sagesse. Ses chefs-d’œuvre sont Micromégas, L’Ingénu, Zadig et Candide.
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3:XIXème siècle
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Le xixe siècle cultive lui aussi le conte, le récit et la nouvelle. Le développement
extraordinaire de la presse, la liberté de ces formes, qui permettent toutes
les audaces esthétiques et tous les effets dramatiques, sont autant d’arguments
qui plaident en leur faveur auprès des romantiques, tout prêts à en explorer
les possibilités. Victor Hugo publie ainsi le récit pathétique du Dernier Jour
d’un condamné, Musset fait paraître ses exotiques Contes d’Espagne et d’Italie,
en vers légers ou sombres, Hégésippe Moreau donne la mesure de sa finesse poétique
dans le Myosotis, Nerval s’abandonne à ses rêveries amoureuses dans Les Filles
du feu, et Balzac prétend retrouver la saveur médiévale et renaissante d’autrefois
avec ses Contes drolatiques.
Mais c’est surtout le romantisme noir qui s’empare de ces formes,
dont la brièveté rend plus dense et plus intense encore le mystère et la profondeur
des histoires racontées. À la suite des Contes fantastiques de l’Allemand Hoffmann,
Théophile Gautier publie ses Contes et récits fantastiques, habités par « la
fièvre de l’impossible ». Avec son Champavert, contes immoraux, Pétrus Borel,
qui se veut lycanthrope, homme-loup, c’est-à-dire loup-garou, sombre dans une
cruauté tragique, souvent macabre. Charles Nodier cultive les légendes et les
superstitions, la féerie et le cauchemar dans La Fée aux miettes et Smarra ou
les Démons de la nuit. Mérimée associe désir et horreur dans le récit de La
Vénus d’Ille. Balzac lui-même, goûte aux fastes du mystère et de l’ambiguïté
sexuelle dans Séraphîta et Sarrasine. Il n’est jusqu’à Zola qui ne donne dans
le fantastique*, avec ses Contes à Ninon.
Mais ces formes brèves, extraordinairement plastiques, se prêtent
aussi aux objectifs du réalisme. Maîtrisant les passions qu’il décrit avec sobriété
et netteté, Mérimée publie deux récits fort réussis, Colomba et Carmen. Les
Soirées de Médan, regroupant entre autres Zola, Maupassant, Huysmans et Céard,
recueillent six nouvelles sur le sujet de la guerre de 1870, qui inspire aussi
les Contes du lundi d’Alphonse Daudet.
Mais la vogue du romantisme noir survit au réalisme et au naturalisme,
et donne lieu aux contes et récits les plus étranges. La sombre Hérodias côtoie
la simple Félicité dans les Trois Contes de Flaubert. Maupassant, tout à fait
réaliste dans ses Contes de la bécasse et dans ses Contes du jour et de la nuit,
sombre dans l’angoisse et dans la folie de La Peur et du Horla. Barbey d’Aurevilly
signe ses Diaboliques, dont le titre annonce fort bien la matière sulfureuse,
et Villiers de L’Isle-Adam publie des Contes cruels.
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4:Xxème siècle
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Au xxe siècle, trois tendances majoritaires semblent se dégager
:
Tout d’abord, l’analyse. L’analyse trouve dans les récits une forme
appropriée, qui permet de concilier le goût de l’action et le désir de réflexion.
Ainsi, dans Alexis ou le Traité du vain combat, Marguerite Yourcenar examine
la difficulté d’être homosexuel. Dans ses Contes d’enfer, Marcel Jouhandeau
explore la part d’ombre de l’amour. Dans ses récits, notamment Histoire de l’œil,
Georges Bataille, pousse plus loin l’analyse, examinant les limites orgiastiques,
scatophiles et nécrophiles du désir. Bien souvent, le récit s’exprime à travers
une voix, et met en scène un héros, qui ressemble curieusement à l’auteur. Ce
caractère autobiographique se retrouve notamment dans L’Immoraliste de Gide,
Un barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras, Enfance de Nathalie Sarraute,
Je me souviens de Georges Perec, Le Miroir qui revient d’Alain Robbe-Grillet.
En ce sens, le récit se définit contre le roman, dont il refuse l’artifice,
les intrigues, et les facilités. Malgré les nécessaires brouillages et transpositions,
le récit se veut une suite authentique de faits ou d’impressions, qui révèlent
une conscience lucide, quoique souvent troublée, en quête d’elle-même.
Se rapprochant en cela de la nouvelle, le récit aime aussi à mettre
en scène des situations, des conflits exemplaires, propres à la condition humaine
dans ce monde contemporain. Ainsi, dans Le Mur, Jean-Paul Sartre met en scène
la liberté, ses paradoxes, ses solitudes, avec une acuité remarquable. Vercors,
lui, dans Le Silence de la mer, manifeste l’impossible dialogue entre des ennemis,
qu’une culture commune rapproche cependant. Camus, dans ses récits, L’Envers
et l’endroit, met en balance le lyrisme de la vie et l’angoisse de la mort.
Enfin Samuel Beckett, dans ses Nouvelles et textes pour rien, égare son héros
misérable dans un monde brumeux et disparate.
Mais les formes brèves se prêtent aussi à la fantaisie romanesque,
dont elles ne se privent pas. Ainsi L’Or de Blaise Cendrars, L’Enfant de la
haute mer de Jules Supervielle, Les Contes du chat perché de Marcel Aymé, Zazie
dans le métro de Raymond Queneau, les Histoires sanglantes de Pierre-Jean Jouve,
Les Nouvelles d’une vie de Paul Morand, donnent libre cours à l’imagination
de ces auteurs. À cette même veine romanesque se rattachent les innombrables
récits policiers ou de science-fiction qui paraissent chaque année. Mais parfois,
la fantaisie révèle une intuition philosophique plus ambitieuse, comme dans
La Presqu’île de Julien Gracq, Vendredi de Michel Tournier, ou Le Petit Prince
de Saint-Exupéry. En tout cela, les contes, récits et nouvelles révèlent leur
extraordinaire capacité à s’adapter à tous les siècles et à toutes les modes.
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