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Le roman romanesque et parodique
Impression facile
1:L'art du roman
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Le plus populaire des genres littéraires aujourd’hui n’en est pas
moins le plus difficile à définir. Sa nature libre et protéiforme* fait les
délices des auteurs et le désespoir des critiques. Deux approches complémentaires
doivent être combinées pour étudier le roman : la synthèse théorique et l’analyse
historique. Le roman peut être défini sommairement comme une longue narration
en prose, trois traits caractéristiques qui le distinguent notamment de la nouvelle,
qui, elle, est brève, du théâtre, qui consiste en discours, ou de l’épopée,
écrite en vers.
Mais aussitôt, il convient de nuancer le propos, en considérant
l’histoire de ce genre. Aux origines, le roman, par rapport au latin, désigne
dans la France médiévale la langue communément parlée, puis par extension, les
récits héroïques écrits dans cette langue. Or ces premiers romans étaient en
vers. Par ailleurs, le roman contemporain, en déconstruisant la notion d’intrigue
romanesque*, se présente de moins en moins comme une narration véritable. Enfin,
la longueur est un indice imprécis, et tout à fait relatif. Partant, ces trois
critères proposés ne sont pas totalement satisfaisants puisque l’histoire a
vu naître des romans assez brefs, écrits sans véritable narration, ou encore
en vers. Mais le roman échappe, il est vrai, à toutes les tentatives de définition
absolue. Celle-là, en tout cas, suffit pour le moment. Toutefois, pour compléter
l’analyse, il faudrait présenter les éléments constituants du roman.
Les éléments constituants du roman
Le récit, compte-rendu de faits passés, peut à bon droit passer
pour l’ingrédient principal du roman. Son développement est régi selon un point
de vue particulier, la focalisation, qui peut, bien sûr, évoluer en cours de
route ( cf. notamment le roman épistolaire* ) :
– la focalisation zéro : le récit émane d’un narrateur omniscient, ayant une
vue d’ensemble sur l’action et ses circonstances. En d’autres termes : Narrateur
> Personnage ;
– la focalisation interne : le récit coïncide avec la perception d’un personnage
; Narrateur = Personnage ;
– la focalisation externe : le narrateur ne dit pas tout ce que sait le personnage
; Narrateur < Personnage.
Alors que le récit relève de la diegesis (la narration), la description
relève de la mimesis (la représentation). Elle interrompt le flux du récit,
et propose une pause. La description est à l’espace ce que le récit est au temps.
Là encore se pose la question du point de vue adopté. Bien souvent, la focalisation
varie, et parfois, la description se fond dans le récit. La description peut
avoir une fonction esthétique, si elle sert à l’embellissement du récit, symbolique,
si elle contient un sens caché, diégétique, si elle participe à l’évolution
du récit. Il est à noter que la description a envahi le Nouveau Roman, qui cède,
pour ainsi dire, l’initiative aux choses.
Le discours est une prise de parole effective. Selon le linguiste
Émile Benveniste, il est reconnaissable à ces trois indices de personne, d’espace
et de temps : je, ici, maintenant, alors que le récit passe par la médiation
du il, là-bas, autrefois. Là encore, il s’agit de repères généraux, susceptibles
de combinaisons dans le roman. Le discours émane d’un locuteur précis, qui peut
être l’auteur, dans sa préface par exemple, le narrateur, par ses commentaires
ou intrusions, ou un personnage donné. Dans ce cas précis, ses propos sont exprimés
de manière plus ou moins directe :
– le discours direct reprend les paroles exactes du locuteur, généralement
signalées par des guillemets ;
– le discours indirect est rapporté par l’intermédiaire d’une formule d’introduction
du type : « il affirmait que... » ;
– le discours indirect libre efface les marques de subordination, et restitue
ainsi la spontanéité du discours direct : « Frédéric lui demanda si elle ne
viendrait pas cette année-là à La Fortelle. Mme Dambreuse n’en savait rien.
Il concevait cela du reste : Nogent devait l’ennuyer. » (Flaubert).
Parmi les divers types de discours, il faut encore distinguer :
– le monologue, discours d’un personnage qui parle seul. Souvent, c’est un
discours mental et sans parole proférée, on parle alors de monologue intérieur.
Si le monologue intérieur se prolonge, il peut véritablement devenir un « courant
de conscience » ou une « sous-conversation », techniques souvent employées au
xxe siècle ;
– le dialogue, échange de discours à deux ;
– la conversation, échange à plusieurs. La notion de trialogue a parfois été
proposée pour l’analyse des conversations à trois personnages.
Il reste désormais à présenter les divers types de romans existants.
L’exposé est forcément lacunaire, et le classement, arbitraire. Mais il s’agit
du moins d’ordonner les œuvres majeures du genre romanesque.
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2:Le roman romanesque
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Le roman romanesque*, qui relate des aventures héroïques ou amoureuses,
remonte à la double tradition médiévale de la chevalerie et de la courtoisie.
Le modèle du genre est bien sûr le roman de Tristan et Yseult, qui combine habilement
les amours et les exploits. Cette tradition se poursuit dans les siècles suivants
avec le fameux Amadis de Gaule (1540), adapté d’un roman espagnol par Nicolas
Herberay des Essarts, puis avec L’Astrée, le chef-d’œuvre héroïque et précieux
d’Honoré d’Urfé, dont les quelque cinq mille pages paraissent entre 1607 et
1627, et encore avec l’histoire de Manon Lescaut (1731), par l’abbé Prévost,
La Nouvelle Héloïse (1761) de Rousseau ou encore Paul et Virginie (1788) de
Bernardin de Saint-Pierre.
Le romanesque est sans doute sinon l’essence, du moins la préférence
et la tentation ordinaires du roman ; il se déploie avec succès au xixe siècle,
âge d’or du roman en général :
– le roman sentimental et le roman champêtre, où brille George Sand ;
– le roman d’aventures (Alexandre Dumas), qui s’épuise dans ses formes multiples,
le roman-feuilleton (Eugène Sue), le roman policier (Émile Gaboriau), le roman
exotique (Pierre Loti), le roman de science-fiction (Jules Verne), le roman
pour la jeunesse (Hector Malot)... ;
– le roman gothique ou roman noir, mis à la mode par la romancière anglaise
Ann Radcliffe ;
– le roman historique, où se délectent Victor Hugo, avec Notre-Dame de Paris
(1831), et Flaubert, avec Salammbô (1862).
Si le roman romanesque triomphe au xixe siècle, s’il produit encore
des chefs-d’œuvre aujourd’hui, que l’on songe seulement à Alain-Fournier, Jean
Giono, Albert Cohen, Julien Gracq ou Michel Tournier, il n’en a pas moins été
sévèrement contesté par le Nouveau Roman. C’est précisément contre les facilités
du romanesque, de l’intrigue, des aventures et des héros que s’inscrivent Nathalie
Sarraute, Alain Robbe-Grillet, Michel Butor et Claude Simon. L’ère du soupçon,
pour reprendre un titre de Sarraute, pèse désormais sur le roman en général.
L’aventure, discontinue dans La Route des Flandres de Claude Simon,
et quasiment absente dans Les Fruits d’or de Nathalie Sarraute, cède le pas
aux objets et au réel envahissants, chez Alain Robbe-Grillet et Michel Butor.
Le roman et le romanesque sont ainsi déconstruits. On passe ainsi, comme le
remarque fort justement Jean Ricardou, critique et romancier, du récit d’une
aventure à l’aventure d’un récit.
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3:Le roman parodique
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À vrai dire, ce n’est pas d’aujourd’hui que date la remise en cause
du roman et du romanesque*. Dès le début, pratiquement, le roman romanesque
a été parodié, et donc critiqué, mais moins dans sa forme, sans doute, que dans
son contenu. Au Moyen Âge, le Roman de Renart est une remarquable parodie des
romans courtois et chevaleresques, dont il subvertit les valeurs. Les soi-disant
héros mis en scène, sont de grands seigneurs plus félons et paillards que braves
ou galants. Au xvie siècle, la geste pantagruélique de Rabelais est aussi une
imitation ironique du romanesque médiéval, où le Saint Graal devient de la moutarde,
et dont le fin mot réside dans la Dive Bouteille.
Dans la même veine, il faut bien sûr évoquer le romancier espagnol,
Miguel de Cervantès et son truculent Don Quichotte, qui a rêvé de héros romanesques,
et notamment ce fameux Amadis, à la hauteur desquels, il tente, pitoyable, de
se hausser. Le développement en Espagne de la veine picaresque*, qui met en
scène des aventures de gueux cyniques ou sympathiques, les picaros, à l’instar
de Lazarillo de Tormes, héros éponyme* d’un roman anonyme, favorise en France,
au xviie siècle, l’émergence du burlesque. Le Roman comique de Scarron en est
un bon exemple, ou encore son Virgile travesti, dans lequel la reine Didon devient
la grosse Dodon. Pareillement, Antoine Furetière publie une Énéide travestie,
et un Roman bourgeois, qui se présente véritablement comme un anti-roman.
Une autre forme de parodie romanesque est explorée par les libertins*.
Cyrano de Bergerac (1619-1655) écrit L’Autre Monde ou les États et Empires de
la Lune et du Soleil, voyage fantaisiste, science-fiction drolatique et extravagante,
et Bussy Rabutin (1618-1693), imite le Satyricon de l’auteur latin Pétrone,
pour évoquer, dans son Histoire amoureuse des Gaules, la chronique scandaleuse
des mœurs de la noblesse. Mais le véritable roman libertin* se développe surtout
au xviiie siècle. Les héros qu’il met en scène se moquent des aventures tendres
et courtoises, et poussés par une ironie bien souvent cynique, s’abandonnent,
aux délices du désir, de la chair et de la perversité. De ce genre participent
Les Bijoux indiscrets de Diderot, les romans de Crébillon fils, Le Paysan perverti
et La Paysanne pervertie de Rétif de La Bretonne, Les Liaisons dangereuses de
Laclos et les romans de Sade en général.
D’une manière ou d’une autre, tous ces romans critiquent les valeurs
éthiques et esthétiques qui fondent le romanesque.
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