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Croissance et commerce
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Définitions utiles
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Dotation de facteurs : chaque pays possède les deux facteurs de production
travail et capital mais dans des proportions variées. La dotation de facteurs
d’un pays précise le facteur abondant et le facteur plus rare.
Division internationale du travail (DIT) : elle fait que les pays ne réalisent
pas tous la même production. Il y a diversité donc complémentarité et échanges
à l’échelle mondiale.
Échanges intra-branches : commerce de marchandises ou de services qui concerne
les mêmes types de produits ou de services (exemple : en France on achète des
voitures allemandes et en Allemagne on achète des voitures françaises). On dit
aussi échanges croisés de produits similaires.
Échanges inter-branches : commerce qui concerne des produits ou services différents
(exemple : avec les pays d’Afrique, la France vend des produits manufacturés
et importe des matières premières). Ce commerce concerne des importations de
produits ou de services que le pays n’est pas capable de fournir lui même ou
dont il a choisi d’abandonner la production.
Nouveaux pays industriels (NPI) : nom donné aux pays en développement qui s’insèrent
dans la nouvelle division internationale du travail en exportant des produits
manufacturés à faible valeur ajoutée (NPIA : NPI d’Asie, de première génération
(Hong Kong), de deuxième génération (Thaïlande) ; NPI d’Amérique latine (Brésil).
Économie extravertie : économie tournée vers l’extérieur avec un fort taux
d’ouverture.
Remontée de filières : lorsqu’un pays commence dans une branche par la production
demandant le moins de capital et le moins de savoir-faire (montage) puis petit
à petit produit tous les échelons en amont (fabrication des pièces et même conception).
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auteurs
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David Ricardo (1772-1783) : économiste anglais de l’école classique ; il a
travaillé sur les questions monétaires (théorie quantitative de la monnaie)
et surtout sur les échanges internationaux. Dans son principal ouvrage, Des
Principes de l’économie politique et de l’impôt, publié en 1817, il explique
comment combattre la baisse du taux de profit dans son pays en développant le
commerce mondial. Son débat intervient dans une période où les profits des industriels
sont limités par les hausses de salaires, elles-mêmes provoquées par un prix
du blé élevé. Ricardo préconise donc le libre-échange qui permet par des importations
de baisser le prix du blé (donc du pain et des salaires) et de restaurer les
profits.
Il y a un paradoxe à penser que le libre-échange est la politique officielle
menée par le GATT puis par l’OMC mais que le protectionnisme survit sous une
forme cachée. Quels peuvent être les arguments des libre-échangistes ? Pourquoi
échangeons-nous ? Quels intérêts y trouvons-nous ?
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1. Pour commercer, il faut être compétitif et avoir un avantage comparatif
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A. Les analyses des classiques
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La théorie des avantages absolus a été développée par Adam Smith. Il a démontré
dans son ouvrage (Recherches sur la nature et les causes de la richesses des
nations, 1776) qu’un pays qui vend moins cher que ses concurrents un produit
donné possède pour celui ci un avantage absolu. Il doit donc se spécialiser
dans la production de ce bien, en vendre et acheter les autres biens dont il
a besoin et pour lesquels il n’a pas d’avantage absolu. Il ne faut donc pas
produire soi même ce qui est produit à un coût inférieur par d’autres. Cette
théorie n’est valable que si chaque pays possède un produit au moins pour lequel
il a un avantage absolu.
Dans la théorie des avantages comparatifs (pour un approfondissement voir p.85,
le cours de spécialité) David Ricardo part d’un exemple plus conforme à la réalité.
Beaucoup de pays produisent avec un coût supérieur à d’autres pays dans tous
les domaines. Ils ne disposent donc d’aucun avantage absolu. Ricardo démontre
qu’ils doivent néanmoins se spécialiser et produire en quantité le bien ou service
où leur retard de coût de production est le plus faible, et, pour le pays qui
dispose d’un avantage de coût de production, là où son avantage est le plus
grand. Ricardo parle alors de coût comparatif. Si les pays se spécialisent ainsi
et échangent leur surplus de production, ils sont gagnants. Ceci justifie la
division internationale du travail.
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B. L’analyse en terme de facteurs de production
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La dotation de facteurs ou théorème HOS (du nom des économistes Heckscher,
Ohlin, Samuelson). Ce théorème explique l’avantage comparatif par la dotation
factorielle : chaque pays a intérêt à se spécialiser dans la production qui
demande le facteur dont il dispose en abondance et à l’exporter, et à importer
la production demandant son facteur rare. La conséquence devra être l’égalisation
des prix des facteurs de production dans tous les pays du monde.
Le paradoxe de Leontief : dans une étude publiée en 1953, l’économiste Leontief
tente une vérification de la théorie HOS en analysant la structure des exportations
des États-Unis. Ceux-ci étant un pays très développé où le facteur de production
le plus abondant est le capital et où le facteur travail est relativement cher,
devraient exporter des biens à fort contenu en capital, mais dans son étude
Leontief met en lumière que les exportations américaines sont constituées de
produits plus riches en travail (facteur rare) que les importations. C’est un
démenti apparent du théorème HOS. En réalité, même lorsque les exportations
américaines incluent beaucoup de travail, il s’agit d’un travail très valorisé
à fort contenu en recherche et développement, contenant beaucoup de « matière
grise » et donc peu comparable avec le travail contenu dans les produits importés.
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C. Le cycle du produit dans un pays développé
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Tout produit suit un cycle de production. Si un pays n’a pas au départ les
moyens de le fabriquer lui-même (pas de brevet), il l’importe. Dans le début
des années 80, c’était le cas des magnétoscopes vendus en France et importés
du Japon. Puis le pays commence à fabriquer le produit (achat de brevet ou fabrication
sous licence ou coproduction). Le produit est cher au début car peu diffusé
mais il se banalise bientôt quand le nombre de fabricants augmente et que le
prix baisse. Il arrive un moment où le marché intérieur est saturé. Pour accroître
la demande il faut viser l’exportation.
D’autres produits sont directement conçus, fabriqués et vendus à l’échelle
d’une zone commerciale locale ou même mondiale. Mais aucun pays ne peut ni ne
veut produire tous les biens qu’il utilise. Chaque bien se trouve être dans
une phase d’un cycle : importation, production, production et exportation, puis
s’il est plus rentable de fabriquer à l’étranger, délocalisation et réimportation
pour satisfaire le marché intérieur ; ainsi le Japon est en phase d’importation
pour ses avions qu’il ne produit pas (pas encore), d’exportation de ses motos
ou de ses caméscopes, de réimportation après avoir délocalisé pour ses textiles
ou ses téléviseurs bas de gamme. La logique importation, exportation, production
vient ici de l’ancienneté du bien et de sa place dans le cycle.
Toutes ces théories se fondent, pour expliquer l’échange, sur l’avantage de
l’offre. On exporte parce qu’on a une offre (production) compétitive qui permet
dans la concurrence internationale de l’emporter sur ses concurrents. On exporte
parce que les coûts de production sont différents d’un pays à l’autre, parce
que les conditions de production varient. Ce type d’analyse explique relativement
bien les échanges qui ont lieu entre les pays dits du Nord (pays riches) et
les pays dits du Sud (pays en développement). La division internationale du
travail qui en découle est la division Nord-Sud.
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D. La division internationale du travail (DIT)
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On distingue l’ancienne DIT de la nouvelle DIT.
L’ancienne DIT est celle qui est issue de la période coloniale et du XIXe siècle.
Les pays développés exportent exclusivement des produits manufacturés, les pays
en développement (anciennes colonies) exportent eux des matières premières agricoles
ou minérales ou de l’énergie. C’est l’exemple d’un commerce inter-branches qui
a surtout dominé jusque dans les années 70.
Depuis les années 70, on est passé à une nouvelle DIT. Certains pays en développement
réunissent des conditions particulières : pays petits, ayant réussi une réforme
agraire, ayant une population nombreuse, suffisamment éduquée pour travailler
en usines, dans des conditions de fermeté politique (dictatures, absence de
syndicats), acceptant de faibles salaires donc donnant aux entreprises un avantage
comparatif de coût salarial (pas ou peu de charges sociales et absence de législation
du travail). Ces pays se sont spécialisés dans des productions destinées à l’exportation.
Ce furent d’abord des produits à faible valeur ajoutée, demandant peu de capital
(fabrication de vêtements, montage de produits électroniques simples). Puis
par une stratégie de remontée des filières, ces pays appelés nouveaux pays industriels
(NPI) se sont mis à fabriquer des produits à plus haute valeur ajoutée demandant
plus de capital, toujours destinés à l’exportation en s’adaptant à l’évolution
de la demande mondiale. Le taux de croissance de ces pays, dont l’économie dépend
totalement du commerce extérieur et du taux d’ouverture des pays développés,
est très élevé d’où leur surnom en Asie de « dragons » (Singapour, Hong Kong,
Corée du Sud, Taiwan) ou de « bébés tigres » pour les nouveaux NPI (Thaïlande,
Indonésie, Philippines, Malaisie). D’autres NPI se situent en Amérique latine
(Brésil, Mexique).
Leur économie de type extraverti (tournée vers la demande étrangère) est fragile
et a connu en 1998 une grave crise de croissance. Leur industrialisation basée
sur l’endettement fait que malgré un fort pourcentage de production exporté,
leur balance commerciale est souvent déficitaire d’où leur fort niveau de dépendance.
Les NPI de la première génération comme la Corée du Sud, devenus des pays développés,
délocalisent leur production vers les nouveaux NPI car, avec le développement,
le niveau de leurs salaires a monté et ils ont perdu leur avantage comparatif
du départ (main-d’œuvre bon marché).
Avantages comparatifs, division internationale du travail font appel à une
explication des échanges fondée sur une offre compétitive. Mais l’essentiel
du commerce mondial se fait entre pays développés (cf. séquence 8). Or ces pays
fabriquent avec un même niveau de productivité, des coûts salariaux proches,
une dotation en facteurs de production quasi identique. On ne peut donc plus
parler d’avantages comparatifs d’où les autres explications possibles des échanges
internationaux.
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2. Pour commercer, il faut être en phase avec la demande mondiale
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A. Le commerce entre pays de même niveau de développement : de la compétitivité
prix à la compétitivité hors-prix
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Les échanges des pays développés représentent 70 % du commerce mondial et les
échanges entre pays développés 53 %. Ce commerce concerne des produits similaires
ou échanges intra-branches. C’est dire qu’à conditions de production quasi identiques
entre eux, à même structure de production, à même niveau de vie entre habitants
des pays dits du Nord, ce ne sont pas les avantages comparatifs qui priment
mais la demande. Le premier partenaire commercial de la France est l’Allemagne
parce que la structure de la demande est la même de part et d’autre du Rhin.
Il y a un modèle occidental de consommation qui aboutit à utiliser les mêmes
produits, les mêmes services dans tous les pays. Quand un produit français peut-il
être concurrentiel sur le sol allemand ? Le niveau de coûts salariaux en France
et en Allemagne étant très proche, le coût du capital de même, il parait évident
que la compétitivité ne peut pas être fondée sur le prix. C’est donc sur d’autres
critères (qualité, délais de fabrication, design du produit, marque déposée,
innovation…) que le produit devient concurrentiel. On passe alors de la compétitivité
prix à la compétitivité hors-prix. Chaque entreprise cherche à créer pour son
produit ou son service une différence par rapport au concurrent pour se trouver
dans une position de « pseudo-monopole » et en concurrence imparfaite.
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B. Pour commercer, il faut appartenir à une zone commerciale
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Le commerce intra-zone s’accroît et pourtant à l’intérieur d’une zone de libre-échange
les pays n’ont pas toujours le même niveau de développement. Dans l’Union européenne,
union économique, le niveau des habitants de l’Europe du Sud s’élève et s’uniformise
avec celui de l’Europe du Nord. L’Union européenne forme aujourd’hui un grand
marché intégré où le goût du consommateur devient de plus en plus un goût européen.
Les normes techniques qui définissent les produits, même alimentaires, et qui
sont élaborées à Bruxelles, y contribuent largement.
Dans l’ALENA, grand marché d’Amérique du Nord comprenant États-Unis, Canada,
Mexique, il n’y a pas d’objectif d’uniformisation mais simplement de mise en
concurrence de produits et services par abandon des barrières douanières.
Dans l’ASEAN, association de libre-échange de 9 États d’Asie du Sud-Est qui
font tous partie des pays en développement et dont certains sont des NPI, le
niveau de vie est encore faible et les relations avec l’extérieur de la zone
plus importantes qu’entre les pays de la zone.
Aujourd’hui, un pays qui n’appartient pas à une zone de libre-échange court
le risque d’être coupé de la demande mondiale et voit sa part dans le commerce
international régresser. Le commerce mondial est de plus en plus le fait de
blocs régionaux qui limitent le multilatéralisme des échanges.
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