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Le sommeil de la raison engendre-t-il des monstres ? (16/20)

Commentaire du correcteur

Fort bon travail qui développe une analyse toute en finesse du sujet. L’enjeu problématique du sujet posé réside, en effet, dans le paradoxe suivant: la raison elle-même, dans ses propres défaillances, ne produit-elle pas parfaois dans sa rationalité des monstres/de la monstruosité ?

Ceci est à mettre en évidence dans l’analyse.

Dissertation de l’élève

L’homme est par nature un ’être de raison’ : C’est son caractère ’raisonnable’ qui le distingue de l’animal. Car la raison, cela signifie et implique capacité de réflexion, d’analyse, le langage, c’est-à-dire, plus généralement, les attributs de l’homme que le simple animal ne possède pas. C’est aussi cette raison qui permet à l’homme sa vie en société, le respect d’autrui et la possibilité de le reconnaître comme son équivalent, un sujet conscient qui doit être traité en tant que tel. Mais chaque jour l’actualité montre la recrudescence de phénomènes pour ainsi dire inhumains : La pédophilie, des psychopathes découpant leurs victimes en morceaux... ’des monstres’ entend-on dire pour distinguer ces hommes. Donc, dans le sens où cette monstruosité n’est pas humaine à proprement parler ( l’homme étant entre autres caractérisée par le respect d’autrui, son semblable ), peut-on dire qu’elle est due à une sorte d’endormissement de la raison, une disparition de l’essence même de l’homme ? Autrement dit le sommeil de la raison engendre-t-il des monstres ? Oui

Dans un sens on peut dire que l’absence de la raison ( ’ le sommeil de la raison’ ) fait tomber l’homme dans l’inconscient : la conscience, en l’absence de la raison qui donne en partie à l’homme son statut de sujet conscient, ’n’est plus’, ou plutôt ne fait plus office de juge ou censeur chargé de refouler les éléments les plus profonds de l’inconscient qui tentent de ressurgir. L’homme est alors en proie à ces pulsions ( manifestation de son animalité toujours présente ), à ses désirs les moins réalisables ( et respectables ) dans la société, qui ont donc été constamment refoulés par la dimension morale de sa conscience, et enfin à ses passions. Tout cela n’est pas très rationnel, et, en ce sens, l’homme ne peut être contrôlé ni par lui-même, ni par les autres, sauf par la force qui ne remettra cependant pas la conscience de nouveau maîtresse de l’être en question : l’homme tombe en l’absence de la raison dans une ’ jungle sans foi ni loi ’, un espace psychologique où les repères de la société n’existent plus. En ce sens, l’homme doué de raison, de conscience, n’a plus sa place dans l’ordre social et le trouble même. Pour l’opinion commune, il est désormais un monstre, car il est vrai qu’il ne se contrôle plus et que c’est désormais son humanité qui est refoulée au profit de la satisfaction totale et immédiate de ses pulsions. On peut cependant nuancer cette appréciation : Il s’agit de bien distinguer folie et animalité, car l’une et bel et bien ’ sans foi ni loi ’ alors que l’autre est tout de même soumise aux lois de la nature. Assimiler de suite un homme dénué de raison, de conscience et donc se rapprochant d’un animal, à un monstre, c’est considérer l’animal comme un monstre. Or on ne peut aller totalement dans le sens de cette thèse : l’animal n’est pas un monstre, c’est lorsqu’il est enragé par exemple qu’il le devient. Ainsi la notion de monstre devient elle relative à la société. L’homme ’ inconscient ’ ( dans le sens où il n’a plus la faculté de sa raison ) est un monstre social s’il reste dans le cadre d’un comportement animal car, dès lors, il est dirigé par des lois qui ne sont plus celles de la société (dans laquelle il ne vit plus) : les lois de la nature. Dans cette perspective, on ne peut traiter cet homme qui n’est plus conscient, de monstre. Au contraire, l’homme en proie à la folie n’est plus dirigé par aucune loi, ni de la société, ni de la nature. Il s’oppose alors au monde tant culturel que naturel car ceci n’est pas du à une perte de la raison comme le langage pourrait le suggérer (’ il a perdu la raison ’ ) mais à une sorte de dérèglement intérieur vis-à-vis tant de sa conscience que vis-à-vis de son inconscient. Dans ce cas, on peut parler de monstre, mais comme nous venons de le voir, ceci n’est pas du au simple ’ sommeil de la raison ’. On ne peut donc pas affirmer que ’ sommeil de la raison ’ engendre des monstres : En un sens le ’ sommeil de la raison ’ entraîne l’animalité et on ne peut pas dire que les animaux sont des monstres mais seulement des ’ monstres sociaux ’. Par contre, la folie, dérèglement de la raison, peut faire que l’on qualifie une attitude de monstrueuse.

 

 

 

Oui, la raison est normative

 

 

 

 

 

 

Oui, il "sort des normes"

 

 

 

 

 

D’un autre côté, on peut aller à l’encontre de la thèse qui consiste à dire que l’absence de raison transforme l’homme en monstre. En effet, c’est la présence de la conscience, ou de la raison, qui fait que l’inconscient se forme, c’est-à-dire qui produit une substance psychique refoulée : Des gestes, des idées, des pulsions sont en quelque sorte stockées ( prêts à se manifester ) dans l’inconscient, refoulés par la conscience juge et censeur de ce qui doit se manifester et de ce qui ne le doit pas . La conscience apparaît donc comme responsable d’une certaine frustration interne de l’individu. L’animal n’est pas frustré, il est ’ libre ’ c’est-à-dire il a la possibilité de satisfaire ses désirs de suite et en totalité. Dans un certain sens, l’homme ’ prend sur lui ’ tout ce qu’il n’a pas la possibilité de réaliser et ainsi, lorsque la raison s’endort tout est libéré et le résultat est catastrophique. Au contraire, si l’homme est dépourvu de raison dès sa naissance ( en quelque sorte ), s’il vit à l’état sauvage, certes il ne sera pas constitué en tant que sujet conscient, mais ainsi il n’aura pas un potentiel incontrôlable de pulsions qu’est l’inconscient. Dans un certain sens donc c’est parce que l’homme a une raison que lorsque celle-ci disparaît il y a un manque, il n’y a plus de limite et on plonge dans une ’ jungle sans foi ni loi ’. Hegel va plus loin dans ce sens lorsque, dans La raison dans l’histoire, il explique sa théorie sur la place de la raison dans le comportement des hommes. Pour lui, les intérêts particuliers sont dirigés par la raison pour parvenir un intérêt général, à une réalisation ultime, la liberté. En effet d’après Hegel, les passions des hommes sont dirigés par la raison, instance suprême que l’humain ne saisit pas, et qui veille au progrès de l’humanité, à la réalisation du projet ultime de la liberté : Hegel justifie ainsi les guerres, atrocités de l’humanité, par cette ruse de la raison ; ainsi il apparaîtrait que les actes monstrueux sont le fruit d’une toute puissance de la raison qui pousse les hommes à avoir des passions, des intérêts et à les satisfaire pour le bien de l’humanité en quelque sorte à long terme. Dans cette perspective le côté incontrôlable de chacun, ce qui fait que l’on peut voir des ’ monstres ’, serait du à la raison. Mais ces deux hypothèses sont paradoxales car dans les deux cas se serait ce qui caractérise l’homme, c’est-à-dire sa raison ( ’ la ruse de la raison ’ ) et sa conscience morale, de soi et du monde, qui serait à l’origine d’une monstruosité de l’homme. Ceci n’est sûrement pas recevable, à moins de dire que l’homme est par nature un monstre, c’est-à-dire que tout son univers psychique organisé serait en fait une sorte de chaos en aucun cas dirigée par la conscience et par l’inconscient ou une instance suprême qu’Hegel nomme la raison. On ne peut donc plus affirmer que la raison engendre des monstres, car alors tout homme serait par le même coup lui-même un monstre.

 

 

 

 

Oui

 

 

 

 

Bien


En somme, ni la raison ni le sommeil de la raison engendre véritablement des monstres. Car d’un côté dire que la raison engendre des monstres c’est considérer l’homme lui-même comme un monstre, et de l’autre côté ce n’est pas réellement le sommeil de la raison mais une sorte de dérèglement de celle-ci qui peut produire des monstres. Car si le sommeil de la raison et l’animalité on ne peut tout de même pas affirmer que l’animal est un monstre, mais il est en quelque sorte un monstre social : une partie de la société ( on parle ici de l’homme dénué de raison et non de l’animal) qui est marginale et qui, surtout, peut se comporter de façon gênante face au contrat social, aux règles de la société. Au contraire un monstre a des comportements qui s’opposent même aux lois de la nature plus qu’à celles de la société. En fait en pourrait dire que le monstre apparaît lorsque la raison ne maîtrise plus ce qu’elle a créé : Par exemple, si l’on prend le mot monstre aux sens physique du terme la raison pu engendrer des monstres e ne maîtrisant plus les techniquesqu’elle a créées. A Tchernobyl et dans les environs des enfants sont nés et naissent avec des malformations jamais vues, une apparence non-humaine. Ce sont en quelque sorte des monstres à cause d’un accident, une faiblesse de la raison: le sommeil de la raison. Mais au-delà du côté physique, on peut aller jusqu’à voir au niveau politique ce que la raison de maîtrise plus : la société, créée par les hommes ( par la raison donc ) par son mode de fonctionnement peut en quelque sorte créer des monstres, car elle semble endormir la raison. L’homme à force de se laisser penser ne pense plus et se laisse diriger par ses passions et ses pulsions. Aussi dans une Société de consommation l’homme s’habitue-t-il à satisfaire ses désirs immédiatement grâce à ses moyens financiers, il ainsi ne peut plus résister au désir qui met une borne à la liberté d’autrui... jusqu’à des actes criminels parfois. A force donc, la société créée par la raison semble endormir la raison de l’homme et ainsi celui-ci ne plus distingue plus ce qui est permis ( temps parents naturels et que parcelles issues du contrat social ) et ce qui ne l’est pas. Mais de là à traiter l’homme perdu de monstre, il y a un pas qu’il faut franchir avec précaution. Car l’homme obsédé, malade ou monstrueux est toujours un homme. Cette question est posée par le problème de la peine de mort : peut-on considérer le criminel comme un monstre et ainsi l’éliminer de la société ?

 

 

 

 

Oui

 

 

 

TB

En conclusion, on peut dire que les monstres ne sont pas engendrées par une cause précise mais par des causes multiples. On y trouve à la fois des manquements de la raison, à la fois des caractéristiques propres à l’homme mais on ne peut pas dire sommairement que le sommeil de la raison engendre des monstres. Car, d’un côté, quand la raison n’est plus c’est l’inconscient qui dirige l’être, mais ce même inconscient apparaît à cause de la censure de la raison. C’est donc une sorte de cercle vicieux car la monstruosité trouve sa source à la fois dans la raison et dans une instance qui s’y oppose. En somme l’homme produits des manques, des frustrations et n’apprend pas à penser et à prendre du recul pour résister à ces désirs. C’est là qu’est le monstre.

 

 

Oui, ce paradoxe constitue l’enjeu du sujet posé

 

 

 

 

 


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