L’art de La Fontaine éclate à chaque page des Fables par la diversité
de ses talents. Il s’y trouve des contes (« La Jeune Veuve »), des idylles («
Philémon et Baucis »), des discours (« Discours à Mme de La Sablière »), des
dissertations, des élégies*, et l’ensemble produit :
Une ample Comédie à cent actes divers,
Et dont la scène est l’univers.
Hommes, dieux, animaux, tout y fait quelque rôle :
Jupiter comme un autre.
Par ailleurs, les différentes fables ont souvent, à l’image du
tout, une structure dramatique, comique ou tragique, et les animaux jouent leur
rôle de manière rigoureuse. Le lion est bien sûr le roi, souvent tyrannique,
le renard figure le rusé courtisan, le loup, le noble arrogant, l’ours, la brute
épaisse, mais il n’est pas exclus que le caractère se modifie selon les circonstances.
L’auteur tente manifestement d’épuiser le bestiaire et toute la Création, depuis
la puce et la fourmi jusqu’à l’éléphant, sans oublier, les arbres, les vents,
les hommes et les dieux, « Car tout parle dans l’univers ».
Cette variété se manifeste encore dans l’usage de la langue, du
style et du vers. La Fontaine ne refuse pas les ressources diverses du parler
populaire ou technique au besoin, pour rendre le conte plus pittoresque. À l’occasion,
il use d’archaïsmes* (« noise ») ou même de néologismes* (« la rateuse seigneurie
»). Le reste du temps, le style peut être bas, moyen ou élevé, tragique, burlesque*,
lyrique*, oratoire, ou familier, servi par une versification qui autorise les
rejets, les enjambements, les vers pairs ou impairs, de trois à douze syllabes.
Mais il est toujours, telle est sans doute la plus grande constante de son art,
plein d’allant et de naturel. Et la fraîcheur des Fables, si souvent drôles,
profondes ou spirituelles, séduit encore l’adulte après l’enfant, le sage, et
sans doute le fou.