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La peste
Impression facile
1:Présentation
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Dans les œuvres qui forment le cycle de l’absurde, Albert Camus,
prenant acte du « divorce » entre l’homme et l’univers, montre la tragédie de
notre condition humaine. Mais avec la guerre, il prend conscience de la nécessité
de dépasser l’absurde. Il s’engage dans la Résistance, et travaille à un cycle
de la révolte, dont La Peste est le premier jalon.
Oran, Algérie. Les rats meurent dans les rues, puis un homme succombe,
puis un autre : c’est la peste. La ville est mise en quarantaine, les portes
sont fermées, les habitants prisonniers. Le docteur Rieux et ses amis tentent
de combattre le fléau, dont l’extension quotidienne rend la mort à la fois atroce
et monotone. Les habitants réagissent diversement. Certains prêtent une oreille
avide et angoissée aux prêches du père Paneloux, d’autres tentent au contraire
de se divertir. Mais la peste frappe partout. Seule vaut la patiente et morne
résistance de ceux qui, modestement, s’opposent au mal. Puis le nombre des victimes
diminue. L’épidémie s’achève enfin.
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2:Personnages
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Les personnages du roman incarnent des attitudes diverses face
au mal, et face à l’existence. Rieux, docteur et narrateur, est celui qui panse,
et qui pense. Il s’engage, et met sa science au service des hommes, sans gloire
héroïque cependant. Il fait son travail, voilà tout. Il connaît la misère. Tarrou,
son voisin et ami, combat lui aussi la peste. Il a une morale : la compréhension.
Une question l’intéresse : « Peut-on être un saint sans Dieu, c’est le seul
problème concret que je connaisse aujourd’hui. » Mais il ne survivra pas à l’épidémie.
Grand est un modeste employé de mairie, qui tient le compte des
victimes – triste fonction. Il ne cesse de remanier l’éternelle première phrase
de son roman. Pourtant, le narrateur affirme que s’il fallait un héros à son
récit, il choisirait Grand : « ce héros insignifiant et effacé qui n’avait pour
lui qu’un peu de bonté au cœur et un idéal apparemment ridicule. Cela donnera
à la vérité ce qui lui revient, à l’addition de deux plus deux son total de
quatre, et à l’héroïsme la place secondaire qui doit être la sienne, juste après,
et jamais avant, l’exigence généreuse du bonheur. »
Mais la peste a aussi ses partisans. Cottard qui, au début du récit
tente de se suicider, dès que la peste survient, se porte mieux. Il profite
de la situation pour ses petites affaires. Quand au contraire, l’épidémie faiblit,
il devient fou, et, recherché par la police, il tire sur la foule.
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3:Thèmes
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Le mal est bien sûr le thème dominant du récit. Or « le fléau n’est
pas à la mesure de l’homme ». Il est froid, invisible, impersonnel. La peste
frappe aveuglément. Le jeune enfant du juge Othon ne peut y échapper. « Celui-là
du moins était innocent, vous le savez bien », dit Rieux au père Paneloux. Celui-ci,
en effet, veut voir dans la peste un châtiment divin pour les fautes humaines.
Mais une pareille attitude indigne le docteur. Chercher un sens au mal, pour
se rassurer, cela peut se comprendre. De là à le justifier ! Pour lui, le mal
est absurde. Certains cherchent à expliquer le mal ; lui cherche à le combattre.
Dans l’urgence, les préoccupations métaphyques doivent céder le pas aux nécessités
pratiques.
Face à l’absurde, Rieux répond par la révolte, mais une révolte
active. Il fait, avec tous ses amis, l’expérience de la fraternité dans l’action,
pour retrouver, peut-être, le bonheur. Mais le journaliste Rambert désire quitter
secrètement la ville, pour rejoindre sa femme. Rieux, qui lui aussi, se trouve
séparé de son épouse par les circonstances, semble presque l’y encourager, car
il désire « faire quelque chose pour le bonheur ». Mais Rambert abandonne son
projet, car « il peut y avoir de la honte à être heureux tout seul ». Renonçant
à sa lâcheté égoïste, ce journaliste comprend la supériorité de la solidarité.
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4:Portée
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Dans un roman écrit dans l’immédiat après-guerre, la ville d’Oran,
attaquée par le fléau, est manifestement une allégorie* de la France assaillie
par l’Allemagne nazie. C’est sans doute pourquoi il y a si peu d’Arabes dans
cette ville algérienne que peint Camus, et pour eux l’occupant était moins à
cette époque l’Allemand que le Français. Mais au-delà de cette lecture politique,
l’œuvre prend une dimension métaphysique* et universelle, dans la mesure où
elle prétend évoquer la condition humaine dans son entier. En effet, à la fin
du récit, Rieux, qui se révèle alors comme le narrateur du récit, explique qu’il
n’y a pas de « victoire définitive », et il appelle à la vigilance. Le mal,
seulement endormi, peut ressurgir, « pour le malheur et l’enseignement des hommes
». Le roman est donc une leçon, un sermon, mais de style humble, honnête, rarement
lyrique*, une sorte de témoignage, « pour ne pas être de ceux qui se taisent,
pour témoigner [...] qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer que
de choses à mépriser ».
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