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Les illusions perdues dans Le Père Goriot (15/20)

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Plan à revoir : la première partie manque d'efficacité et le propos n'est pas clairement démontré.
En revanche, la seconde partie est tout à fait pertinente et s'appuie sur des analyses précises et décisives.

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La plupart des romans de formation de l'adolescent pourraient s'intituler Illusions perdues. Pensez-vous qu'il en soit de même pour Le Père Goriot de Balzac ?
Vous développerez votre point de vue en vous appuyant sur des exemples précis que vous analyserez.

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Si l'un des romans majeurs de Balzac s'intitule Le Père Goriot, le personnage principal en est peut-être autant Eugène de Rastignac que Goriot car, tout au long de l'œuvre, Balzac peint et fait agir ce jeune provincial d'Angoulême monté à Paris et pensionnaire chez Madame Vauquer, où il rencontre notamment le père Goriot et l'inquiétant Vautrin.
Le roman nous montre au début un être qui possède les caractéristiques de l'adolescence, telles que la générosité, la charité, la probité, le sens de l'honneur ; un être donc qui distingue le bien du mal et désire agir selon les valeurs chrétiennes que lui a transmises son éducation. A la fin du livre, en revanche, après une rapide dégradation morale, ce même personnage n'est plus qu'un arriviste qui entreprend de séduire une femme mariée dans le but de devenir riche et par conséquent puissant. Qu'est-il donc advenu de ses nobles idéaux lors du passage à l'état d'adulte ?
Le Père Goriot est-il donc un roman de formation de l'adolescent que Balzac aurait pu intituler Illusions perdues, s'il n'avait peut-être pas déjà réservé ce titre pour une œuvre ultérieure ?

 

 

Paris figurait aux yeux des jeunes provinciaux du XIX-ème siècle un Eldorado où il était facile de briller par ses qualités personnelles ou acquises par une éducation soignée. C'est dans cet état d'esprit idéaliste que le jeune Rastignac arrive à la capitale.

Le voici tout d'abord sensible à l'affection que lui porte Victoire Taillefer, pensionnaire comme lui chez Madame Vauquer. Il cherche à la faire douter d'elle-même et lui demande si elle aimerait toujours le "jeune homme pauvre qui lui aurait plu durant ses jours de détresse".
On le voit aussi troublé lorsqu'il emprunte les économies de ses sœurs. Il est " tourmenté par de mauvaises idées ". La encore, il montre sa nature scrupuleuse : il veut réussir, devenir riche, mais pas aux dépens de ses sœurs, dont la générosité ne doit être qu'un tremplin pour l'aider à s'élever. Il sait bien que cet argent est le fruit de plusieurs années d'épargne ; il sait également que sa grand-mère a été obligée de vendre ses dentelles et il est ému par la reconnaissance que ces sacrifices lui inspirent. C'est pour cela qu'il se permet d'utiliser cette somme à bon escient, afin de pouvoir un jour lui rendre la pareille.

Il est aussi sensible au malheur du père Goriot, martyr de la paternité et offusqué par l'ingratitude de ses deux filles. Jamais au moment de son arrivée, il n'aurait imaginé qu'il put exister des créatures aussi odieuses et même félonnes que celles-ci ; jamais il n'aurait pensé qu'elles refuseraient à leur père agonisant une dernière visite, qu'elles n'assisteraient même pas à ses obsèques et que lui, Rastignac, étranger à la famille, devrait en faire les frais.

Enfin, il est radicalement choqué par les propos cyniques que tient Vautrin, forçat évadé qui semble avoir sondé toutes les couches de la société. Il repousse d'abord les conseils que " cet homme d'expérience " lui prodigue " paternellement " : " Savez-vous comment on fait son chemin ici ? Par l'éclat du génie ou par l'adresse de la corruption. Il faut entrer dans cette masse d'hommes comme un boulet de canon, ou s'y glisser comme une peste. "
Et il est scandalisé par le stratagème criminel que Vautrin lui propose pour l'aider à devenir riche : une infâme machination qui consiste tout simplement à lui faire épouser Victorine qui, si son frère venait à mourir, hériterait de la fortune de son père. Or Vautrin connaît un homme dont tous les duels se terminent par la mort de l'adversaire. Rien de plus facile alors que de supprimer un beau-frère encombrant. Mais, bouleversé, Rastignac s'indigne : " Quelle horreur ! Vous voulez plaisanter Monsieur Vautrin. " Son sens de l'honneur et sa probité naturelle lui permettent de résister à cette horrible et diabolique tentation.

Car Rastignac rêve encore de " parvenir " sans efforts et en particulier " sans perdre son âme ", comme certains disent de nos jours, car il est attaché à un système de valeurs et de lois morales qu'il ne questionne pas et auquel il n'envisage pas alors de ne plus se conformer.

Présente plus clairement tes axes de réflexion.

Mais Rastignac évolue. Et c'est en cela que Le Père Goriot peut être considéré comme un roman de formation. Il se rend compte que la franchise, la sincérité, la spontanéité qu'il considérait jusqu'ici comme des qualités, peuvent constituer des obstacles à sa réussite. Parce qu'il a simplement mentionné le fait qu'il connaissait le père Goriot, les portes de la comtesse lui sont désormais fermées. Son honnêteté lui a donc déjà créé des ennemis.

Il s'aperçoit aussi que c'est par des basses et sordides manœuvres que Mademoiselle de Michonneau sert la justice et la société en faisant lâchement arrêter Vautrin. Profitant d'un malaise de celui-ci qu'elle a d'ailleurs suscité, elle s'empresse de le démasquer en découvrant la marque au fer rouge qu'il porte à l'épaule. Elle en tirera le bénéfice escompté.

Enfin, ses yeux s'ouvrent sur l'affligeante constatation que, plus le père Goriot montre de bonté, de sollicitude et de charité envers ses filles, plus celles-ci abusent de son amour et de sa faiblesse. Alors qu'il n'a plus de bois pour se chauffer, elles viennent de nouveau lui soutirer de l'argent. Plus le sacrifice de leur père est grand, plus leur mépris est révoltant. Lorsqu'il agonise sur son lit de mort, ces dames dansent à un bal mondain. Le père Goriot semble ici lui-même avoir un grand nombre d'illusions sur le compte de ses filles, illusions qu'il perd cependant en mourant puisqu'il reconnaît savoir qu'elles ne viendront pas puisqu'il n'a plus rien à leur donner.

C'est le spectacle continuel de ces événements bouleversants qui va faire mûrir Eugène en l'aguerrissant et l'endurcissant progressivement. Mais la connaissance ne fait pas nécessairement passer à l'action. Il lui reste encore à franchir le pas qui le fera basculer dans le camp des forts, des opportunistes, des parvenus, de ceux qui réussissent parce qu'ils n'ont plus de scrupules.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les scrupules vont s'évanouir.

Et c'est précisément l'ultime martyre du père Goriot, son agonie et son humiliation posthume, son inhumation pour laquelle aucune de ses deux filles ne s'est donnée la peine de se déplacer et encore moins de débourser le moindre argent, qui vont déterminer l'abandon par Eugène de ses illusions d'adolescent et l'adoption du code de relations sociales préconisé par Madame de Beauséant : " Plus froidement vous calculerez, plus avant vous irez. Frappez sans pitié, vous serez craint. N'acceptez les hommes et les femmes que comme chevaux de poste que laisserez crever à chaque relais. "

Le père Goriot est mort après avoir perdu ses illusions mais sa vie s'est arrêtée à cette perte. Pour Rastignac, il ne sera pas mort inutilement. Ayant compris que la société a pour seule valeur l'argent, " Vautrin a raison, la fortune est la vertu ", Eugène décide, pour s'intégrer à cette société, de franchir le pas qui sépare le provincial du parisien et de se procurer cette fortune par tous les moyens, d'agir en prédateur dans la jungle de la capitale. Car l'homme riche peut se permettre n'importe quelle lâcheté, n'importe quelle félonie, n'importe quel meurtre, son argent étant le contrepoids de sa conscience et le garant de sa sécurité. Aussi, après avoir enseveli le père Goriot au Père-Lachaise, " enseveli sa dernière larme de jeune homme, cette larme arrachée par les saintes émotions d'un cœur pur, une de ces larmes qui, de la terre où elles tombent, rejaillissent jusque dans les cieux ", Rastignac, resté seul, lance à la société son célèbre défi : " A nous deux maintenant ! ". Et obéissant au conseil de Madame de Beauséant : " vous ne serez rien ici si vous n'avez pas une femme qui s'intéresse à vous. Il vous la faut jeune, riche, élégante ", il s'en va donc " dîner chez Madame de Nucingen ".

 

Idéalisme ou perte des illusions ?

 

 

Distingue les illusions d'Eugène et celles du père Goriot.

Ainsi, après avoir fait le dur apprentissage de la vie à cette rude école que constitue la société parisienne, après avoir connu les poignants désirs de l'ambition, Eugène de Rastignac deviendra ministre et Pair de France, mais c'est au prix de ses illusions perdues qu'il aura assouvi son désir de puissance.
Les pré-romantiques, romantiques et leurs successeurs réalistes ont eu une prédilection pour les romans de formation de l'adolescent comme peut en témoigner le roman de Stendhal Le Rouge et le Noir. En effet, le passage de l'adolescence à l'âge adulte est par excellence un sujet riche en ressources pour le romancier qui peut peindre aussi bien les passions généreuses mais souvent destructrices des jeunes gens que les vices égoïstes des adultes.
Pour Balzac en particulier, légitimiste et plutôt réactionnaire, qui écrit Le Père Goriot en 1834, c'est sûrement aussi l'occasion de dénoncer la libre-entreprise si caractéristique du capitalisme ultra-libéral et sauvage de la Monarchie de Juillet.

 

 

Réponds donc à la question que pose le sujet !



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