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Les facteurs de socialisation et d'intégration
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Définitions utiles
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Acculturation : confrontation d’un individu à deux cultures différentes qui
aboutit à des changements culturels et sociaux où chacun est devant des choix
entre sa culture d’origine et la nouvelle culture.
Citoyenneté : intégration à une population et à un pays par les droits et les
devoirs concédés à ceux qui ont la nationalité du pays.
Délinquance : comportement qui ne respecte pas les lois en vigueur dans la
société. Certains comportements délinquants sont très réprouvés, d’autres au
contraire plus tolérés.
Déviance : comportement qui ne respecte pas les normes en vigueur dans la société
et qui provoque une réaction de celle-ci. Mais si le comportement déviant se
généralise, il peut aboutir au changement de la norme et est facteur de changement
social.
Discrimination positive : dispositions légales qui privilégient volontairement
un groupe dans une société pour qu’ensuite il y ait plus de justice sociale
et plus d’égalité entre les individus. Les mesures de discrimination positive
peuvent être des quotas réservés à des individus dans certains emplois, dans
l’accès à l’université. Cela peut aussi passer par des dispositifs financiers
: bénéficier d’un tarif préférentiel ou d’une allocation sous condition de ressources.
Égalité : fonctionnement légal identique pour tous : égalité devant la loi,
égalité des droits pour tous les citoyens.
Équité : fonctionnement qui vise la justice sociale et prend des dispositions
pour y parvenir et favoriser un groupe dit désavantagé.
Fracture sociale : Marginalisation et exclusion d’un nombre de personnes croissant.
Groupes sociaux primaires : groupe de base dans la société, dans lequel les
relations sont intenses et intimes entre les membres, la solidarité très forte.
Exemples : la famille, les amis, une bande de jeunes, les membres d’une association.
Groupes sociaux secondaires : groupes plus élargis que les groupes primaires
dans lequel les relations sont liées à la fonction occupée dans le groupe.
Marginalisation : fait de vivre en dehors des normes de la société.
Socialisation : transmission des coutumes, des normes et des valeurs d’une
société par l’éducation. L’instance principale de socialisation est la famille
mais l’école, les pairs, la rue, les médias peuvent aussi y jouer un rôle. Le
travail a également un rôle socialisateur.
Les changements sectoriels, l’évolution des qualifications, la démocratisation
de l’enseignement, la hausse du niveau de vie s’accompagnent-ils d’une hausse
de la solidarité sociale ou au contraire de la mise à l’écart d’un plus grand
nombre de personnes et d’un individualisme croissant ? Est-ce que les instances
normales de socialisation, d’intégration et de solidarité que représentent la
famille et l’école jouent encore leur rôle ou ont-elles tout délégué à l’État
?
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1.Les anciennes sources de socialisation, d’intégration, de solidarité
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A. Le rôle traditionnel de la famille
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La socialisation, transmission des normes, valeurs, croyances, coutumes par
l’apprentissage dans une société a lieu essentiellement dans la famille. C’est
là que l’enfant dès son plus jeune âge apprend par mimétisme les normes et valeurs
de sa famille, avec un système de sanctions positives ou négatives pour valoriser
ou non son comportement. Si la socialisation se fait avec succès, l’enfant intériorise
ces normes, ces coutumes, ces valeurs et les fait siennes ce qui ne lui posera
aucun problème pour les respecter puisqu’il les aura intégrées. La socialisation
a donc lieu dans un groupe primaire, la famille où les relations entre les membres
sont denses et intimes et la solidarité forte. La socialisation transmet la
culture du groupe, aboutit à un conformisme de ses membres et à la reproduction
sociale, l’individu n’ayant que peu de moyens d’agir sur sa socialisation (théorie
du déterminisme social). Ainsi se construit la personnalité sociale de l’individu
liée au groupe de socialisation.
Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la famille est une forte source de solidarité
intergénérationnelle, beaucoup de personnes âgées vivant alors chez leurs enfants,
les adolescents habitant chez leurs parents jusqu’à leur propre mariage.
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B. Le rôle de l’école
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L’école représente un autre lieu de socialisation ; elle est censée inculquer
d’autres valeurs, d’autres normes non pas en opposition avec celles de la famille
mais en complément. Par exemple, on apprend les règles du savoir-vivre, les
valeurs religieuses dans la famille ; on apprend les savoirs de base (lire,
écrire, compter) et les savoirs plus savants à l’école. L’école transmet ce
que la famille ne peut pas toujours transmettre mais ne remplace pas la famille
pour les valeurs morales.
Longtemps réservée à une élite, l’école ne changeait en rien l’ordre social
établi. Lorsque Jules Ferry fonde en 1881 l’école de la République, il la rend
gratuite, obligatoire pour tous, garçons et filles, et laïque. La législation
intervient dans un contexte politique et social particulier. La France est alors
séparée en deux camps opposés, les cléricaux et les anticléricaux. Les cléricaux
défendent le rôle de la religion pour influencer les mœurs par le biais de l’éducation.
Ils refusent l’idée de conscience individuelle, la liberté de pensée et croient
que la morale religieuse doit guider les comportements. À l’opposé, les anticléricaux
conçoivent la religion comme « l’opium du peuple » et l’instrument social du
maintien des classes. L’école de Jules Ferry se veut fédératrice et intégratrice
: rassembler tous les enfants autour d’idéaux communs, de valeurs communes,
les valeurs républicaines et prôner une morale liée à des valeurs universelles
en dehors de toute religion.
L’instruction a alors un rôle majeur dans le devenir de chacun : par le savoir
et la connaissance, l’individu pourra penser par lui-même et s’affranchir du
poids de l’Église et de l’obéissance. D’où l’importance de la laïcité. En pensant
par lui-même l’enfant devient rationnel et acquiert un esprit critique. L’école
forme des citoyens autonomes, indépendants des pensées toutes faites : l’école
de Jules Ferry est l’école de la liberté (de pensée).
La société française était alors plus divisée qu’elle ne l’est aujourd’hui
et l’école a pour premier but de rassembler autour de valeurs communes et de
la morale républicaine. Elle a un autre objectif : intégrer tous les enfants
quels que soient leur milieu social d’origine en assurant une égalité d’accès
au savoir de base. Elle parvient à faire sortir de leur condition sociale quelques
rares individus, par accès à l’école normale d’instituteurs par exemple. Son
rôle n’est pas de favoriser l’ascension sociale mais d’intégrer tous les enfants
dans l’idéal républicain.
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C. La construction identitaire
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L’identité se construit donc au début de la vie par la socialisation dans la
famille et dans une moindre mesure à l’école. Mais petit à petit d’autres instances
vont jouer un rôle de plus en plus important : les pairs (les copains de l’adolescent),
plus rarement les associations, les partis politiques, les médias. L’enfant
jeune est éduqué et contrôlé par ses parents. À l’adolescence, cette pression
sociale forte est ressentie comme une contrainte et la négociation s’associe
à l’éducation. L’adolescent cherche ses repères et n’accepte pas le contrôle
social imposé. Les jeunes ont donc parfois une sous-culture juvénile, en opposition
avec le modèle familial. L’individu n’est pas toujours passif devant la socialisation
inculquée, il peut aussi être acteur (théorie de l’individu acteur).
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2. Les changements dans la solidarité familiale et le rôle intégrateur
de l’école en question
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A. Les changements sociaux dans la famille
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La famille d’aujourd’hui est multiple. Le modèle familial unique de l’après-guerre
n’est plus qu’un modèle parmi d’autres. Le couple avec ses enfants vivant dans
un périmètre proche des grands-parents, les enfants ne quittant ce foyer que
pour se marier eux-mêmes et reproduire le même schéma, ce modèle est aujourd’hui
minoritaire. La cohabitation concurrence le mariage, les divorces ont fortement
augmenté amenant des familles monoparentales (plus de 1 million en France),
les familles recomposées avec des enfants de fratries différentes. Les solidarités
ont changé. Les personnes âgées vivent dorénavant toujours en dehors de leurs
enfants, chez elles ou dans des institutions. La solidarité n’est plus autant
reliée à la famille mais davantage à la parenté (par exemple les grands-parents
aisés aident financièrement leurs petits-enfants étudiants). La solidarité intergénérationnelle
change de forme et de sens. La solidarité familiale se cantonne presque exclusivement
à la famille restreinte, c’est-à-dire celle avec laquelle on a vécu un temps
de sa vie. Elle prend de multiples formes : aide matérielle, financière, sociale
(faire jouer son réseau de relations pour trouver un emploi, un logement), morale.
Cependant la solidarité familiale est inégalement répartie selon les familles.
Plus le niveau de vie est élevé, plus les aides sont variées et nombreuses.
Les dons d’argent et certaines aides matérielles dépendent du niveau de vie
et du niveau culturel mais paradoxalement les autres aides leur sont liées également.
La faiblesse de leur niveau de vie explique que les agriculteurs, les ouvriers
et les chômeurs aident moins souvent leur famille.
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B. L’affaiblissement du rôle de socialisation de la famille
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Lorsque les individus n’apprennent plus ou n’intègrent plus dans les instances
normales de socialisation (la famille) les normes fondamentales, la distinction
entre le bien et le mal, c’est la société dans son ensemble qui va par un contrôle
social répressif les leur inculquer. On assiste aujourd’hui à une « juridicisation
» de la société ; le recours à la justice et à la police est de plus en plus
fréquent pour indiquer les limites à ne pas franchir. Ce sont les policiers
et les juges qui donnent aux adolescents délinquants les normes à respecter.
Or ces normes juridiques qui sont censées représenter les mœurs évoluent constamment
(assouplissement ou durcissement des lois). La régulation peut venir du législateur,
« d’en haut », mais aussi « d’en bas » c’est-à-dire liée aux changements de
mœurs constatés dans la société.
Si la socialisation de l’enfant ou du jeune dans sa famille n’a pas abouti
à son accord avec les normes de la société, son intégration y sera plus difficile.
L’individualisme croissant, l’éclatement des familles, les situations économiques
comme le chômage de longue durée, le surendettement des ménages favorisent aussi
la rupture du lien familial et les situations d’exclusion qui en découlent.
La cellule familiale devient plus fragile, éclate même mais cela n’implique
pas forcément une absence de solidarité. Au contraire, les liens de parenté
peuvent s’accroître, le réseau familial reste primordial mais avec moins de
contraintes, moins de pression sociale. Les liens demeurent forts et la solidarité
est plus souvent choisie.
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C. L’école ne joue plus son rôle intégrateur
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Chez les enfants de milieu favorisé, la culture transmise par la famille est
en totale complémentarité avec la culture transmise par l’école. Il y a même
un effet de synergie, les parents étant d’ailleurs partie prenante à l’école
(présence dans les instances de représentation). Le discours entendu à l’école
rejoint le discours familial, les valeurs étant les mêmes (valorisation du travail
et de l’abstraction, rationalité en finalité).
Chez les enfants de milieu défavorisé, les normes et valeurs véhiculées par
l’école sont parfois différentes de celles inculquées par la famille et l’enfant
est confronté à un phénomène d’acculturation. Les parents méconnaissent le fonctionnement
du système scolaire et ont des difficultés pour mettre en place une stratégie
de réussite pour leurs enfants. L’échec scolaire est plus fréquent. Plusieurs
dizaines de milliers de jeunes sortent chaque année de l’école sans diplômes
ni formation. L’école n’a pas alors joué son rôle d’intégration et est, dans
ce cas-là, un facteur d’exclusion. Dans une société de compétition où les acteurs
sont inégaux au départ il n’y a pas de réelle égalité des chances (voir séquence
15). Tous les enfants n’ont pas accès à la « même » école. On peut alors dire
qu’il y a une école à deux vitesses.
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D. L’affaiblissement du lien social et la nécessité d’une intervention accrue
de l’État
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Pour que l’individu socialisé fasse siennes les normes acquises dans la famille
et le groupe, la société met en action un ensemble de pressions sociales plus
ou moins contraignantes qu’on appelle le contrôle social.
Le contrôle social se fait par les règles imposées par la société. Si, au sein
de celle-ci, la cohésion sociale est forte et les normes massivement acceptées,
le contrôle social assure la stabilité de la société.
Si, au contraire, la société est scindée en groupes dont les normes varient
et les intérêts divergent, le contrôle social défend les valeurs du groupe dominant
et est imposé sans acceptation à l’ensemble. Moins les normes sont intériorisées,
plus le contrôle social prend des formes spécifiques et spécialisées (police,
justice).
Dans les groupes de jeunes délinquants, le refus des normes aboutit à un rejet
de la solidarité organique. Ils ne se sentent pas intégrés à la société. On
assiste à l’intérieur de ces groupes à un retour de la solidarité mécanique
(cf. séquence 11, spécialité). Ces jeunes ne se sentent pas citoyens à part
entière et leurs droits n’étant pas respectés (droit au travail par exemple)
ils refusent en conséquence les devoirs que leur appartenance à la société impose.
D’où la déviance (non-respect des normes sociales et normes différentes) et
la délinquance (non-respect des lois, des normes juridiques, et violence).
L’affaiblissement du rôle socialisateur de la famille et l’échec de l’école
dans sa mission d’assurer à la fois la transmission des valeurs républicaines
et de démontrer que l’égalité des chances est réelle aboutit à la révolte des
jeunes dans les banlieues dites sensibles.
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3. Le rôle de l’État
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A. La protection sociale et les domaines d’intervention de l’État
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Le rôle de l’État est de réguler la solidarité des individus entre eux et d’assurer
la solidarité de la société envers les plus démunis qui sont en même temps les
moins bien intégrés. C’est « l’État assistantiel » et le rôle joué par la protection
sociale (cf. séquence 18).
Dans les pays développés c’est après 1945 que se met en place l’État dit État-providence
correspondant à une conception keynésienne de l’économie : le but est non seulement
de répondre à des besoins sociaux mais de soutenir la demande et l’économie
du pays. L’État, c’est-à-dire la collectivité, assure la solidarité dans diverses
directions correspondant à des risques pour l’individu :
– la maladie pour des raisons de santé publique et de protection de l’ensemble
de la population. Aujourd’hui se met en place en France un droit universel d’accès
aux soins valable pour toute la population qu’elle soit cotisante, ayant-droit
ou non ;
– la vieillesse : garantie d’un minimum de ressources appelé minimum vieillesse,
mise en place d’un système de retraites (système de répartition en France) ;
– les accidents du travail, l’invalidité ;
– la famille avec la création des allocations familiales .
L’ensemble de ces risques est couvert par le système de sécurité sociale instauré
en France en 1945.
Les risques des salariés sont également protégés par :
– l’État qui a mis en place un code du travail et les droits des salariés.
Il définit les liens, droits et devoirs des employeurs et des salariés ;
– une caisse de solidarité qui finance l’indemnisation du chômage.
En 1993 les dépenses de protection sociale représentaient 35 % du PIB en France.
Cette part est croissante, elle n’était que de 16 % du PIB en 1960.
L’État a créé en 1988 un revenu pour les plus démunis, le RMI, revenu minimum
d’insertion. Plus d’un million de personnes bénéficient du RMI qui ouvre droit
à la protection sociale (santé) et à l’allocation de logement. Le RMI confère
aussi à ceux qui le reçoivent un statut d’assisté qui les dévalorise et les
disqualifie dans leur recherche d’emploi. En stigmatisant les bénéficiaires
il devient « machine à exclure ».
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B. L’inefficacité relative de cette intervention
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L’intervention de l’État s’amplifie et doit se faire avec des difficultés de
financement croissantes. Pourtant, malgré ces dépenses, l’exclusion et la pauvreté
se développent. La dualisation de la société est de plus en plus visible (cf.
séquence 11). Les chiffres officiels du chômage masquent une réalité plus grave
: au total, autour de 6 millions de personnes en France sont exclues de l’emploi
ou de l’emploi souhaité.
Malgré la démocratisation de l’enseignement, les enfants de salariés agricoles
sont encore moins de 20 % à être diplômés de l’enseignement supérieur contre
80 % des enfants de professeurs ou de professions libérales.
Les dépenses de santé s’accroissent mais le manque d’argent amène une personne
sur quatre à différer des soins jugés non indispensables.
L’inégalité sociale se traduit par un sentiment d’exclusion de la société.
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C. Les changements dans l’intervention de l’État ; le débat égalité-équité
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L’égalité consiste à donner les mêmes droits à tous les individus au nom de
leur appartenance à la communauté. Ce sont les droits de tous les citoyens quels
que soient leurs besoins réels et quelle que soit leur différence au départ
: tous égaux devant la loi, tous égaux devant les droits.
L’équité vise à apporter plus de justice sociale et à corriger les inégalités
de départ pour aboutir à une égalité après application de la règle ou de la
loi. Pour aboutir à l’équité, il faut donc passer par l’inégalité des droits.
C’est le principe de discrimination positive. Il consiste à accorder des avantages
à certains groupes sociaux défavorisés en leur garantissant des droits supplémentaires
par rapport aux autres individus. Pour se sentir intégré il suffit en théorie
de se sentir à égalité avec les autres individus mais l’égalité des droits n’aboutit
pas à l’égalité des chances (application des thèses de John Rawls dans une société
de compétition).
D’où l’idée d’une correction par la discrimination positive, dont on peut citer
quelques exemples :
– réserver un quota de places dans les universités ou dans les emplois publics
comme aux États-Unis pour les Noirs ou pour les « intouchables » en Inde ;
– accorder des moyens supplémentaires financiers et matériels dans les zones
d’éducation prioritaire d’enseignement en France ;
– accorder des exonérations de charges sociales dans les zones franches installées
dans les quartiers sensibles.
– instaurer la parité hommes-femmes dans les assemblées d’élus politiques.
La contrepartie de cette discrimination positive est de fractionner la société
en groupes favorisés, défavorisés sur des critères subjectifs, groupes qui peuvent
déboucher sur du communautarisme. Le droit alors ne serait plus le droit du
citoyen, tous appartenant à la même société donc égaux et solidaires, mais serait
le droit des communautés, chacune défendant ses intérêts personnels au détriment
de l’intérêt général. L’universalisme serait alors remplacé par le communautarisme.
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D. La base de l’intervention de l’État
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L’intervention de l’État se base sur la citoyenneté et l’universalisme. L’individu
citoyen est un sujet de droits. Le fait d’accorder à tous les mêmes droits quels
que soient leur sexe, leur race, leur âge, leur religion permet de respecter
les plus démunis donc ceux qui ne savent pas se défendre. L’appartenance à la
communauté se fait sur le respect de valeurs communes, des valeurs républicaines
en France.
Mais avec la difficulté d’insertion dans l’emploi et la baisse du civisme c’est
le retour à une solidarité mécanique liée au groupe. Chaque groupe défend ses
intérêts matériels, personnels ; c’est l’abandon de la solidarité organique
liée à la difficulté d’intégration.
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E. L’action des groupes intermédiaires
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Les groupes intermédiaires se situent entre les groupes primaires (la famille)
et l’État. Avec le recul de la socialisation et de la solidarité dans certaines
familles, ils jouent un rôle primordial. On peut mettre sous ce qualificatif
les associations (sportives, culturelles, politiques, syndicales, de loisir,
religieuses…), les associations liées à la profession, à la vie locale (comité
de défense du quartier, des locataires, des consommateurs…). Les groupes intermédiaires
sont souvent les interlocuteurs des pouvoirs publics et leur lien avec les citoyens.
Ils participent à la lutte contre l’exclusion (associations caritatives) par
leur connaissance de la réalité et le rétablissement du lien social. Ils aident
aussi à la réinsertion des exclus et à l’intégration des minorités. En ce sens,
ils contribuent à faire exister la société de droits en défendant les citoyens
les plus démunis. Face à l’inégalité de la solidarité familiale entre les individus
et à l’incapacité de l’État de connaître tous les cas d’exclusion puisque par
définition les exclus n’ont plus de lien avec l’ensemble de la société, n’appartiennent
à aucun réseau, les groupes intermédiaires ont un rôle irremplaçable.
Les pouvoirs publics créent la protection sociale (État social) par des droits
objectifs et des lois mais l’individu atomisé n’a pas pour autant de lien avec
une communauté concrète, un groupe d’appartenance.
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