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Le roman de renard
Impression facile
1:Etude philologique
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Le Roman de Renart est un vaste ensemble, riche de plusieurs milliers
d’octosyllabes, écrit entre 1175 et 1250. L’œuvre est un recueil de vingt-sept
branches, qui sont autant de contes divers, sans liaison nécessaire, qui ne
respectent ni l’ordre logique de la narration, ni l’ordre chronologique de leur
composition échelonnée. Pierre de Saint-Cloud est l’auteur des branches II et
Va, Richard de Lison a composé la branche XII, mais globalement, la plupart
des auteurs nous sont inconnus. Seuls demeurent des poèmes collectés, soudés
ou amalgamés différemment selon les manuscrits.
Toute la question consiste à savoir si le Roman est une œuvre poétique
ou folklorique, c’est-à-dire s’il s’agit là d’une création
littéraire imputable à des auteurs véritables, ou si ce sont au
contraire des récits populaires transcrits plus ou moins fidèlement par des
clercs. C’est là un problème difficile qui se pose fréquemment pour les textes
médiévaux, et dont la réponse, sans doute à chercher entre ces deux hypothèses
extrêmes, conditionne la lecture et les interprétations. Quoi qu’il en soit,
les références littéraires et les sources écrites nombreuses font pencher vers
la première hypothèse. Les siècles ont conservé jusqu’ici notamment un poème
en vers latins de Nivard, clerc flamand, qui composa un Ysengrimus en 1152,
dont les épisodes variés sont pour ainsi dire la matrice du Roman de Renart.
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2:Etude littéraire
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L’œuvre est en fait une énorme parodie des romans d’aventure et
des épopées chevaleresques de l’époque, dont les personnages sont pour l’essentiel
des animaux. Noble, le lion, n’est pas sans évoquer le roi Arthur, ses songes
prémonitoires rappellent ceux de Charlemagne dans La Chanson de Roland, et ses
vassaux reproduisent l’attitude des héros de romans. Ne voit-on pas même Couard
le lièvre, un jour, sur son cheval, fuyant quelque ennemi ! Mais la palette
du conte va de la fable ésopique, comme l’histoire de Tiecelin le corbeau et
de son fromage, à l’épopée burlesque, le procès et la fuite de Renart.
De l’anecdote ludique, l’œuvre s’oriente vers le style héroïque, en passant
par des considérations faussement courtoises, qui l’apparentent aux fabliaux.
Or le Roman de Renart est aussi une satire* des autorités. La cour
est tout d’abord visée. Autour du roi, les courtisans cruels,
hypocrites ou parvenus sont légion. Mais le plus souvent, la satire* politique
le cède à la critique religieuse. Les moines y sont paillards, et tout le monde
plaint tel misérable prêtre à la ville « pour une putain qu’i tenoit » et qui
ruine le pauvre homme. La confession, le pèlerinage et le serment sont des pratiques
dont tout le monde se joue manifestement, les gens d’église, les premiers, bien
souvent. L’univers de Renart est en cela tout à fait réaliste et fantastique*,
c’est un monde où seuls comptent la force, l’intérêt et la satisfaction des
appétits, la bonne chère et le plaisir du sexe.
Le style volontiers grossier et débridé selon les cas, évoque souvent
les parties ou le coït, avec une réjouissante bonne humeur qui se traduit dans
la liberté du style. Les jeux de mots, assonances, néologies, jargons, calembours,
jeux phonétiques (« foutre merci » au lieu de « vostre merci »), jeux onomastiques
(Tardif le limaçon, Bruyant le taureau) sont fort nombreux. Une franche et communicative
gaieté se dégage du récit.
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3:Les personnages
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Les animaux du roman sont fortement individualisés et ils agissent
en hommes, selon les caractères sociologiques et psychologiques qui leur sont
propres. Le bestiaire fait intervenir des animaux domestiques, comme le bélier,
l’âne, le coq, les poules, et ces maudits mâtins aux dents pointues, qui aboient
dès qu’ils voient le bout du museau de Renart. Les animaux sauvages sont plus
nombreux : le lion, le loup, l’ours, le cerf, le sanglier, et ces humbles comparses
que sont la mésange, le grillon ou le limaçon. Les principaux ont un nom, Chantecler
le coq, Tibert le chat, Brun l’ours, Musart le chameau...
Mais surtout, Renart le goupil. Dès qu’il sort de sa forteresse
féodale de Maupertuis, il rumine quelque opportune fourberie pour se remplir
la panse. Ce farceur amusant est parfois, selon les branches, un être cynique
et sans scrupule. Orgueilleux et famélique, souvent blessé, toujours spirituel,
rebelle et hypocrite, cet animal aux ruses diverses est un virtuose de la fraude,
un lointain ancêtre des libertins* du xviie siècle, un grand seigneur méchante
bête, qui force la sympathie. C’est pourquoi, aujourd’hui, les Français, oublieux
du vieux mot « goupil », ne connaissent que « renard », auquel ils rendent implicitement
hommage, chaque fois qu’ils en prononcent le nom héroïque.
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