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Le développement d'une dissertation
Impression facile
V : Rédiger un développement de dissertation
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Le développement du devoir s’articule en parties ; mais l’élément de base de
la rédaction est le paragraphe. Passez toujours deux lignes entre l’introduction
et le développement, le développement et la conclusion ; passez une ligne entre
deux parties du développement. À la fin de chaque paragraphe, passez à la ligne
et commencez en retrait le paragraphe suivant, sans jamais passer de ligne (pour
un aperçu, reportez-vous aux corrigés, p. 77).
Un développement comprend toujours des parties, ces parties comprennent toujours
des paragraphes. Vous pouvez, mais ce n’est pas une obligation, rédiger pour
chaque partie une introduction de partie et une conclusion de partie ; entre
deux parties doit toujours figurer une transition.
Le développement du devoir doit être directement écrit au propre : vous n’auriez
pas le temps de faire un brouillon.
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Les introductions de partie
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En-tête facultatif du développement d’une partie, l’introduction de partie
annonce la question abordée dans cette partie. Elle est soumise aux mêmes impératifs
que l’annonce du plan en introduction : ne pas en dire trop, ne pas en dire
trop peu. Elle doit être formulée sous forme de question.
Soit le sujet « Ce qui est vrai est-il flagrant ? ». Le plan suivi
dans le devoir pourrait être :
I. L’évidence comme critère nécessaire de vérité.
II. La vérité symbolique sans évidence.
III. L’insuffisance et la nécessité de l’évidence seule.
Voici par exemple comment introduire la première partie du devoir : « Puisque
la flagrance d’une idée est son éclatante évidence, il s’agit dans un premier
temps de comprendre pourquoi l’évidence est le fondement indispensable de toute
vérité ; quel rôle joue en somme pour la vérité la notion d’intuition ? »
Veillez, dans l’introduction d’une partie, à être un peu plus explicite que
dans l’annonce du plan. Le paragraphe d’introduction doit comporter seulement
entre une ligne et demie et trois lignes.
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La rédaction d’un paragraphe
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Votre devoir se décompose en autant d’unités élémentaires de rédaction que
d’idées que vous avez isolées. La règle d’or est : une idée par paragraphe,
un paragraphe par idée. Chaque type d’idée (voir séquences 2 et 4) devra être
rédigé à sa manière propre. La matière à partir de laquelle vous rédigerez votre
paragraphe est donc, par ordre de préférence : le texte d’auteur, l’observation
personnelle, l’idée générale sur un auteur, l’idée générale sur une notion.
La plupart du temps, un devoir mêlera ces différents types de matière, en consacrant
toujours à chaque idée un paragraphe.
Les exemples peuvent être adjoints à l’exposé d’une idée lorsque leur développement
se borne à l’illustrer ; si le développement de votre exemple risque de prendre
suffisamment d’ampleur, vous pouvez lui consacrer un paragraphe.
Le paragraphe doit être d’une taille telle qu’une page en contienne entre deux
et cinq environ.
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Rédiger un paragraphe à partir d’un texte d’auteur
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Il s’agit en somme de faire un petit commentaire de texte philosophique, à
partir des souvenirs que vous en avez. Plus ceux-ci seront précis, meilleur
sera l’effet produit. Les textes ne sont pas entrés à toute force dans votre
problématique, puisque ce sont eux qui l’ont déterminée au contraire. Ainsi,
tout au long de votre paragraphe, vous ferez mine de comprendre le sujet à la
manière de tel ou tel philosophe.
Imaginons comment utiliser le texte de Merleau-Ponty donné dans l’exercice
2.1 de la séquence 2, p. 26, en fonction du sujet « Peut-on dire que la connaissance
scientifique est la connaissance commune devenue plus rigoureuse ? ». Le plan
de votre devoir serait :
I. Est-ce en rigueur que la science gagne sur le sens commun ?
II. La connaissance scientifique est-elle de la même nature que
la connaissance commune ?
III. La connaissance scientifique n’aggrave-t-elle pas les préjugés
de la connaissance commune ?
Le texte pourrait ainsi intervenir dans la troisième partie. Il
comprend trois idées principales :
– la science repose sur la connaissance du sens commun, puisque
ses objets, ses expériences, ses applications n’ont de sens que pour le monde
de la vie commune ;
– elle radicalise la tendance fondamentale du sens commun à oublier
comment les choses nous apparaissent en premier lieu, et en fait des objets
thématiquement découpés ;
– elle tente d’effacer comment elle a d’abord eu accès aux choses,
pour en parler telles qu’elles seraient en elles-mêmes : elle oublie le monde
de la conscience pour s’installer dans le monde des objets, et fait de la conscience
elle-même un objet. Dans votre paragraphe, vous développerez surtout la deuxième
idée et mentionnerez simplement les deux autres.
Le texte doit être évoqué en fonction moins de ses préoccupations propres que
du sujet de votre devoir. Si votre texte ne convient pas tout à fait à la problématique
de votre devoir, vous devrez déployer plus d’habileté pour l’y faire entrer,
éventuellement quelques connaissances sur l’auteur.
Cherchons à présent à utiliser le même texte dans le cadre d’un sujet qui lui
convient moins bien, par exemple « Le progrès technique suscite-t-il de nouvelles
questions philosophiques ? ». Le plan proposé pourrait être :
I. La philosophie est éternelle, et ne dépend pas des développements
de la technique ;
II. Le progrès des applications de la science bouleverse le monde,
et donc la pensée du monde ;
III. Les nouvelles questions philosophiques et les inventions de
la technique se provoquent les unes les autres.
Le texte de Merleau-Ponty pourrait être utilisé dans la première partie. Si
vous savez que le domaine de la philosophie, selon Merleau-Ponty, est celui
du « monde de la vie », celui où les choses nous apparaissent d’abord avant
qu’on ne les thématise dans la connaissance, vous pourriez alors développer
l’idée que le champ philosophique est premier et invariable : la science et
la technique qui en dérivent ne sont que des développements dépendants et artificiels
de ce monde originaire (par exemple, la géographie dépend d’une perception première
du paysage).
Bien entendu, vous ne pouvez utiliser n’importe quel texte pour traiter n’importe
quel sujet ! Il n’existe aucune autre règle, pour se rendre compte que le sens
d’un texte est forcé, que celle du bon sens.
Voici à présent l’exemple de l’utilisation du même texte de Merleau-Ponty dans
un cadre qui ne lui convient pas : « Une illusion des sens est-elle une preuve
que les sens sont trompeurs ? » C’est un thème qui peut être traité à partir
de Merleau-Ponty, mais non pas à partir de ce texte précis. Dire par exemple
que la science est une illusion (« naïve », « hypocrite »), ce serait aller
plus loin que ce que dit Merleau-Ponty dans ce texte ; dire que le monde de
la conscience est un monde d’illusion que dissipe la connaissance objective,
cela serait un réel contresens.
Parfois plus aisée que la mention d’un texte court et ciblé sur le sujet, l’utilisation
d’un ouvrage entier dans un paragraphe obéit sensiblement aux mêmes règles.
Au lieu de vous référer à un passage précis de cette œuvre, vous devez en donner
une interprétation d’ensemble, rappelant son contenu et son but.
Le propos général de la Critique de la raison pure de Kant peut être rappelé
à l’occasion d’un sujet comme : « À quoi reconnaître qu’une science est une
science ? » En revanche, votre développement serait sans doute trop vague si
vous cherchiez à traiter, à partir d’une idée générale de cet ouvrage, un sujet
comme « Qu’est-ce que l’histoire des sciences peut apprendre aux philosophes
? ». Mieux vaudrait en effet pour un tel sujet vous référer à la préface de
la Critique, dans laquelle Kant évoque une révolution philosophique à l’image
de la révolution provoquée par Copernic en astronomie ou encore par les expériences
de Torricelli.
Dans une dissertation, le commentaire d’un texte précis se fait donc en l’interprétant
à partir du sujet donné. Votre paragraphe n’a pas besoin de faire appel à un
exemple, sauf exemple donné par l’auteur lui-même, dans ce texte ou dans un
autre. Imaginer soi-même un exemple pour expliquer la pensée d’un auteur est
en effet un exercice dangereux : vous risquez de faire penser que vous n’avez
pas bien compris l’auteur, ou que vous vulgarisez ou simplifiez à l’excès ce
qu’il dit.
Pour le texte de Merleau-Ponty, vous pourrez développer l’exemple de la géographie
fluviale, dont les progrès sont impossibles sans une connaissance commune, originaire,
de ce qu’est une rivière.
Le paragraphe rédigé à partir d’un texte d’auteur doit évidemment mentionner
ce texte, le plus précisément possible, dans la mesure de vos moyens, et comprendre
un développement interprétatif, qui explique en quoi ce texte nous fait avancer
sur le sujet en question. D’une manière générale, un texte donné en référence
doit comporter au moins le nom de l’auteur ; c’est mieux si vous pouvez préciser
le titre de l’ouvrage. Ne donnez jamais ce titre entre guillemets, mais toujours
souligné (ce qui se traduit, dans un texte dactylographié, par de l’italique).
Voici un exemple de ce que peut donner, in extenso, un paragraphe élaboré à
partir du texte de Merleau-Ponty sur le sujet « Peut-on dire que la connaissance
scientifique est la connaissance commune devenue plus rigoureuse ? »
« La connaissance scientifique apparaît sous cet angle comme le prolongement
de la connaissance commune. Elle n’est donc pas d’une autre nature, mais porte
à un degré supérieur l’attitude caractéristique du sens commun. C’est, d’une
part, qu’elle en dérive et en dépend : Merleau-Ponty remarque, dans la préface
de la Phénoménologie de la perception, comment la science géographique dépend
d’une expérience première du paysage, à laquelle elle se réfère constamment.
Qui comprendrait en effet les dissertations les plus savantes du géographe géologue
sur les strates, les plissement hercyniens, sans avoir eu à l’origine la vision
simple d’un paysage ? Il ne faut pas, rappelle ainsi Merleau-Ponty, être dupe
de l’hypocrisie de la science, qui fait mine d’oublier qu’elle n’a eu accès
au monde que par l’étape première d’une conscience du monde ; le monde du sens
commun n’est pas en rupture avec le monde de la science. C’est, d’autre part,
qu’une seule et même naïveté est à l’œuvre dans les deux attitudes de connaissance,
scientifique et commune, celle de faire mine de croire qu’il n’y a que des choses
du monde, celle d’oublier qu’il y a d’abord une expérience primitive de la conscience,
dans laquelle nous ne reconnaissons pas des objets, mais sommes simplement en
relation avec un monde. Le préjugé de la science comme du sens commun, c’est
de penser que les choses du monde sont bien en elles-mêmes les objets que nous
reconnaissons, sur lesquels nous construisons une science, alors qu’ils ont
auparavant existé autrement pour nous dans l’expérience originaire des “choses
mêmes” ».
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Rédiger un paragraphe à partir d’une observation personnelle
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Vous trouverez dans la séquence 2 des conseils généraux sur l’utilisation des
observations personnelles dans une dissertation de philosophie. La rédaction
d’un paragraphe d’observation personnelle répond à des règles différentes. Il
est absolument nécessaire de le faire autour d’un exemple. Vous ne pouvez non
plus vous contenter de mentionner cette observation par l’illustration : l’exemple
doit être expliqué et vous devez en dégager l’intérêt philosophique en relation
avec votre sujet. Un procédé facile qui vous permettra d’élever votre propos
et d’ajouter de l’intérêt à votre observation est de prendre à contre-pied le
sens commun (sans pour autant choquer le bon sens).
À partir du sujet « Suffit-il d’avoir raison pour convaincre autrui ? », vous
pouvez développer l’exemple de l’homme politique beau parleur, qui subjugue
son auditeur et le mène où il veut. Le paragraphe qui suit n’explique rien,
se contente de mentionner l’exemple et reste dans les lieux communs. Observez
comme il est répétitif :
« Ainsi, l’homme politique n’a pas forcément raison ; pourtant, il parvient
toujours à convaincre autrui. C’est parce qu’il est beau parleur ; son discours
nous persuade lorsque nous l’écoutons. L’homme politique peut être dans le faux,
il nous semble qu’il est dans le vrai, parce que ses mots arrivent à nous convaincre.
Il parle bien : de ce fait, nous l’écoutons volontiers, nous lui faisons pleinement
confiance et nous croyons ce qu’il dit, alors même qu’il pourrait se tromper
complètement. Combien de promesses électorales ne sont ainsi pas tenues ! Combien
d’électeurs sont déçus, parce qu’ils ont été convaincus par un homme politique
qui les a trompés ! Ils se sont laissé séduire, ils ont eu foi en lui, simplement
parce qu’il maîtrise bien le discours et qu’il maîtrise les hommes qui lui prêtent
l’oreille… »
À l’inverse, voici ce que donnerait le véritable développement d’un exemple
et d’une observation personnelle :
« Il est parfois frappant de constater le pouvoir de conviction de l’homme
politique qui, alors même qu’il n’a pas nécessairement raison, emporte l’adhésion
d’autrui par son seul discours. À côté de la conviction rationnelle, appuyée
sur des arguments et une démonstration, il y a une façon de faire considérer
la réalité, une puissance de suggestion qui nous fait irrésistiblement adopter
un point de vue. Sur quoi repose cette conviction ? Il ne suffit pas de dire
que le politique est beau parleur pour avoir expliqué la totalité de son pouvoir
de séduction. D’une part, il semble que tout ce qui ne repose pas sur le contenu
du discours, mais sur sa forme de présentation, est susceptible de forcer l’adhésion
: l’homme politique ne communique pas immédiatement des idées pures d’un esprit
à l’autre, il passe par l’intermédiaire de l’expressivité de son corps. Sa voix
a des intonations douces ou aigres ; son visage est agréable ou terrifiant ;
ses gestes inspirent la confiance et la sérénité, ou l’impatience et la colère.
Tout se passe comme si ce n’était pas l’esprit de l’auditeur qui était convaincu
de la vérité des idées exprimées, mais sa sensibilité et son corps ; avant de
pouvoir faire penser, l’homme politique a le pouvoir de faire sentir. D’autre
part, il dispose sans doute d’une habileté toute intellectuelle, qui consiste
à toujours présenter ses idées sous un jour favorable, et à détourner une question
gênante pour la faire entrer dans ses vues. Ici encore, les constatations du
sens commun ne suffisent pas à expliquer comment, sans avoir nécessairement
raison, l’orateur habile parvient à reconstruire jusqu’aux faits.
Dans le Gorgias, Platon…
[paragraphe suivant, introduit par le premier].
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Rédiger un paragraphe à partir d’idées générales sur un auteur
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Si vous ne disposez pas du souvenir d’un texte précis portant sur la question
posée, mais que vous connaissez à peu près la position de l’auteur sur le sujet,
cela peut suffire. La difficulté est alors d’éviter d’en rester à des généralités
sur l’auteur et d’en tirer des conclusions directes peu probantes quant au sujet.
Le premier écueil est, en effet, de parler dans le vague de la « position »
d’un auteur. Certes, c’est aussi l’occasion de faire des contresens sur lui,
ce dont seule la référence à un texte précis pourrait vous libérer, puisque
vous vous contenteriez de le mentionner et de l’expliquer modestement.
Sur le sujet « Le travail est-il une fatalité ? », voici un exemple de paragraphe
trop vague, qui aboutit à des contresens en cherchant à exposer la position
de Rousseau :
« Rousseau pense que les hommes sont inégaux, esclaves les uns des autres,
ce qui signifie que les uns obligent les autres à travailler. Pour se libérer
de l’esclavage, ils doivent signer un contrat social, qui leur permet de fonder
une société libre. Pour se libérer de la fatalité du travail que le plus fort
impose au plus faible, l’homme doit faire la révolution, comme en France en
1789 : les droits de l’homme remplacent alors l’esclavage. »
La conclusion que l’on semble pouvoir tirer d’un tel paragraphe est : fondez
une république, et vous ne serez plus contraints de travailler. La fatalité
du travail existe bien pour Rousseau, mais il s’agit plutôt de la nécessité
naturelle pour l’homme de travailler s’il doit survivre ; le contrat social
ne l’anéantit pas. Supposons un candidat plus habile que le précédent, qui n’en
saurait pas plus que lui sur Rousseau :
« L’inégalité qui règne parmi les hommes, et dont Rousseau a fait le constat,
conduit à la situation d’esclavage suivante : certains contraignent d’autres
à travailler. Il s’agit donc d’une forme particulière de fatalité du travail
: celui-ci n’est pas imposé par la nature, mais par d’autres hommes. L’instauration
d’un contrat social, c’est-à-dire d’une nouvelle forme de société où règne la
liberté, ne supprime évidemment pas la nécessité du travail, mais anéantit la
contrainte où la multitude se voyait de travailler pour une minorité. À une
forme de travail imposé se substitue une forme de travail librement consenti
ou, du moins, rendu nécessaire par les seules exigences de la nature. L’homme
n’est plus esclave de l’homme et c’est en ce sens précis que l’on peut dire
qu’en république, depuis la Révolution française, le travail n’est plus une
fatalité. »
Évitez à tout prix de condamner un auteur sans argumentation. Comme pour le
commentaire de texte, rappelez-vous que vous devez toujours, lorsque vous exposez
sa pensée, faire mine d’estimer qu’un auteur a raison. C’est votre droit de
penser qu’il a tort ; c’est alors votre devoir de le démontrer. Ne valent que
les démonstrations et nullement l’anathème, la moquerie, l’impression que tout
le monde sait bien que ce que dit un tel est faux. Vous serez d’autant plus
sévèrement sanctionné que votre connaissance de l’auteur en question apparaîtra
bien vague, puisque ce que vous ne prendrez pas au sérieux, ce n’est pas ce
qu’il a écrit, mais l’idée générale que vous vous faites de ce qu’il pense.
Voici comment un élève désinvolte pourrait chercher à montrer que « Platon,
c’est n’importe quoi », et que « Freud, il n’y a que cela de vrai », sur le
sujet « Comment expliquez-vous le désir de “remonter aux origines” ? ».
« Platon croit que les idées existent : il est idéaliste, c’est-à-dire qu’il
est platonique et rêveur. Il prend ses désirs pour des réalités, alors que les
idées ne peuvent pas exister comme cela : ce ne sont que des pensées en l’air.
Ainsi, lorsqu’il dit qu’“apprendre, c’est se ressouvenir”, il dit n’importe
quoi : comment pourrait-on se souvenir de ce qu’on n’a jamais appris ? On ne
peut pas avoir des idées dans l’âme, puisqu’il n’y a pas d’idées, et pas d’âme
; donc, le désir d’un retour aux origines ne peut pas être un effort de l’âme
pour retrouver les idées, c’est seulement un rêve.
Freud, au contraire, nous apprend que tout les désirs remontent au complexe
d’Œdipe : le désir d’un “retour aux origines”, c’est la nostalgie de l’enfance,
la volonté de retrouver l’amour de la mère et la protection du père. Platon
n’est donc qu’un névrosé qui se réfugie dans l’imaginaire, parce qu’il a mal
vécu son complexe d’Œdipe. J’explique donc le désir de remonter aux origines
par la pulsion primitive de redevenir un enfant, et de retrouver le plaisir
qui ne s’est pas heurté à la réalité : Platon prétend vrai ce qui lui plairait
qu’il soit vrai, comme un enfant ; il ne se soucie pas de réalité. Lorsqu’il
y est confronté, il veut se réfugier dans son passé, et remonter aux origines.
»
Le paragraphe écrit d’après l’idée générale de positions sur un sujet peut
donner l’occasion d’une confrontation entre auteurs, si votre devoir procède
par étapes (voir séquence 4). Mieux vaut opposer des auteurs que tenter de réfuter
l’un par l’autre.
Voici à présent ce que donnerait une opposition construite entre Platon et
Freud, sur le même sujet :
« Selon Platon, “apprendre, c’est se ressouvenir” : notre âme détient des idées
de tout ce qui existe, mais nous les avons oubliées. À l’occasion d’une perception,
l’âme se souvient de ces idées : elle revient à la source de la connaissance.
Le désir de “remonter aux origines” de la connaissance est donc la tendance
fondamentale de la connaissance : connaître, c’est se souvenir, c’est en revenir
à un temps originaire où nous détenions tout le savoir. S’il y a bien nostalgie
dans ce désir, c’est une recherche positive du savoir ; l’homme veut remonter
aux origines, précisément parce qu’il veut savoir.
Cependant, ne peut-on, avec Freud, dénoncer l’illusion dont Platon est victime
? Que les idées existent ou non, quoi qu’il en soit de la vérité de la théorie
de la connaissance comme souvenir, Platon y témoigne une aspiration à l’origine.
Toute volonté d’en revenir à un état antérieur est, selon Freud, une fixation
; la fixation principale est le complexe d’Œdipe. Il ne s’agit pas de prétendre
réfuter Platon, en soutenant qu’il en est resté à la souffrance du complexe
d’Œdipe, qu’il aspire à en revenir à son enfance où il n’avait pas à confronter
son désir à la réalité : à supposer que cela soit vrai, cela ne constituerait
pas une réfutation de la position de Platon.
Ce n’est pas parce que Platon serait névrosé que sa théorie serait
fausse, de même que ce n’est pas parce qu’un scientifique est névrosé que le
résultat de sa recherche est faux. Toutefois, deux conceptions s’affrontent
: selon Platon, le désir de remonter aux origines est inscrit dans le désir
humain fondamental de chercher la perfection de la connaissance ; selon Freud,
il repose sur la fixation dans une enfance plus heureuse. Le désir de remonter
aux origines est-il de l’ordre de la théorie de la connaissance ou de l’ordre
de la médecine psychanalytique ? »
Si la conclusion que vous tirez de votre développement de la théorie de l’auteur
est arbitraire, trop directe, c’est que votre développement est trop général
et probablement hors sujet. C’est un exercice assez difficile que de tenir un
sujet d’une main et un auteur de l’autre, à moins que ce que vous sachiez de
l’auteur corresponde au sujet qui vous est posé.
« Tout peut-il s’acheter ? » : à propos de ce sujet, voici un exemple d’exposé
trop général, mal rattaché au sujet par une conclusion hâtive.
« Si un homme se laisse acheter pour une action immorale, il commet une faute.
La morale de Kant montre bien que notre devoir formule des impératifs catégoriques,
c’est-à-dire auxquels on doit absolument obéir. Tout peut donc peut-être s’acheter,
mais tout ne doit pas s’acheter. »
La position d’un auteur est souvent plus facile à mobiliser que le souvenir
d’un texte précis de celui-ci ; pourtant, la connaissance d’un texte est plus
facile à exposer que celle d’un auteur. C’est pourquoi il est préférable de
lire des textes d’auteur, toujours courts et ciblés, toujours écrits dans un
langage accessible, plutôt que des exposés de leur positions du type « Platon
pense que…, mais Nietzsche pense que… ». Néanmoins, il est toujours possible
de faire un exposé correct et honnête de la position d’un philosophe.
L’utilisation des exemples est soumise aux mêmes règles que l’utilisation du
texte d’auteur : vous pouvez sans restriction user d’un exemple de l’auteur,
le développer, lui apporter un contre-exemple fourni par un autre auteur, etc.,
mais il est risqué d’apporter un exemple de votre cru.
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Rédiger un paragraphe à partir d’idées générales sur une notion
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À condition de détenir des idées générales exactes et de retrouver, en rédigeant
votre paragraphe, des développements assez précis, cette manière peut donner
de très bons passages de dissertation. La difficulté rencontrée est souvent
de développer l’idée en question : une fois qu’on l’a écrite, on n’a plus rien
à dire. Surtout, ne cherchez pas à le cacher en répétant la même idée sous une
autre forme, pour « prendre de la place » et occuper un paragraphe.
Sur le sujet « La conscience que nous avons de notre liberté vient-elle de
ce que l’avenir nous paraît indéterminé ? », voici un paragraphe de « délayage
» d’une simple idée.
« Selon le déterminisme, tout phénomène est en réalité prévisible ; dans la
mesure où nous ne le prévoyons pas réellement, nous pensons être libres. Cela
signifie donc que notre conscience de la liberté vient bien, pour le déterministe,
d’une ignorance de ce que l’avenir nous réserve : comme nous ne le savons pas,
nous croyons qu’il n’est pas déterminé. Ainsi, l’indétermination du futur pour
nous se confond avec la foi en notre liberté ; elle ne signifie pourtant pas
l’indétermination du futur en lui-même, lequel serait prévisible, si nous connaissions
tout ce qu’il faut connaître pour le prévoir. C’est, par conséquent, notre ignorance
de ce qui doit nécessairement arriver qui nous fait croire que rien ne doit
nécessairement arriver et donc que nous sommes libres. C’est bien ce que nous
formulons en disant : “La conscience que nous avons de notre liberté vient de
ce que l’avenir nous paraît indéterminé”, et donc a contrario que si nous pouvions
prévoir l’avenir, nous ne croirions plus être libres, puisqu’il nous paraîtrait
précisément indéterminé. »
La meilleure méthode, pour développer une idée, consiste à décomposer l’idée
simple en idées secondaires et à les illustrer en cherchant des exemples ou
des applications de cette idée. S’il vous vient à l’esprit des contre-exemples
apparents, montrez pourquoi ils n’en sont pas en réalité.
Sur le même sujet, à partir de la même idée simple, voici ce que donnerait
un véritable paragraphe de dissertation.
« Pour le déterministe, l’avenir est en lui-même déterminé. De tout ce qui
arrive aujourd’hui découle tout ce qui arrivera demain. Il en va ainsi des phénomènes
naturels : si nous connaissions la position, la direction et la vitesse de chacun
des grains qui composent un nuage de poussière, nous pourrions prévoir la forme
qu’il prendra à tout instant du temps. Il faut donc nous imaginer nous-mêmes
comme l’un de ces grains de poussière : déterminé dans tout ce qui m’arrivera
demain, puisque tout ce qui m’arrive aujourd’hui est déterminé. Cependant, si
tout est bien déterminé en soi, tout ne l’est pas pour moi : mon ignorance du
futur repose sur mon ignorance de la totalité du présent. Je ne sais pas, par
exemple, que je serai malade demain, parce que je ne suis pas aujourd’hui conscient
de l’action du virus sur mon corps ; le coureur ne sait pas s’il gagnera la
course, parce qu’il ne peut connaître l’état de fatigue de ses adversaires.
D’une telle ignorance d’un avenir déterminé en soi découle le sentiment qu’il
est en réalité indéterminé, parce qu’il repose sur ma liberté. Je crois vouloir
librement boire un verre, alors que j’y suis poussé par une soif à laquelle
je ne prends pas garde ; le fumeur croit fumer en toute liberté, alors qu’il
ne pourrait s’en empêcher. »
En développant ainsi un paragraphe, il peut vous venir d’autres idées, qui
feront l’objet d’autres paragraphes ou que vous pouvez exposer dans le même
paragraphe.
En rédigeant le paragraphe précédent, vous pouvez penser à l’idée d’inconscient
qui nous détermine à agir à notre insu, alors que nous croyons agir librement.
Vous pourrez consacrer un paragraphe à ce cas particulier ou bien le développer
à la suite du présent passage.
Mieux vaut faire un paragraphe un peu plus court, qui ne soit pas répétitif,
qu’un long paragraphe vide, qui ressasse la même idée.
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Rédiger des exemples
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Le développement d’un exemple ne doit jamais être poursuivi pour lui-même,
mais seulement dans la mesure où il illustre votre idée. Si, en exposant un
exemple, vous en arrivez à développer une idée contraire à celle que votre paragraphe
soutient, c’est que votre exemple est mal choisi ou que vous l’avez exposé trop
longuement. On peut parfaitement utiliser un même exemple pour soutenir deux
idées opposées.
Si le développement de votre exemple vous conduit à d’autres idées qui se rattachent
à votre idée principale, présentez-les. Les exemples offrent d’excellentes stimulations
naturelles de la pensée et vous épargneront souvent le tracas d’avoir à « remplir
des pages », si du moins vous savez vous en tenir, en les développant, aux limites
de votre sujet.
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La rédaction des transitions
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Les transitions expriment la continuité de la pensée et corrigent l’impression
de décomposition artificielle des idées qu’impose la rédaction en paragraphes
et en parties.
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Les transitions entre paragraphes
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Elles sont très faciles à effectuer : il suffit de faire allusion à la dernière
idée du paragraphe précédent. Lorsque vous arrivez à la fin d’un paragraphe,
pensez toujours à la façon dont vous pourrez commencer le suivant : cela vous
aidera à garder pour la fin une idée qui permet d’enchaîner sur la suite.
Il faut à tout prix éviter de rendre un devoir qui se présente sous la forme
d’un « catalogue des idées ».
Une caricature de ce type de devoir de bon élève savant se présenterait
sous la forme suivante :
I.
1) Platon pense que…
2) Descartes aussi pense que…
3) Kant pense à peu près la même chose, lorsqu’il dit que…
II.
1) Mais Aristote n’est pas d’accord : il pense que…
2) Spinoza ajoute que…
3) Sans oublier Hume, qui pense que…
III.
1) Donc, comme le pense Hegel…
2) Mais Heidegger dit que…
3) C’est donc Freud qui a raison…
L’écriture doit être vivante et variée : vous pouvez commencer un paragraphe
par la mention d’un auteur, poursuivre par l’exposé de sa doctrine, terminer
par l’exemple qu’il prend ; le paragraphe suivant ne devra pas suivre le même
modèle mais plutôt opposer à cet exemple un autre exemple, puis développer ce
que dit l’auteur qui le prend ou ce que vous avez à en dire. L’important est
de ne pas reprendre toujours la même structure de paragraphe. Vous devez faire
en sorte que, en lisant le début d’un nouveau paragraphe, on se dise que la
phrase aurait aussi bien pu être placée dans le précédent, mais qu’en lisant
la suite on voit manifestement que l’on est passé à une autre idée.
À la suite du paragraphe donné plus haut sur le déterminisme et qui finit par
la phrase : « Le fumeur croit fumer en toute liberté, alors qu’il ne pourrait
s’en empêcher », voici comment il est possible de commencer le paragraphe suivant
:
« Cependant, ce n’est pas parce que le fumeur ne pourrait s’empêcher de fumer
qu’il ne choisit pas librement cette nécessité. Le destin guide ceux qui y consentent,
mais il entraîne ceux qui le refusent, disaient les stoïciens… »
La transition entre paragraphes n’a pas besoin d’être systématique ; vous pouvez,
si vous n’en faites pas une règle générale, commencer un paragraphe sans relation
avec le précédent.
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Les transitions entre parties
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Les transitions entre parties sont plus difficiles à réaliser, parce qu’elles
nécessitent de passer d’une idée à une idée opposée. En effet, si les deux idées
étaient tout à fait homogènes l’une et l’autre, elles figureraient dans la même
partie.
La transition d’une partie à l’autre peut figurer à la fin de la partie qui
précède ou au début de la partie qui suit.
Pour les plans par étapes, c’est assez facile puisqu’il s’agit, au terme de
l’examen d’une question, d’en poser une autre qui va permettre d’avancer encore
dans la résolution du sujet. Pour les plans par thèses, on se doit de montrer
comment la première thèse se renverse dans la seconde. C’est un travail bien
plus délicat. Consultez à ce sujet les deux corrigés de dissertation.
Si, quoi qu’il en soit, vous ne parvenez pas à appliquer une telle méthode,
contentez-vous d’une transition apparente. N’essayez alors plus de faire une
transition entre deux parties, mais entre deux paragraphes : le dernier paragraphe
de la première partie et le premier de la seconde. Utilisez les procédés de
la transition entre paragraphes.
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Les conclusions de parties
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Facultatives, elles peuvent tout aussi bien être contenues dans l’introduction
de la partie qui suit. Elles ne doivent pas faire plus de trois à cinq lignes.
La fonction de la conclusion de partie est de se retourner sur le chemin parcouru
dans cette partie. Elle peut servir de transition si vous profitez de ce coup
d’œil général pour annoncer la partie qui va suivre.
Reprenons le sujet « Ce qui est vrai est-il flagrant ? ». Le plan proposé prévoyait
une première partie qui étudierait « l’évidence comme critère nécessaire de
vérité ». Supposons que le plan interne de la première partie ait été :
– seul ce que je perçois immédiatement est évident et vrai (sceptiques)
;
– l’évidence de la certitude sensible est trompeuse, provisoire
et vide (Hegel) ;
– l’authentique évidence est intellectuelle avant d’être sensible,
c’est le rôle de la clarté et distinction d’une idée (Descartes), qui fonde
toute vérité dérivée par le raisonnement.
Voici comment il est possible de conclure cette partie en enchaînant
sur la suivante, « la vérité symbol
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