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L’ONU dans la vie internationale depuis 1945
Plan détaillé
| Apprécier à sa juste valeur le rôle d’une institution, c’est en définitive vérifier si elle remplit la mission qui lui a été impartie et répond aux attentes suscitées. D’où la nécessité d’éviter tout contresens sur sa nature et sa finalité. La place qu’a tenu et que tient l’ONU dans la vie internationale depuis sa fondation en 1945 sera ainsi diversement jugée selon qu’on la tient pour un super-gouvernement mondial en gestation ou pour un simple régulateur du système monde dans le domaine limité des relations inter-Etats. Trancher entre ces deux interprétations nécessite d’abord l’examen du contenu de la charte et de sa structure de fonctionnement, son action en faveur du maintien de la paix et de la sécurité internationales et enfin son action en vue de promouvoir les conditions inhérentes à cet objectif, c’est-à-dire des principes et le développement. |
| La nature et la finalité de l’ONU sont indissociables des intentions de ses fondateurs et de ses statuts, la Charte de San Francisco, adoptée le 26 juin 1945 par les 51 Etats constituants la Grande Alliance de la Seconde Guerre mondiale. Projet rooseveltien à l’origine, élément d’un Système-monde à construire, l’ONU a été créée suite à différentes étapes : la Charte de l’Atlantique (août 1941), réunion au cours de laquelle Roosevelt et Churchill décidèrent des principes, la Déclaration des Nations Unies (1 janvier 1942), qui vit l’adhésion de l’URSS pourtant exclue de la SDN en 1939 pour l’agression contre la Finlande, la Conférence de Dumbarton Oaks (automne 1944), qui fixa les règles de son fonctionnement et enfin la Conférence constitutive de San Francisco. Organisation de sécurité collective, l’ONU mêle dans son article premier au moralisme et au juridisme, le souci du réalisme et de l’efficacité. C’est pourquoi le champ de ses compétences est flou, susceptible de donner lieu à des controverses mais avant tout modeste. Se voulant une organisation incarnant à l’échelle du monde la démocratie, c’est-à-dire aux yeux de Roosevelt, les valeurs spécifiques des Etats-Unis, elle se donnait deux limites : la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats et le rôle directeur confié aux grandes puissances victorieuses de la Seconde Guerre mondiale et disposant du droit de véto. Dans son organisation, l’ONU présente une structure ternaire : le Conseil de Sécurité (15 membres dont 5 permanents), organe décisionnel qui prend des « résolutions » impliquant ou non le recours à la force armée, une Assemblée Générale réunissant tous les Etats-membres (190 aujourd’hui), qui peut émettre des voeux (elle n’est donc pas un parlement mais une opinion mondiale), le Secrétariat général, organe chargé de faire appliquer les décisions du Conseil de Sécurité et dont la marche de manoeuvre est faible. |
| Regardons maintenant si l’ONU a rempli sa mission première du maintien de la paix et de sécurité dans le monde. Constatons tout d’abord qu’en dépit de sa simplicité apparente, la formule peut prêter à équivoque : s’agit-il d’un statu quo établi ? Ou peut-il y avoir des situations ou des pratiques mettant en soi en danger la paix et la sécurité ? Selon le cas et selon la nature du problème posé, l’ONU tranchera en faveur de l’une des hypothèses (Apartheid sud-africaine, décolonisation, Irak en 1990 sont des exemples d’intervention tandis que dans tous les autres cas, ce fut la première interprétation qui prévalut). Tout ce qui concerna les tensions Est-Ouest échappa à la compétence de l’ONU, si l’on excepte l’épisode coréen de 1950. Berlin 1948-49, Pan Mun Jon 1953, Hongrie 1956, Berlin 1951, Cuba 1962, Viêt-Nam et Afghanistan, aucun de ces conflits ou accords n’impliqua l’ONU. Les accords de désarmement SALT furent conclu de façon bilatérale ; comme s’il était tacitement admis que les problèmes trop sérieux ne pouvaient être débattus dans le cadre de l’organisation internationale. L’intervention de l’ONU dans les tensions ou les conflits indépendants de l’antagonisme Est-Ouest n’a aucunement été plus efficace. Le plan de partage de la Palestine décidé par l’ONU n’a aucunement été appliqué. La résolution 242 réclamant en 1967 l’évacuation des territoires occupés non plus. Les accords d’Israël avec l’Egypte et ceux d’Oslo n’ont pas été conclu sous l’égide de l’ONU. L’ONU n’est pas parvenue à obtenir le retrait turc de Chypre. Dans les conflits Sud-Sud, elle n’intervient pas ou ne se manifeste que dans la phase ultime (médiation Iran Irak en 1988 après 9 ans de guerre). |
| L’action de l’ONU a-t-elle donné des résultats plus satisfaisants dans les volets humanitaires et de développement ? Il y a eu certes des points positifs. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 reprend la notion de droits naturels de l’Homme adoptée par les Américains et les Français au XVIII-ème siècle en lui ajoutant des droits réels comme la santé ou le travail. Mais son application est restée dans la majorité des Etats-membres lettre-morte si bien que l’ONU s’attache essentiellement à recenser ses violations. L’assistance aux réfugiée fut aussi une mission de l’ONU. Mais la multiplication des conflits et des troubles intérieurs n’a cessé d’en grossir le nombre. En matière de développement, ont été créées des institutions spécialisées (FAO, UNICEF, UNESCO, OMS...), mais dont les moyens ne répondent pas à l’ampleur de la tâche et des besoins. En 1964, fur créée la CNUCED dont la tâche était de créer un nouvel ordre mondial économique plus favorable au Sud et dont le bilan est un échec puisque l’écart entre PDEM et PMA n’a cessé de se creuser. Depuis la fin de la période bipolaire, l’ONU s’est orientée vers l’étude de problèmes généraux intéressant le devenir de l’Humanité : l’environnement (Rio, 1992), la démographie (La Caire, 1993), la ville (Istanbul, 1996), le climat (Genève, 1997). Vastes sujets que permettent l’échange verbal d’avis contradictoires et font peu de propositions suivies d’effets. Pourquoi ce bilan décevant ? Parce que les organismes régissant effectivement le Système monde (FMI, OMC...) sont en fait indépendants de l’ONU. Parce qu’ensuite, l’ONU étant une organisation politique, mais aussi le résultat d’un projet américain, se trouve placée à un échelon subalterne dans la hiérarchie des valeurs propres aux Etats-Unis où le politique est dévalorisé par rapport à l’économique, le juridique et le moral. Parce qu’enfin, étant une institution humaine, elle est par nature imparfaite, laissant en tout cas une marge immense entre la théorie, les intentions, les buts affichés et la réalité. |
| Les épisodes de la vie de l’ONU au cours de ses cinquante premières années a donc privilégié une lecture pragmatique de sa charte. L’ONU n’a pas été un super-gouvernement mondial en gestation mais un simple régulateur de la vie internationale parmi d’autres. C’est pourquoi une impression de regret et d’inquiétude est manifeste chez ceux qui avaient espéré voir apparaître après 1945 un monde nouveau et qui avaient cru que la division bipolaire du monde de 1946 à 1991 était seule responsable de la paralysie de l’ONU. Or querelles, tensions et problèmes divers existent toujours et leur traitement par ceux qui sont les décideurs se traduit d’une façon arbitraire : une attention soutenue à l’égard de certains (trop ?) et un désintérêt pour d’autres, explicables par l’énormité de la tâche diront les plus optimistes, manifestation évidente de l’égoïsme des Grands penseront les plus philosophes. |
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