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"Je m'accomoderais fort mal d'un monde sans livres" (18/20)

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Très bon travail.

Expression claire et agréable à lire ; une réflexion fermement et clairement menée ; pénétrante et juste ; qui véhicule une culture déjà étendue.


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Marguerite Yourcenar fait dire à l'un de ses personnages: "Je m'accommoderais fort mal d'un monde sans livres."
En faisant appel aux souvenirs de vos lectures, vous direz si vous partagez cette opinion

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Inventée il y a près de cinq mille ans, l'écriture demeura longtemps le privilège de l'aristocratie et des religieux, puis se répandit peu à peu dans toute la société, les livres étant rendus accessibles à un plus grand nombre grâce au développement de l'imprimerie. Si aujourd'hui ceux-ci ne se trouvent pas nécessairement au centre de la vie de chacun, ils occupent cependant encore un rôle d'importance. Marguerite Yourcenar, qui fait dire à l'un de ses personnages: "Je m'accommoderais fort mal d'un monde sans livres.", m'amène à redéfinir leur place dans l'ensemble de la société d'abord, dans ma vie ensuite, et enfin à imaginer ce que serait un monde sans livres.

Le livre me semble tenir dans notre civilisation occidentale industrialisée un rôle primordial, ne serait-ce que par son utilité pour la collectivité.
En premier lieu il constitue le support de la connaissance -même s'il est à présent possible d'enregistrer celle-ci sur des ordinateurs, on trouve toujours le livre à l'origine. Sans forcément se vouloir scientifique ou documentaire, le livre, qui ouvre des portes sur l'extérieur, permet la découverte de pays, d'hommes. Ainsi Désert, roman de Le Clézio, traite-t-il du peuple des Touaregs et présente-t-il un peu leur vie. Le livre permet aux savants et chercheurs de chaque époque de laisser leurs découvertes à leurs successeurs, il est donc facteur de progrès. En outre ces recherches et théories peuvent aussi être accessibles au public, qui s'instruit par les livres. Ainsi Buffon, dans son Histoire naturelle, explique le fonctionnement du monde, les rapports entre les règnes animaux, végétaux et minéraux d'après ses observations et ses expériences. A la même époque, L'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert veut regrouper toutes les connaissances dans les domaines des arts, des sciences et des techniques. De manière plus générale et quotidienne, les livres restent le moyen le plus pratique d'apprendre; on trouve en effet des ouvrages sur tous les sujets possibles et imaginables.


D'autre part ils s'avèrent un précieux document historique, témoignant, quelle que soit leur forme, leur genre, d'une certaine mentalité et d'une époque précise, établissant des liens entre passé et présent, entre des civilisations disparues et la nôtre. Le plus célèbre de ces écrits du passé est sans conteste la Bible qui, sans être destinée à décrire les sociétés dans lesquelles elle a pris naissance, rend cependant compte des idées et des modes de vie des hommes de l'époque. Les récits d'Homère, L'Iliade et L'Odyssée, constituent également un lien très puissant entre passé et présent, étant, plus de deux mille ans après leur rédaction, toujours lus. Plus proches de nous, les comédies de Molière telles Les Précieuses ridicules, Tartuffe, Dom Juan, dénoncent les mœurs du XVIIeme siècle au sein de la haute société: la préciosité, la fausse dévotion, le libertinage. Plus tard, les Naturalistes, qui dépeignaient de manière précise la société qui les entourait, accentuèrent le caractère de document historique des livres. Ainsi Emile Zola, à travers "l'histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire", traça, du peuple essentiellement, de saisissants portraits, tels Lantier dans La Bête humaine, Gervaise dans L'Assommoir. Ajoutez, à ces œuvres, toutes celles dont le récit prend place dans un contexte historique spécifique, comme Le Silence de la mer de Vercors, durant la Seconde Guerre mondiale, Guerre et Paix de Tolstoï durant la campagne de Russie de Napoléon… le livre joue donc le rôle d'une mémoire collective, évitant aux événements historiques de tomber dans l'oubli.


Enfin le livre véhicule des pensées, des idées. Apportant la connaissance, l'information, il peut être le dénonciateur d'abus, d'injustices. Ainsi Betty Mahmody, avec son livre Jamais sans ma fille, présenta aux yeux de tous les excès de l'intégrisme musulman; Marguerite Duras, à travers Un barrage contre le Pacifique, critiqua, mais non directement, le colonialisme. Le livre fut longtemps le meilleur moyen pour le hommes d'exprimer leur point de vue et surtout de l'exposer aux yeux de tous. Ainsi les philosophes écrivent-ils beaucoup, apportant leurs conceptions du monde, de l'homme, au public, à ces hommes qui, ne s'étant généralement pas trouvé d'idées personnelles, adhèrent à quelques-unes de celles des auteurs. De cette façon Pascal, par son Apologie du christianisme parue sous le titre de Pensées, donna de l'homme, du monde et de Dieu sa propre définition, basée sur le jansénisme, puis fut contredit par Voltaire et ses Lettres philosophiques… Le livre est finalement une forme d'expression de l'évolution des mentalités. Le livre joue donc un rôle essentiel dans la société, et est à l'origine de la civilisation actuelle. Conservant et véhiculant à la fois savoir, histoire et idées, il est en fait le miroir d'une époque, de chaque époque.

 

 

 

bien

 

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bien

 

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bien

Pour ma part, j'aime beaucoup et ai toujours aimé lire, de sorte que je m'accommoderais fort mal d'un monde sans livres.
Ceux-ci constituent avant tout, à mes yeux, une porte ouverte sur le rêve, ils permettent l'évasion. Ils me procurent une autre vie, me transportent dans un autre univers, dans un monde comme parallèle au nôtre, celui de la littérature, et au seuil duquel il convient de bien choisir. J'ai personnellement toujours préféré les romans, dont les héros m'ont longtemps paru beaucoup plus intéressants et plus vivants que les êtres de chair et d'os qui m'entouraient. Et, si j'ai à présent compris qu'aucun roman ne vaut la vie, je me laisse cependant emporter avec délice dans le domaine de Madame de Mortsauf, héroïne du Lys dans la vallée de Balzac, femme qui sacrifie son bonheur et sa passion aux devoirs que son éducation et le monde lui ont assignés. M'identifiant rarement aux personnages rencontrés, je les suis plutôt en spectatrice. Luca, dans La Désobéissance de Moravia, profondément dégoûté de la vie, Marthe jeune amoureuse du Diable au corps de Radiguet, qui trompe son mari parti à la guerre, Aglaé Ivanovna dont la beauté et les caprices plaisent tant à l'Idiot de Dostoïevski, toutes ces figures me fascinent plus qu'elles ne me ressemblent, et me permettent d'échapper à ma vie quotidienne généralement moins agitée que la leur, plus banale.


Outre l'évasion et la découverte d'existences différentes de la nôtre, le livre, considéré comme un moyen de détente, peut apporter soulagement et apaisement, allant parfois jusqu'à jouer le rôle d'un compagnon, d'un ami. Ainsi certains livres agissent sur moi comme des baumes. Le simple fait de lire, l'activité en elle-même, qui se déroule ordinairement dans le calme -cela me semble du moins être une des conditions essentielles à une bonne lecture- apporte une tranquillité de corps et d'âme au lecteur. Puis, s'il ne choisit ni des livres d'aventures ni des ouvrages philosophiques soulevant de graves questions, il aura toutes les chances d'être apaisé, oubliant soucis et tracas quotidiens en se plongeant dans un univers différent. L'apaisement ets donc une conséquence de l'évasion. Je pense plus particulièrement à un récit de Jean Giono, Regain, qui raconte, à travers des descriptions de la nature d'une grande simplicité, la décision d'un homme et d'une femme de sauver de l'abandon et de la mort un petit village. Par ailleurs il eut pour moi un livre magique, auquel je vouais, il y a quelques années, une véritable adoration. Il s'agit de Rébecca, de Daphné Du Maurier; et lorsque j'étais triste, fatiguée, j'étais prise du besoin de retourner dans le monde de Manderley et de Maximilien de Winter. Une fois là-bas, j'étais heureuse. Mais à présent ce sont les poèmes de Musset, Baudelaire et Verlaine qui m'enchantent ainsi. Et en dépit de la mélancolie, voire de la noirceur, qui parfois les teintent, ils font mon bonheur grâce au rythme et à la musicalité de leurs vers. Ainsi
"La mélancolie
Berce de doux chants
Mon cœur qui s'oublie" en lisant. Les livres revêtent donc l'habit des pacificateurs, des consolateurs.


De plus la lecture, porteuse déjà de tant de plaisirs, constitue également une intéressante formation au monde -même si l'on dit qu'il n'y a pas de meilleure école que la vie- puisqu'elle permet au lecteur, à travers l'expérience des auteurs, d'élargir ses vues, de réfléchir, de développer son esprit critique. Ces effets utiles et constructifs ne se font, bien entendu, ressentir que dans le cadre d'une lecture intelligente, et celle d'ouvrages présentant un minimum d'intérêt. C'est à nous lecteurs d'aller chercher la "substantifique moelle" entre les lignes, et plus nous lisons, plus nous en serons capables. L'expérience des auteurs nous apporte du monde une vision plus pesée, plus mûre que la nôtre (jeunes gens encore bien inexpérimentés) et nous permet de nous préparer à des situations futures, de sorte que nous nous approprions parfois leur propre expérience. Au nom de tous les miens, de Martin Gray, témoigne ainsi des souffrances humaines et surtout de l'espoir. Mais moi qui ai longtemps dévoré des livres, sans me poser la moindre question, pour le simple plaisir de lire, j'ai découvert depuis peu que ces blocs de feuilles n'étaient pas seulement des moyens de divertissement mais aussi, ou plutôt, des moyens de faire passer des idées ou des conceptions. Ainsi en est-il du roman L'Immortalité, de Milan Kundera, dans lequel, aux détours et croisement de destin des différents personnages, se trouvent disséminées des réflexions sur l'existence. Puis Jean-Paul Sartre avec La Nausée, Albert Camus avec La Chute et L'Etranger, m'amenèrent à des considérations métaphysiques; et leurs héros , loin de me faire rêver, m'effrayèrent. Le vide de leur vie, leurs propos désabusés ébranlèrent toutes mes convictions, me désignant du doigt l'abîme de l'Absurde. Ils m'effrayèrent, mais ils m'amenèrent à réfléchir. Les livres nous apprennent donc certaines réalités de la vie, et nous aident à développer notre intelligence. Ainsi les livres me sont-ils essentiels. Livres gardiens d'un monde merveilleux dans lequel je me laisse glisser avec joie, qui me font rêver et, me libérant de la réalité quotidienne, m'apaisent parfois. Parfois aussi, m'instruisant me tourmentant, me font douter, et finalement m'aident à grandir. Et toujours me fascinent.

 

 

bien

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

bien

 

 

 

 

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Mais alors, s'ils nous sont, à tous, si bénéfiques, que serait un monde sans eux? Ou plutôt, pourquoi voudrait-on les faire disparaître, et à quoi cela nous mènerait-il?
Tout d'abord un monde sans livres n'est imaginable que dans le cadre d'un gouvernement totalitaire. Il est en effet impossible que les hommes, dont la civilisation repose sur le livre, dont la culture en est imprégnée, en arrivent volontairement à le détruire. Et sa disparition ne pourrait être souhaitée que dans la mesure où il présente un danger. Or il en représente un: véhiculant des idées, il peut menacer un gouvernement. L'histoire nous apporte d'ailleurs des illustrations de ce danger, à travers les mesures prises par certaines institutions. L'Eglise, craignant la mauvaise influence sur les fidèles d'auteurs tels que Voltaire, tint, durant quatre siècles, un catalogue des ouvrages interdits, l'Index. La censure est également un phénomène courant dans tous les gouvernements totalitaires et, récemment, Salman Rushdie, auteur des Versets sataniques, vit son livre interdit et sa condamnation à mort proclamée par l'ayatollah Komeiny. Ces faits n'expriment la prohibition que de certains ouvrages et auteurs, mais on peut imaginer le processus s'étendant à leur ensemble, comme le firent Bradbury dans Fahrenheit 451 et Huxley dans Le Meilleur des mondes. Donc la disparition des livres ne devrait être due qu'aux menaces d'un despote.


Ainsi imaginons que le livre soit supprimé, disparaisse totalement -entendons par là l'ouvrage littéraire, et non l'ouvrage technique dont il sera toujours impossible de se passer, sauf si l'homme retournait à l'"état de nature", ce qui est également impossible-, alors son rôle actuel devrait être rempli par autre chose, à n'en pas douter par les nouveaux moyens de communication, qui ne cessent de se développer. Toutes les informations devraient alors passer par les médias, de sorte que leurs dirigeants auraient tous les pouvoirs. En fait le livre ne serait détruit que pour instaurer un nouveau régime, aux bases radicalement différentes des anciennes. Ainsi, dans 1984, de Georges Orwell, la censure est des plus sévères et tous les livres précédemment écrits sont réimprimés, c'est-à-dire totalement transformés, de façon à ne nuire en rien à la politique gouvernementale, et les hommes ne savent de l'histoire de leur pays, du monde, de la vie, que ce que le Parti a bien voulu leur apprendre par l'intermédiaire des télécrans. Fahrenheit 451 présente un monde d'où le livre est totalement banni, et son rôle d'ami distrayant est rempli par les émissions de télévision qui sont retransmises sur tous les murs d'une pièce, enveloppant totalement le spectateur qui s'y trouve plongé comme nous le sommes aujourd'hui dans les livres. De cette façon la technologie de l'image et du son pourrait remplacer le livre (ou plutôt lui être substitué, sans pour autant le valoir).


La disparition du livre mènerait finalement à une déculturation totale, et, peut-être, à l'atteinte d'un certain bonheur. Si une vie sans livres nous apparaît impossible, il n'en serait pas de même pour quelqu'un qui ne connaît pas, n'a jamais connu les livres. Et si les hommes d'un tel monde, ne s'occupant ni de lire ni d'écrire, ne se préoccupant donc pas non plus de métaphysique, de sciences, ne menaient plus que des activités physiques et concrètes, jamais tentés par les rêveries et les doutes qu'apportent les livres, et parvenaient ainsi à être pleinement vivants, heureux? Ainsi replongés dans un certain obscurantisme, ou encore, comme dans Le meilleur des mondes d'Huxley, uniquement soucieux de futilités et de petits plaisirs, ils seraient sans doute heureux. Ils seraient heureux justement parce qu'ils n'auraient pas connu les livres, ne connaîtraient que leur petite vie, et du monde que ce que le gouvernement aurait jugé bon de leur dire. Un monde sans livres est donc, à la rigueur, imaginable, mais pas dans la situation actuelle. Il ne serait vivable que si le gouvernement, totalitaire, parvenait à changer toutes les mentalités, et ce monde serait alors basé sur la toute-puissance de la technologie et sur l'ignorance de ses habitants. Il me paraît toutefois encore bien fictif…

L'examen de cette hypothèse paraît ici bien absurde après ta réponse.

 

 

bien

 

 

 

 

 

 

bien

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

et souhaitable ?

Ainsi le livre me semble-t-il être un des piliers de notre société, puisque permettant la conservation et la transmission des connaissances, de l'histoire et des idées. Quant à moi, je ne pourrais vivre sans livres, ces compagnons qui me procurent rêve, évasion, détente, paix, tout ne me montrant de nouveaux horizons de réflexion. Un monde sans eux me semble donc inconcevable aujourd'hui. Toutefois, dans un monde radicalement différent du nôtre, tout est envisageable, et par exemple le bonheur atteint en échange de la liberté, de la culture et de la lecture…

 

Argument peu à sa place ici.



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