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Investissement et progrès technique
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Définitions utiles
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Croissance extensive : augmentation de la production résultant d’une augmentation
de la quantité des facteurs de production.
Croissance intensive : augmentation de la production résultant de gains de
productivité obtenus par une meilleure organisation du travail et/ou une modernisation
du capital technique.
Cycles longs Kondratieff : alternance régulière de phases, d’une cinquantaine
d’années, de hausse et de baisse de l’activité économique. Le cycle complet
comprend environ 25 ans de hausse et 25 ans de baisse.
Productivité : efficacité de la combinaison des moyens de production. On la
mesure par le rapport entre la quantité produite (en unités physiques ou en
valeur) et les facteurs de production utilisés pour l’obtenir. On distingue
la productivité globale des facteurs (travail et capital) des productivités
apparentes du travail (valeur ajoutée/effectifs employés) et du capital (valeur
ajoutée/capital fixe productif).
Progrès technique : ensemble des innovations qui entraînent une transformation
ou un bouleversement des moyens et méthodes de production, de l’organisation
du travail, des produits.
Révolution industrielle : bouleversement des structures économiques et sociales
lié à un nouveau type de production et un nouveau rythme de croissance. On situe
en général la première révolution industrielle au XVIIIe et XIXe siècles en
Europe occidentale.
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Auteurs
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Joseph Schumpeter (1883-1950) : c’est un économiste hétérodoxe. Bien que libéral,
il accorde une grande importance à la théorie de Marx (même s’il la critique).
Il est surtout connu pour son analyse de l’évolution du capitalisme. Il fut
ministre des Finances autrichien d’un gouvernement socialiste avant de s’exiler
aux États-Unis lors de la montée du nazisme. Il a notamment écrit Théorie de
l’évolution économique (1912) et Capitalisme, socialisme et démocratie (1942).
L’investissement est au cœur de la relation entre progrès technique et croissance
et développement. Sous ses différentes formes, c’est une des conditions de la
croissance, il la rend possible et la modèle. Réciproquement, la croissance
contribue au financement de l’investissement.
Cette relation est d’autant plus importante que l’investissement apparaît comme
le principal moyen d’intégrer le progrès technique à la production, c’est donc
un déterminant tant qualitatif que quantitatif de la croissance.
Au-delà de la croissance, c’est le développement et le progrès social qui dépendent
des choix d’investissement, ce qui amène à dire que ces choix sont stratégiques
et doivent servir les grands objectifs économiques et sociaux.
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1. Les effets des investissements sur la croissance
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A. Investissements matériels et immatériels
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Les investissements matériels sont déterminants dans les économies industrielles.
Ils ont joué un rôle moteur dans la croissance à partir de la première révolution
industrielle pour mécaniser et étendre la production, qu’il s’agisse d’utiliser
la machine à vapeur et de développer les manufactures puis les usines, de mettre
en place les chaînes de montage, d’élargir le parc de machines-outils ou de
le transformer avec des machines à commandes numériques. L’augmentation considérable
des capacités de production des économies des pays industriels a largement reposé
sur ces investissements. Les activités tertiaires nécessitant également d’importants
investissements matériels (locaux, téléphonie, informatique…), ils continuent
d’exercer un rôle essentiel pour la croissance des économies de plus en plus
tertiarisées.
L’importance des investissements immatériels est de plus en plus forte, avec
la diversification et la sophistication des biens et des services offerts par
les producteurs et demandés par les consommateurs. Ces investissements sont
devenus décisifs non seulement pour qu’il y ait croissance mais aussi pour enrichir
la production et acquérir une compétitivité reposant sur la qualité et non seulement
sur les prix.
Ces deux formes d’investissements sont fortement liées. Ainsi, l’achat de nouveaux
ordinateurs (investissement matériel) implique celui de logiciels et de formation
pour que les salariés soient capables de les utiliser (investissements immatériels).
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B. Investissements de remplacement, de capacité et de productivité
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Les investissements de remplacement, qui conservent le volume de capital fixe
et compensent les déclassements, permettent de conserver la capacité de production.
Indispensables pour que la croissance puisse durer, ils ne suffisent pas à la
générer.
La croissance nécessite des investissements de capacité qui accroissent les
capacités de production. Ils jouent un rôle central pour une croissance extensive.
Les investissements de productivité améliorent l’efficacité de la combinaison
productive. Ils compensent l’obsolescence et renouvellent la compétitivité des
unités de production. Ils abaissent les coûts de production en finançant des
machines plus productives. Ils favorisent la croissance en permettant de produire
davantage avec la même quantité de travail (ou de consommations intermédiaires).
Ces investissements qui incorporent le progrès technique dans la production
sont nécessaires à la croissance intensive.
Ces trois types d’investissements sont souvent complémentaires, voire confondus,
une machine nouvelle qui en remplace ou en complète de plus anciennes est rarement
tout à fait identique en technologie et en productivité. Cela explique que la
croissance soit en général à la fois extensive et intensive. Dans les deux cas,
on voit bien que l’investissement joue un rôle moteur pour la croissance.
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C. Investissements sur place et à l’étranger
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Désormais, les détenteurs de capitaux réalisent ou financent des investissements
dans le monde entier. La multiplication d’investissements à l’étranger est l’une
des manifestations de la mondialisation de l’économie. Ces investissements contribuent
à propager une croissance potentielle dans d’autres pays (PED par exemple),
ils expliquent en partie le décollage des NPI même si leurs effets pervers (dépendance
notamment) doivent être notés. Ils peuvent donc s’analyser comme des vecteurs
de croissance mondiale.
Les investissements à l’étranger sont parfois mis en cause dans la baisse du
rythme de croissance qu’ont connue les pays anciennement industriels à partir
des années 70. Ces investissements peuvent ainsi s’analyser comme des fuites
diminuant la croissance de l’économie nationale. Il ne faut néanmoins pas oublier
que :
– les pays de départ sont aussi des pays d’accueil (au 31 décembre 1995, le
stock des investissements étrangers en France s’élevait à 704 milliards de francs
et celui des investissements français à l’étranger à 903,5) ;
– les pays développés sont les principaux émetteurs et destinataires d’investissements
à l’étranger (en 1996, 80 % des investissements français à l’étranger étaient
destinés aux pays de l’OCDE et 95 % des investissements étrangers en France
provenaient de ces mêmes pays).
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2. Les liens entre investissement et progrès technique
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A. Investissements et recherche-développement
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Le progrès technique résulte d’un processus de recherche-développement allant
de la recherche fondamentale à différentes innovations dans la production et
la consommation. Chacune de ces étapes nécessite des investissements.
La recherche fondamentale est un travail théorique et/ou expérimental réalisé
par des scientifiques. Les laboratoires de recherche fondamentale ont besoin
de locaux, de matériels, de formation (les chercheurs allient recherche et enseignement)
nécessitant de gros investissements, tant matériels qu’immatériels, qu’il faut
souvent renouveler pour rester efficaces. Ces dépenses très lourdes relèvent
en partie de l’intervention publique (avec des différences entre les pays).
Cette activité débouche sur des découvertes qu’il faut ensuite concrétiser.
Étape suivante, la recherche appliquée aboutit à des inventions permettant
une application industrielle des découvertes. C’est là que sont créés des procédés
de fabrication donnant lieu à des brevets. Des investissements sont encore nécessaires
pour mener à bien et dans les délais les plus courts possibles cette étape.
Le développement est la troisième phase durant laquelle sont conçus des prototypes
permettant la mise au point de licences d’exploitation. On vérifie alors la
viabilité industrielle et économique : saura-t-on mettre en œuvre l’invention
à un coût assurant sa rentabilité ? Si la réponse est positive, naissent des
innovations que la production en série et la mise sur le marché matérialiseront.
La recherche-développement (R & D) associe donc des scientifiques, des
techniciens et des entrepreneurs. Elle permet des innovations de produits (conception,
fabrication, vente de nouveaux produits), de procédés (nouveaux modes de fabrication
de produits déjà existants) et de marché (nouvelles modalités de commercialisation).
Ces trois phases nécessitent d’importants investissements qui contribuent à
rendre possible le progrès technique. Leur financement repose pour partie sur
l’État et pour partie sur les entrepreneurs, les grandes entreprises ayant des
moyens et des objectifs stratégiques les amenant à y consacrer des montants
de plus en plus conséquents.
Si les activités de recherche-développement permettent d’innover, de créer
des brevets et des droits de fabrication, certains investissements en R &
D visent aussi à acquérir de tels droits. Ces transferts de technologie manifestent
la mobilité nationale et internationale du progrès technique. Ces flux technologiques
prennent différentes formes :
– une firme achète à une autre un brevet ou une licence d’exploitation (une
imitation ne donne pas lieu à un contrat mais constitue aussi un flux international
de savoir et de savoir-faire) ;
– une entreprise en cède à une de ses filiales ;
– une firme, souvent multinationale, apporte sa technologie à ses partenaires
lors de la constitution d’une joint-venture (société mixte associant les capitaux
de la firme et ceux des partenaires).
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B. Un vecteur du progrès technique
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Le progrès technique et son incorporation dans la production supposent des
investissements importants en recherche, en formation et en équipements de haute
technologie. Cette dimension est devenue un élément essentiel de la compétitivité
des unités de production et à travers elles des économies nationales (ou régionales).
Le progrès technique est un facteur-clé de la croissance qu’il permet d’intensifier
et d’enrichir de telle sorte que les produits fabriqués évoluent pour améliorer
la satisfaction des consommateurs et que les procédés de fabrication se modernisent
pour diminuer les efforts et les coûts nécessaires.
Le progrès technique est non seulement nécessaire à la croissance, mais il
conditionne en partie l’existence d’une croissance durable (permettant d’accumuler
des richesses, des savoir-faire et qu’une crise conjoncturelle ne suffit pas
à casser), respectant les équilibres (des prix, de l’emploi, du commerce extérieur…),
exerçant des effets d’entraînement sur l’ensemble de l’économie (et non limités
à quelques secteurs : industrie lourde ou produits d’exportation même s’ils
peuvent jouer un rôle d’impulsion dans une première étape, on parle alors de
croissance déséquilibrée) et permettant des changements structurels, sources
de modernisation économique et sociale. Les investissements tant matériels qu’immatériels
servant de vecteur au progrès technique sont donc essentiels, les pouvoirs publics
jouent à ce niveau un rôle très important d’impulsion, voire de financement.
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3. Investissement, croissance et développement
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A. L’investissement, condition quantitative et qualitative de la croissance
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Complémentaires, les différents types d’investissement alimentent et enrichissent
la croissance en augmentant le volume de capital productif, en remplaçant les
moyens de production usés ou obsolètes et en intégrant des innovations pour
gagner en productivité.
Investir est donc un choix stratégique qui se traduit par des arbitrages au
niveau macroéconomique :
– entre investissement et consommation : choix sociétaux (répartition de la
valeur ajoutée) et politiques (groupes sociaux dirigeants, rôle des pouvoirs
publics) ; par exemple, les dragons asiatiques ont depuis 30 ans privilégié
l’investissement en limitant la part du revenu national alimentant la consommation
des ménages ;
– entre types d’investissements : parts consacrées aux investissements matériels
et immatériels (R & D et formation notamment), aux investissements privés
et publics (infrastructures, enseignement, santé…), aux investissements sur
place et à l’étranger ;
– entre ouverture ou fermeture aux investissements étrangers : ouverture ou
fermeture sont rarement totales, mais l’accueil peut être facilité (zones franches)
ou limité (mesures protectionnistes).
On ne peut durablement investir sans croissance, il faut des profits créant
une accumulation d’épargne interne pour financer les investissements (et rembourser
les emprunts). Inversement, il ne peut y avoir de croissance durable sans investissements
massifs, diversifiés et continus.
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B. L’investissement au service du développement
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Les investissements ont des effets durables, structurels qui modifient l’environnement
économique et social. Ils contribuent ainsi au développement économique.
Le choix et le financement des investissements sont des enjeux majeurs du développement
humain et soutenable. Celui-ci implique des priorités, des choix et des stratégies
macroéconomiques quant aux investissements, au modèle et au rythme de croissance.
Les investissements dans les domaines de l’enseignement et de la formation,
de la santé et de la protection sociale modifient en profondeur et de façon
irréversible l’économie et toute la société. Ils conditionnent le développement
humain en même temps qu’ils entretiennent la croissance. Les investissements
industriels et d’infrastructure ne doivent néanmoins pas être négligés ; comme
la croissance qu’ils rendent possible, ils sont indispensables à tout processus
de développement. La répartition des richesses entre groupes sociaux et entre
générations, les choix environnementaux se traduisent par des investissements
dont les effets à long terme orientent la croissance et favorisent le développement
soutenable.
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