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Dramaturgie, tragédie et comédie
Impression facile
1:Dramaturgie
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La dramaturgie désigne l’art de composer une pièce de théâtre,
et une pièce de théâtre est une action mise en scène à travers les discours
et le jeu des comédiens. La spécificité du genre oblige le dramaturge à penser
aux contraintes multiples d’espace, de temps, de langage, d’action et de construction,
que lui impose cet art très particulier. Faute de quoi, il risque de recevoir
immédiatement le verdict impitoyable des spectateurs. Car le théâtre est avant
tout art du spectacle, il propose généralement au plaisir du public des décors,
des costumes, de la musique, et souvent même des mimes ou des danses. Par conséquent,
ceux qui le lisent doivent absolument, comme le conseille Molière, « découvrir
dans la lecture tout le jeu du théâtre ».
La question de l’espace est particulièrement complexe au théâtre.
Il convient de distinguer :
– l’espace théâtral : souvent un parvis d’église, au Moyen Âge, ou des collèges
de jésuites* au xvie siècle ;
– l’espace scénique : c’est l’espace configuré aux yeux des spectateurs par
les décors, les accessoires et les acteurs en mouvement ;
– l’espace dramaturgique est l’espace imaginaire, cet ailleurs présent dans
le discours des personnages sur la scène.
Même si le lecteur ne s’en rend pas toujours compte immédiatement, il va de
soi que la mention du ou des lieux a toute son importance. La grotte de l’enchanteur
dans L’Illusion comique de Corneille, le cadre utopique de L’Île des esclaves
de Marivaux, l’espace qui rétrécit et étouffe Le Nouveau Locataire de Ionesco,
ne sont certes pas des détails de l’action.
La question du temps pose aussi quelques problèmes. En effet, la
durée représentée coïncide rarement avec la durée de la représentation. Évoquant
le théâtre baroque* espagnol, Boileau se moque : « Là, souvent le héros d’un
spectacle grossier/ Enfant au premier acte, est barbon au dernier. » Or l’idéal
classique demande que l’action représentée n’excède pas trop les deux ou trois
heures que dure la représentation elle-même, et tienne du moins dans les limites
d’un jour. Autrement, explique Sestiane dans Les Visionnaires de Desmarets de
Saint-Sorlin, « L’auteur, dit-on alors, m’a fait un mauvais tour,/ Il m’a fait
sans dormir passer des nuits entières ; / Excusez le pauvre homme, il a trop
de matières,/ L’esprit est séparé, le plaisir dit adieu. » Pourtant, dit un
personnage du Soulier de satin de Paul Claudel, « Vous savez qu’au théâtre nous
manipulons le temps comme un accordéon, à notre plaisir, les heures durent et
les jours sont escamotés. »
Le langage dramatique manifeste également sa spécificité. Au théâtre,
le discours effectif de l’auteur n’apparaît que dans l’éventuelle préface et
à travers les didascalies*. Pour le reste, seuls parlent les personnages, dont
le langage doit se tenir entre l’écrit et le dit. Qu’ils gardent de l’oral la
spontanéité sans la médiocrité, et de l’écrit la beauté sans la rigidité, voilà
toute la difficulté. Le dramaturge doit donc trouver un compromis stylistique.
Aux deux extrêmes se retrouvent sans doute la poésie dramatique de Jean Racine
et les obscénités truculentes d’Alfred Jarry, dont l’Ubu roi s’ouvre sur un
« merdre » retentissant. Encore Jarry sait-il tempérer la grossièreté par l’humour,
et Racine modère tout autant le lyrisme de ses vers car, comme le dit Léo Spitzer,
« Il rase la prose, mais avec des ailes. »
L’action est l’essence du théâtre qui, d’ordinaire, expose et tente
de résoudre un conflit. Les mots eux-mêmes sont des actes. Le « Sortez » de
Roxane à Bajazet, le héros éponyme* de la tragédie de Racine, équivaut à un
arrêt de mort, car la sultane a posté des meurtriers derrière les portes. Dans
la tradition classique, l’action est mise en scène selon les règles. Tout d’abord,
l’exposition qui, comme l’indique son nom, expose le sujet de la pièce : elle
doit être claire, rapide, complète, vivante et vraisemblable – cinq qualités
rarement réunies. Ensuite, le nœud qui définit l’intrigue. C’est en général
l’obstacle qui s’oppose aux désirs des héros, et suscite la crise. Puis vient
la ou les péripéties, c’est-à-dire littéralement le ou les retournements de
l’action. Dès lors, le dénouement est prêt, qui apporte une issue heureuse ou
malheureuse aux espérances des personnages. Mais le Nouveau Théâtre a remis
en cause radicalement ces traditions, et la pièce de Beckett, En attendant Godot,
se prolonge, par un véritable tour de force, sans action aucune, dans l’espérance
toujours déçue d’un événement à venir.
La construction dramaturgique s’ordonne, selon les époques, en
actes, épisodes, journées ou tableaux. Les pièces intègrent parfois des intermèdes
musicaux ou dramatiques, qui servent de hors-d’œuvre ou de contrepoint*, généralement
servis pendant la durée des entractes. Ou alors, le chant du chœur occupe ce
moment, à moins qu’il ne soit intégré à l’action, comme dans l’acte III d’Athalie
de Racine. Tous ces éléments, sans parler de la mise en scène elle-même, sont
à considérer par l’auteur, et donc par le spectateur et le lecteur.
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2:Tragédie
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Le tragique n’est certes pas l’apanage de la tragédie, il peut
se retrouver dans la nouvelle ou dans le roman par exemple. À l’inverse, il
existe des tragédies sans tragique, à l’instar de l’Abraham sacrifiant de Théodore
de Bèze ou de Cinna de Corneille. Malgré tout, la tragédie est le lieu privilégié
où se déploie l’inspiration tragique. Est tragique le malheur qui s’abat sur
un homme qu’accable la fatalité. Cette fatalité résulte soit de la volonté des
dieux, soit de la démesure des hommes. Souvent, une passion funeste, un caractère
inhumain provoquent l’événement tragique. À vrai dire, l’essence du tragique
réside moins dans la fatalité en action que dans la liberté sans espoir, qui
fait la condition humaine. Dans le théâtre contemporain, bien souvent, c’est
l’absence ou le silence des dieux, et non leur volonté, qui est tragique. Les
hommes demeurent seuls, et c’est de l’existence même, au creux de la nausée,
que surgit le sentiment tragique.
La tragédie antique est la source de la tradition française du
genre. Elle fleurit notamment avec les trois grands poètes
grecs, Eschyle (525-456), Sophocle (495-406) et Euripide
(480-407). S’inspirant en général de légendes mythologiques, la tragédie grecque
s’inscrit résolument dans un cadre civique et religieux. Les situations mises
en scène mettent en conflit (agôn) les hommes et les dieux, et donnent lieu
à des débats sur la guerre et la paix, sur la loi (nomos), sur la faute (hamartia),
la démesure (hybris), la folie (atê), la malveillance des dieux (phtonos).
Dans l’ordre se succèdent le prologue, l’entrée du chœur (parodos), puis les
moments dramatiques (épisodes) alternent avec les moments lyriques* (stasima),
avant les derniers mots du chœur (exodos). Les dialogues en vers sont prononcés
par des acteurs masculins, portant masques et cothurnes (chaussures à semelles
très épaisses).
Au xvie siècle, la tragédie renaissante s’inspire de la tradition
grecque ou romaine (notamment du dramaturge latin Sénèque), de la mythologie,
de l’histoire sainte ou de l’histoire nationale. Elle se développe en longs
discours, éloquents et majestueux. L’action dramatique cède le pas au verbe
poétique, qui déplore avec faste les vicissitudes de la fortune et le malheur
des temps. Citons entre autres la Cléopâtre de Jodelle (1552), les Tragédies
saintes de Louis Desmasures, Saül le furieux de Jean de La Taille, l’Antigone
et Les Juives de Garnier, La Guisiade de Pierre Matthieu, La Mort d’Henri IV
de Billard de Courgenay.
Au tournant du siècle, en pleine époque baroque*, le goût nouveau
favorise les péripéties multiples, les développements romanesques*, les sentiments
lyriques*, la magie et l’illusion. En 1582, avec Bradamante, Robert Garnier
invente la formule originale de la tragi-comédie*, tragédie dont l’issue est
heureuse. En 1621, Théophile de Viau triomphe avec Pyrame et Thisbé. Deux ans
plus tard, Alexandre Hardy transpose en quarante actes le roman grec, Théagène
et Chariclée. Jean de Rotrou s’illustre avec ses tragi-comédies, et Jean Mairet,
avec ses pastorales*, où bergers et bergères devisent d’amour.
Dès 1630, et surtout à partir de 1660, la tragédie classique s’impose
en France. Les doctes, Chapelain, La Mesnardière, d’Aubignac, Rapin et Lamy
réfléchissent sur les conditions de la pratique théâtrale, et singulièrement,
de la tragédie. On relit donc La Poétique du philosophe grec Aristote, ou l’Art
poétique du poète latin Horace, et les auteurs tentent de se plier aux règles
de l’art. Dans cette perspective, la tragédie est définie comme la repré-sentation
noble d’une action funeste. La vraisemblance demande le respect des trois unités
(« Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli/ Tienne jusqu’à la fin
le théâtre rempli. »). La bienséance exige que les violences de la scène soient
épargnées au public. La tragédie classique professe hautement son utilité morale
face aux dévots, Bossuet, Nicole, entre autres, qui critiquent l’influence corruptrice
du théâtre en général. Elle se veut mimesis : imitation fidèle de la nature
humaine ; et plus encore, catharsis : purgation des passions.
La tragédie classique puise encore aux sources classiques de l’histoire
ou de la mythologie antiques, mais beaucoup moins dans la Bible qu’au xvie siècle.
Elle met en scène de grandes passions politiques, notamment chez Corneille,
ou amoureuses, c’est le domaine de Racine. Tout en instruisant, elle cherche
à susciter l’admiration, et surtout la terreur et la pitié, autant de ressorts
qui font naître paradoxalement le plaisir tragique. La tradition classique perdure
encore au xviiie siècle, notamment avec Voltaire et Crébillon père, mais sous
l’influence conjuguée de Shakespeare et des Lumières, le spectacle privilégie
l’horreur, le pathétique, la politique ou la morale. L’inspiration tragique
demeure vivace dans les œuvres des siècles suivants, mais le genre lui-même
tend à s’essouffler, malgré les remarquables réussites de Giraudoux ou Anouilh
au xxe siècle.
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3:Comédie
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Le comique est une condition qui n’est ni nécessaire ni suffisante
pour définir la comédie. Il est des comédies peu drôles, et même larmoyantes,
et il y a du comique hors de la comédie, dans le roman ou dans la nouvelle,
par exemple. Malgré tout, le comique demeure la grande spécialité de la comédie.
Est comique tout ce qui provoque le rire. Oui, mais de quoi rit-on, et chacun
rit-il des mêmes choses ? Il va de soi que la matière du comique varie selon
des paramètres historiques, sociologiques ou psychologiques multiples. Ce qui
fait rire l’un peut bien agacer l’autre, ou le laisser indifférent. Le comique,
protéiforme*, et toujours surprenant, est une notion très difficile à définir,
mais il implique en général une relation à trois : celui qui fait rire, celui
qui rit, celui dont on rit. Une complicité tacite s’instaure entre les deux
premiers au détriment du troisième, car on rit volontiers du malheur d’autrui,
s’il ne semble pas outré. Ce phénomène, d’ailleurs donne à voir l’étrange parenté
du tragique et du comique.
Il est possible de distinguer plusieurs types de comique :
– le comique de geste : par exemple, les grimaces de la farce, les lazzi* de
la commedia dell’arte*, les coups de bâton de Guignol ;
– le comique de mot : les jeux de mots, les équivoques, les calembours ;
– le comique de situation : les ruses, les quiproquos, les rencontres imprévues
;
– le comique de caractère : tous les types de Molière, l’avare, le jaloux,
le fanfaron...
La comédie farcesque fait jouer les ressorts les plus grossiers,
mais aussi bien, les plus efficaces, du rire. Le jeu de scène, très important,
privilégie les pitreries, les chutes, les coups. L’accoutrement des comédiens
est souvent grotesque. Les accessoires ont leur importance, les éléments de
farce et attrapes. Le dialogue ne se refuse pas aux bassesses du langage, la
vulgarité, l’obscénité ou la scatologie. Les situations outrées sont souvent
répétées. Les caractères sont stéréotypés : le cocu, le glouton, le benêt.
La Farce du cuvier et La Farce de Maistre Pathelin, composées au
xve siècle, sont fort célèbres. Au xviie siècle, Molière compose des farces
relativement complexes, souvent irrésistibles, comme Les Fourberies de Scapin
ou Le Médecin malgré lui. En outre, il réussit à intégrer le comique farcesque
dans ses grandes comédies : Sganarelle côtoie ainsi Don Juan. Au xviiie siècle,
l’inspiration farcesque se retrouve dans les parades, qui sont à l’origine des
numéros d’acteurs, des spectacles de foires. Au xxe siècle, elle cohabite avec
le sentiment tragique de l’existence loufoque ou absurde. Avec cette portée
métaphysique* nouvelle, Jarry, Beckett et Ionesco lui ont donné ses lettres
de noblesse.
La comédie de caractères triomphe au xviie siècle avec Molière.
Conforme à l’éthique et à l’esthétique classiques, elle se veut une illustration
des vices et défauts éternels des hommes, et affiche sa portée morale, car elle
prétend les corriger
(castigat ridendo mores) : L’Étourdi, Dom Juan, Le Misanthrope, L’Avare, Le
Malade imaginaire. Pour Molière, il existe une juste nature, pleine de sens.
Mais il condamne les désirs excessifs ou tyranniques, les ridicules et les artifices,
les folies et les impostures.
La comédie d’intrigue s’inspire de traditions latines (Terence
et Plaute), espagnoles ou italiennes. Elle multiplie les stratagèmes, les échelles,
les déguisements, les contretemps, les surprises et méprises, avant de faire
triompher l’amour en fin de compte. Au xvie siècle, Les Esprits de Pierre de
Larivey et Les Contents d’Odet de Turnèbe, au xviie siècle, Le Menteur de Corneille,
L’École des femmes de Molière, sont des exemples du genre. Mais c’est au xviiie
siècle surtout que fleurissent ces intrigues : Marivaux cultive les grâces et
les jeux de l’Amour, ses masques et ses ruses, ses inconstances, ses retours.
Beaumarchais, de son côté, déploie des merveilles d’artifices et de feintes
pour faire triompher les amours des héros dans sa trilogie de Figaro. Au xxe
siècle, Georges Feydeau, Sacha Guitry poursuivent cette veine féconde avec le
vaudeville*, comédie légère et divertissante, également riche en intrigues et
en adultères.
La comédie de mœurs s’inspire de la réalité sociale pour dépeindre
les hommes en leurs temps. Les Précieuses ridicules de Molière en sont un bon
exemple. Au xixe siècle, Eugène Labiche met en scène de façon drolatique les
goûts et les travers de la bourgeoisie du Second Empire, les intérêts et les
désirs médiocres. Au xxe siècle, Georges Courteline décrit les mœurs et ridicules
des militaires, des administrations, des tribunaux. Jules Romains propose, dans
un style vigoureux et humoristique, une satire* des impostures sociales. Marcel
Pagnol s’attache, lui, à la vie provençale et aux mœurs du Vieux-Port de Marseille.
Mais la comédie de mœurs triomphe aujourd’hui moins à la scène qu’au cinéma
ou à la télévision.
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4:Le drame
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Le terme drame, qui désigne toute action théâtrale, a aujourd’hui
une valeur générique. Mais au xviiie siècle, il désigne une pratique spécifique,
qui refuse l’alternative binaire tragédie / comédie, car, écrit Diderot, « l’homme
n’est pas toujours dans la douleur ou dans la joie. Il y a donc un point qui
sépare la distance du genre comique au genre tragique », et ce point, c’est
le drame. L’esthétique nouvelle se fonde sur la vérité et l’émotion. Il s’agit
désormais de « peindre les humbles péripéties de l’existence moyenne. » À l’anthropologie
classique qui suppose des passions et caractères éternels, le drame s’attache
aux « conditions sociales » effectives en ce siècle. Il renonce progressivement
à l’artifice des vers, et favorise en toute liberté les éléments du jeu et de
la mise en scène, notamment la pantomime*, les décors et les didascalies*, susceptibles
de susciter une émotion plus intense. Les voies nouvelles sont diverses : Voltaire,
soucieux de créer un « genre mixte », tente de mêler le comique au sérieux dans
Nanine ou le Préjugé vaincu. Au contraire, L’École des mères de Nivelle de La
Chaussée et Le Fils naturel de Diderot sont des drames larmoyants. Tandis que
Sedaine met en scène des marchands aisés dans son drame bourgeois, Le Philosophe
sans le savoir, Louis Sébastien Mercier privilégie le peuple dans La Brouette
du vinaigrier.
Au xixe siècle, le drame romantique reprend en bonne partie l’héritage
du siècle précédent. Pour Victor Hugo, par exemple, « les deux électricités
opposées de la comédie et de la tragédie se rencontrent, et l’étincelle qui
en jaillit, c’est le drame ». Mais les romantiques, Hugo en tête, prennent avec
les règles des libertés extraordinaires, qui déclenchent la fameuse bataille
d’Hernani en 1830 où s’affrontent violemment classiques et romantiques. Ces
libertés font voler en éclats les unités de lieu et de temps. L’action elle-même
est souvent surchargée de circonstances, de rebondissements ou de coups de théâtre.
La prose est valorisée : elle se veut l’expression moderne d’une réalité totale,
comique et/ou pathétique, sublime ou burlesque, riche de couleurs, d’émotions
et de réflexions. Le drame nouveau se veut plus proche de Shakespeare que de
Racine et Molière. Avide d’horizons nouveaux, le drame romantique puise volontiers
sa matière en Espagne, en Italie ou en Angleterre, souvent à l’époque de la
Renaissance. Les œuvres les plus célèbres sont Ruy Blas, Hernani de Victor Hugo,
Lorenzaccio de Musset, Chatterton de Vigny, Henri III et sa cour d’Alexandre
Dumas, Le Théâtre de Clara Gazul de Mérimée. L’influence du drame romantique
se prolonge jusqu’à Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, et se ressent encore
peut-être dans le drame symboliste de Maeterlinck, dont le chef-d’œuvre est
Pelléas et Mélisande, et dont l’envers burlesque est mis en scène par Alfred
Jarry dans la geste du père Ubu. Parallèlement se développe l’esthétique du
drame naturaliste, illustrée par Les Corbeaux d’Henry Becque, un style que poursuivent
Octave Mirbeau, Jules Renard et Émile Fabre.
Le drame contemporain suit des voies très diverses. Certains dramaturges,
suivant en cela l’exemple des romantiques et des symbolistes, cultivent une
liberté conforme à leur génie. Paul Claudel met au point un vers original, rappelant
quelque peu le verset biblique, et ne craint pas de multiplier les lieux, les
signes, les mystères et les passions qui composent son théâtre. Apollinaire
donne libre cours à sa fantaisie dans Les Mamelles de Tirésias, annonçant ainsi
le courant surréaliste. Cocteau s’inspire tour à tour de légendes antiques ou
médiévales, du drame bourgeois, romantique ou shakespearien, et le plus souvent,
de ses propres et curieuses fantasmagories. D’autres dramaturges, tout en intégrant
quelques éléments de modernité, semblent au contraire revenir à des formes plus
classiques, plus maîtrisées. Jean Giraudoux, Henry de Montherlant et Jean Anouilh
semblent renouer avec l’inspiration tragique, dans leurs œuvres respectives
Électre, La Reine morte, Antigone. Le pessimisme et la désillusion règnent en
maîtres. Telle est aussi la tentation du théâtre existentialiste. Avec Caligula
et Le Malentendu, Albert Camus met en scène l’absurde de la condition humaine.
Mais dans Les Justes, il conçoit la nécessité – et les risques – de l’engagement.
Un mouvement analogue se fait jour dans le théâtre de Jean-Paul Sartre qui,
de Huis-Clos jusqu’aux Séquestrés d’Altona, met la liberté en situation, révélant
ainsi la mauvaise foi et les aliénations, vraies ou fausses.
Mais à partir des années 50, le Nouveau Théâtre propose une formule
dramatique originale, dont quelques hypothèses, cependant, avaient pu être formulées
déjà par Antonin Artaud entre autres. L’intrigue, la psychologie, le langage,
l’espace et le temps dramatiques sont désarticulés, et laissent sur la scène
des personnages drôles et angoissants, des automates ou des gueux, une humanité
ontologiquement déchue, accablée encore par la misère, l’injustice et la violence
du monde social. Dans ce genre s’illustrent Beckett, Genet, Ionesco, Adamov,
Robert Pinget, Nathalie Sarraute. Aujourd’hui encore, avec Arrabal et Copi,
la tendance dominante du théâtre contemporain est à la déchirure, aux corps
et aux consciences brisés, qui n’excluent pas toujours une certaine forme de
lyrisme paradoxal, torturé ou décousu, comme chez Bernard-Marie Koltès ou chez
Valère Novarina.
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