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L'investissement
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Définitions utiles
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Action : titre de propriété (d’une partie du capital d’une société) négociable
sur un marché. L’actionnaire participe aux décisions (il a le droit de vote
en assemblée générale) et a droit à des dividendes qui sont un revenu variable
dépendant des résultats de l’entreprise et des choix de répartition de ces résultats.
L’action est une valeur mobilière.
Capital technique : une des composantes de la combinaison productive. Il comprend
les biens (ou équipements) servant à produire durant plusieurs cycles de production.
Demande effective (concept keynésien) : ensemble de la demande solvable des
consommateurs (biens de consommation), des entrepreneurs (biens de production)
et de l’État (biens d’équipement collectifs). En économie ouverte, il faut ajouter
la demande extérieure (exportations). La demande effective fait l’objet d’anticipations
par les entrepreneurs.
Obligation : titre de créance à long terme (en général 7 ans ou plus) négociable
sur un marché. Le détenteur d’obligation a droit à des informations sur la gestion
mais n’a aucun pouvoir de décision, il reçoit un intérêt qui, en principe, est
fixe et déterminé au moment de l’émission pour toute sa durée de vie. À l’échéance,
le capital prêté est remboursé. L’obligation est aussi une valeur mobilière.
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Définitions de comptabilité nationale
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Épargne brute : part des revenus qui n’est pas immédiatement consommée et est
donc disponible pour accumuler des actifs physiques ou financiers. Solde du
compte d’utilisation du revenu, elle se calcule de la façon suivante : revenu
disponible brut consommation finale. Les entreprises n’ayant pas de consommation,
leur épargne brute est égale à leur revenu disponible brut.
Excédent brut d’exploitation (EBE) : ce qui reste de la valeur ajoutée après
son partage primaire. C’est la rémunération du capital. Solde du compte d’exploitation,
il se calcule ainsi : valeur ajoutée brute (salaires + impôts liés à la production).
Valeur ajoutée brute (VAB) : valeur nouvelle créée au cours du processus de
production. Solde du compte de production. Elle se calcule ainsi : valeur de
la production valeur des consommations intermédiaires.
L’investissement est un enjeu économique essentiel. Prenant différentes formes,
il modèle le capital technique et plus largement les capacités de production
ultérieures. Il conditionne donc en partie le dynamisme d’une économie, sa capacité
à croître et à se moderniser.
L’investissement est une dépense qui engage l’avenir, la décision d’investir
est donc essentielle. Elle dépend notamment d’anticipations par nature incertaines
mais qu’il est utile de connaître.
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1. Définitions, typologies et comptabilisation de l’investissement
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A. Définitions
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L’investissement est une dépense servant à ajouter du capital au stock déjà
existant. C’est aussi le résultat de cet acte : une machine nouvelle est appelée
un investissement. Cette définition générale peut déboucher sur différents types
d’investissement : investissement technique, financier, humain.
L’économiste donne une définition plus restreinte de l’investissement : c’est
l’achat de biens de production durables. On limite la notion aux dépenses visant
à acquérir des biens servant directement et pendant plus d’un an à la production.
Les investissements permettent aux unités de production de maintenir, d’augmenter
et de moderniser leur capital technique.
L’investissement concerne le capital fixe, c’est-à-dire l’ensemble des moyens
de production qui participent à plusieurs cycles de production. C’est pourquoi
la comptabilité nationale parle de formation brute de capital fixe (FBCF). Ce
capital est un stock qui varie en fonction d’un flux positif qui est l’investissement
brut et d’un flux négatif correspondant aux déclassements dus à l’usure physique
et à l’obsolescence (c’est-à-dire l’usure, voire le dépassement technique).
L’investissement net correspond à la différence entre ces deux flux. Il mesure
la variation de la capacité productive d’une entreprise ou d’un pays.
Il ne faut pas confondre l’investissement avec l’achat de consommations intermédiaires
qui, elles, ne serviront qu’une fois et seront immédiatement détruites ou transformées.
Il faut aussi éviter le terme d’« investissement financier » qui sème la confusion
entre investissements et placements.
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B. Typologies
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Parmi les investissements, on distingue les investissements matériels qui concernent
les acquisitions physiques (achats de terrains, bâtiments, machines, véhicules…)
et les investissements immatériels (ou incorporels) qui correspondent aux achats
de logiciels, de brevets, de marques déposées, aux dépenses de recherche et
développement, de formation du personnel, de publicité, marketing et aux autres
dépenses commerciales.
Les investissements matériels comprennent :
– les investissements de remplacement qui visent à remplacer les équipements
usés et maintiennent en l’état le stock de capital fixe,
– les investissements de capacité (ou d’extension) consistant à acheter des
biens de production supplémentaires à technologie identique et qui augmentent
la capacité de production,
– les investissements de productivité (ou de rationalisation ou encore de modernisation)
qui permettent d’intégrer les progrès techniques et de rendre la combinaison
de production plus efficace.
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C. Comptabilisation
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La FBCF comprend l’investissement de l’ensemble des agents économiques résidents
: les entreprises, les ménages (les investissements des ménages au sens de l’INSEE
ne concernent que l’achat de logements, leurs autres achats relèvent de la consommation
finale), l’État et les collectivités locales (équipements collectifs tels qu’écoles,
armement…).
La FBCF inclut des biens (investissements physiques) et des services marchands
lorsqu’ils sont inséparables des investissements matériels (par exemple en cas
de réparation d’un équipement, on prend en compte les pièces et la main-d’œuvre)
ou s’ils sont liés à des actifs incorporels (frais financiers). Mais, la notion
de durabilité pose un problème dans la mesure où elle s’applique mal aux services.
Ainsi, les acquisitions de biens incorporels (les brevets par exemple) n’apparaissent
pas dans la FBCF, une partie est prise en compte dans les achats de consommations
intermédiaires, ce qui exclut tout amortissement. L’investissement n’est donc
qu’imparfaitement comptabilisé. On exclut également de la FBCF les achats de
terrains. On considère que la FBCF correspond à l’investissement national, mais
l’importance croissante des investissements immatériels relativise la pertinence
de cette interprétation.
Quand on parle d’« investissement productif », on prend en compte la FBCF des
SQS et des entreprises individuelles (le secteur institutionnel des « sociétés
et quasi-sociétés » regroupe toutes les entreprises non financières sauf les
entreprises individuelles) à l’exclusion de la FBCF des autres ménages et des
administrations.
On mesure l’effort d’investissement d’une unité économique ou d’un secteur
par son taux d’investissement : (I/VAB) x 100. On s’intéresse essentiellement
au taux d’investissement des SQS (15,5 % en 1997 en France) ou des entreprises.
On calcule aussi un taux d’investissement global qui traduit l’effort national
(de l’ensemble des agents résidents) : (FBCF/PIB) x 100 (16,8 % en 1997 en France).
Ces taux constituent une indication sur l’évolution de la production dans les
années à venir, ils contribuent aux prévisions en matière de croissance.
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2. Les modes de financement de l’investissement
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Pour financer ses investissements, un agent économique dispose de différents
moyens substituables ou complémentaires. La première alternative qu’il doit
trancher concerne le recours à un financement interne ou externe. La seconde
intervient lorsqu’il recourt à l’investissement externe, il doit alors choisir
entre financement direct et indirect.
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A. Financement interne
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Le financement interne ou autofinancement : l’investisseur utilise ses ressources
propres (partie de ses revenus épargnés, donc non immédiatement consommée).
Pour une entreprise, cela suppose qu’ayant réalisé de bons résultats, elle ait
donc un excédent brut d’exploitation (EBE) élevé et qu’elle dispose d’une épargne
substantielle (à partir de son EBE, l’entreprise rembourse ses dettes, distribue
des dividendes et provisionne des amortissements).
On mesure le taux d’autofinancement par le rapport suivant : épargne brute/investissement
x 100. Un taux de 100 % signifie que l’épargne réalisée couvre les investissements
projetés. L’agent économique (ou le secteur, ou la nation) a un besoin de financement
si son taux d’autofinancement est inférieur à 100 % et une capacité de financement
s’il est supérieur à 100 %. En 1997, le taux d’autofinancement des SQS en France
était égal à 118 %, il dépasse chaque année 100 % depuis 1993 témoignant à la
fois de la bonne santé financière des SQS et de la faiblesse de leurs investissements.
Ce taux est un indice du niveau de confiance des entrepreneurs dans la rentabilité
de leur unité de production et dans la conjoncture économique à venir.
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B. Financement externe, direct ou indirect
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Le financement externe consiste à faire appel à l’épargne d’autres agents économiques.
Il vient généralement compléter l’autofinancement. Une entreprise réalise un
financement externe soit en augmentant son capital, soit en s’endettant, soit
encore en combinant les deux. Elle fait le pari que sa rentabilité sera suffisante
pour lui permettre de verser des dividendes et/ou de rembourser ses dettes.
Le financement externe indirect recourt à des intermédiaires financiers auprès
de qui on réalise un emprunt. En général, il s’agit d’un emprunt bancaire.
Le financement externe direct est, lui, réalisé sur le marché financier. Une
entreprise peut y procéder à une émission d’actions qui conduit à une augmentation
de son capital social et donc de ses fonds propres. Elle peut aussi émettre
des obligations pour lever des fonds externes qu’il lui faudra rembourser.
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C. Les éléments du choix
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L’autofinancement qui dépend notamment du niveau de l’épargne (donc des résultats
des exercices antérieurs) est rarement suffisant dès lors que les projets d’investissements
sont importants. Le recours à des fonds externes et à l’endettement ne doit
pas être regardé comme une erreur de gestion, mais au contraire comme le fait
d’une entreprise saine ayant des projets d’avenir.
L’augmentation de capital évite les remboursements, les dividendes dépendant
des résultats et des choix de répartition de l’entreprise. Mais, elle conduit
à ouvrir le capital social (à de nouveaux actionnaires) ou à en modifier la
structure (poids des différents actionnaires déjà présents).
L’endettement évite ces problèmes mais implique des versements d’intérêts et/ou
des remboursements fixes qui ne dépendent pas de l’activité. Un investissement
n’étant pas forcément immédiatement rentable, cette contrainte peut être lourde.
L’endettement est avantageux si le rendement des investissements est durablement
supérieur au taux d’intérêt.
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3. Les déterminants de l’investissement
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A. La rentabilité
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Un investissement est rentable si son coût est inférieur aux revenus qu’il
entraînera. L’entrepreneur fait donc un calcul de rentabilité en comparant le
coût de l’investissement et son rendement espéré, il en déduit le profit (P)
escompté de l’année 1 à l’année n : P1 + P2 + … + Pn. L’investissement est réalisé
si : P1 + P2 + … + Pn > 0. On calcule ainsi un rendement qui est égal au
rapport entre les profits escomptés de l’investissement et ses coûts.
Mais ce calcul est incertain car il inclut différentes variables qui ne peuvent
être qu’anticipées : l’évolution de la valeur de la monnaie (on ne connaît pas
le niveau qu’atteindra l’inflation), la durée de vie de l’investissement (l’obsolescence
est plus difficile à prévoir que l’usure physique), la vente de la production
qui permettra la réalisation des profits escomptés. Ces estimations par avance
(on dit aussi ex ante) ne peuvent qu’être aléatoires.
Le niveau des profits déjà réalisés dont le taux de marge (rapport entre l’EBE
et la VAB) donne une idée constitue un autre élément décisif. Le profit qui
est l’objectif de l’entreprise capitaliste est un facteur-clé de l’investissement
: il s’agit aussi bien du profit à venir que du profit espéré. La rentabilité
escomptée de l’investissement est liée aux profits tirés du capital déjà engagé
: investir n’est guère attractif si le capital déjà investi rapporte peu, c’est
au contraire attirant si la rentabilité est élevée. En outre, l’EBE alimente
l’autofinancement au moins partiel des investissements. Enfin, un profit élevé
facilite une augmentation de capital (en attirant des souscripteurs intéressés
par des dividendes substantiels et des bonnes perspectives de revente) et donne
confiance aux prêteurs (banques ou épargnants).
Dans une approche rationnelle des agents économiques, la rentabilité est la
variable déterminante. La réalité montre pourtant que la décision d’investir
n’est pas totalement rationnelle.
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B. L’anticipation de la demande effective
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La demande effective est essentielle du point de vue keynésien. Une anticipation
à la hausse a un effet incitatif : une entreprise maintiendra et a fortiori
accroîtra sa production si elle prévoit un accroissement des débouchés. La réalisation
de l’investissement pour répondre à une telle anticipation suppose toutefois
plusieurs conditions : la saturation des capacités de production (sinon, le
surcroît de demande sera satisfait par une plus grande utilisation des équipements
actuels), l’insuffisance des stocks (sinon, il suffira de les écouler), la capacité
de répondre en termes de qualité et de prix (pour qu’un surcroît de production
trouve preneur).
On peut ajouter une condition supplémentaire : le climat de confiance ou de
méfiance en l’avenir dans lequel évoluent les entrepreneurs. Cette dimension
socio-psychologique renvoie à ce qu’une économiste keynésienne nommait « l’esprit
animal des entrepreneurs » pour évoquer un certain instinct grégaire. Bien qu’assez
peu rationnelle, cette variable pèse souvent lourd. On comprend ainsi l’acharnement
que mettent les différents gouvernements à convaincre les entrepreneurs que
la conjoncture leur sera favorable et qu’ils peuvent avoir confiance.
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C. Les taux d’intérêt
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L’endettement contribuant à financer l’investissement, il vaut mieux que le
taux d’intérêt (coût de l’endettement) soit inférieur au taux de profit, il
s’agit du taux d’intérêt réel (taux nominal diminué de l’inflation). Si le taux
d’intérêt est supérieur à la rentabilité économique, l’entreprise a intérêt
à se désendetter ou à placer son épargne. Un taux d’intérêt réel élevé décourage
plutôt l’investissement des entreprises.
On appelle taux de profitabilité du capital (donc d’un investissement) la différence
entre taux de profit du capital productif et le taux d’intérêt. On prend en
considération le taux d’intérêt réel à long terme sur le marché financier. Si
la profitabilité est négative (voire faible), il devient plus intéressant de
réaliser des placements que des investissements. Les entrepreneurs réalisent
donc en fait un arbitrage entre ces deux usages alternatifs de leur épargne.
La relative faiblesse de l’investissement des entreprises françaises durant
la décennie 90 pourrait s’expliquer, au moins en partie, par le niveau élevé
des taux d’intérêt réels qui les inciterait à placer plutôt qu’investir.
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