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Hegel : La philosophie de l'art
Impression facile
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L'esthétique est la science du beau ou philosophie des beaux-arts. Elle
aborde donc les œuvres par connaissance et jugement, non plus seulement par la
satisfaction qu’elles procurent. C’est que notre époque est celle d’une culture
réflexive, qui nous impose de ne pas se laisser aller immédiatement, mais de tout
soumettre à réflexion. L’époque où l’art était la plus haute forme d’expression
est révolue; en ce sens, l’art est quelque chose du passé.
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1. Objets de l’art
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A. Qu’est-ce que l’art?
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Ce que la philosophie pense, la religion le vit dans le sentiment, et l’art
le représente dans la matière; ils ont tous trois le même objet: les vérités
les plus hautes. Tous trois expriment à leur façon l’absolu.
L’art n’est pas illusion, puisqu’il exprime ce qu’il y a de plus vrai; mais
sa forme d’expression est imparfaite. Son but n’est pas d’imiter la nature.
Ce qu’il représente par du sensible est spirituel: il satisfait un besoin de
l’esprit, non un désir des sens. L’art n’est donc pas un savoir conceptuel; son
but est la représentation dans l’existence sensible de ce qu’il y a de plus
élevé et de plus spirituel: la vérité, la liberté.
Le plus haut qu’une époque atteigne, toutes les manifestations de sa vie l’expriment.
L’art d’un temps exprime l’esprit de ce temps.
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B. L’œuvre
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L’œuvre d’art est comme un esprit matérialisé. Cette âme que l’œuvre manifeste,
qu’elle arrache à la pure intériorité de la subjectivité pour l’exprimer, c’est
la sérénité des dieux grecs de la statuaire antique, la liberté des héros dramatiques,
que le destin ne prend pas. L’œuvre
d’art exprime l’idéal*.
Les beautés de l’art sont donc supérieures à celles de la nature, car elles
expriment plus parfaitement la spiritualité. En l’homme, la nature est
devenue consciente d’être esprit: les créations artistiques de l’homme, sont,
dit Hegel, «nées et comme deux fois nées de l’esprit». L’esthétique est donc
la science des beautés artistiques, non des beautés naturelles.
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2. Les sujets de l’art
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A. Le public
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L’œuvre ne se contente pas de susciter
des sentiments. Son objectivité et son universalité seraient dissoutes
dans la subjectivité et la particularité de chacun. Même à supposer un sens
du beau que l’on pourrait cultiver en goût universel et objectif, cette façon
d’approcher l’art demeurerait un pur contentement des sens.
En effet, l’œuvre d’art suppose la réflexion.
Face à une œuvre, la sensibilité ne suffit pas, il y faut aussi la connaissance:
l’homme de goût fait place au connaisseur. L’époque de l’œuvre, la vie de l’artiste,
la matière et la technique de l’œuvre, voilà ces éléments sur lesquels s’appuie
le connaisseur.
Le sens du beau et le «connaisseurisme» s’attachent à des points particuliers
de l’œuvre, mais en manquent l’essentiel. Certes, plaisir et connaissance sont
indispensables pour juger d’une œuvre; mais c’est d’un point de vue esthétique
seulement qu’on est en mesure d’en apprécier la profondeur. Le
philosophe est le meilleur public de l’art, car lui seul sait placer l’art aussi
haut qu’il le mérite.
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B. L’artiste
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L’artiste dispose d’une imagination créatrice appelée fantaisie. C’est
à ce niveau que se fait l’union du sensible dans sa variété, et de la profondeur
de la vérité: l’imagination est la faculté
de présenter une vérité universelle de la pensée sous une forme vivante et matérielle.
Le génie possède le pouvoir de création artistique, en partie seulement
inné.
L’artiste exprime ce qui est objectif,
nullement ce qui manifeste sa subjectivité propre. Cela ne signifie pas
qu’il exprime ce que la réalité quotidienne a de plus prosaïque, mais ce qu’il
ressent d’objectif. Exprimer cela, ce n’est pas simplement pénétrer profondément
par son âme les vérités les plus hautes, pour y faire allusion par des signes
extérieurs recueillis dans une œuvre; c’est donner à cet état d’âme une existence
sensible objective, devenue ainsi communicable.
La façon dont l’artiste s’exprime ne doit être ni une manière ni un style. La
manière ne manifeste que les
contingences de la personnalité de l’artiste, en opposition avec le fonds nécessaire
qu’il a à exprimer; le style exprime impersonnellement ces vérités
en même temps qu’il tient compte des particularités du matériau. La véritable originalité en art consiste à exprimer
le plus personnellement les vérités les plus générales.
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