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Les initiateurs dans Le Père Goriot (16/20)
Commentaire du correcteur
Bien - Travail complet, bien compris.Devoir de l’élève
| On a souvent dit que certains romans de Balzac étaient des romans d’initiation. Ainsi, Le Père Goriot pourrait s’intituler ’ Les Illusions perdues ’ car on peut facilement montrer que c’est un roman de formation. |
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| Tout d’abord, il faut définir ce qu’est un initiateur : c’est un personnage qui ouvre un domaine de connaissance à un autre personnage et qui lui fait acquérir son principe de fonctionnement. Dans le cas du Père Goriot, les initiateurs sont ceux qui apprennent au jeune Rastignac fraîchement débarqué de sa province natale, les principes de la vie mondaine sous la Seconde Restauration de Louis XVIII. On peut différencier deux types d’initiateurs : les initiateurs volontaires que nous appellerons les initiateurs actifs qui agissent dans une finalité très précise : la réussite de Rastignac ; les initiateurs involontaires ou passifs qui initient Rastignac à la réalité de la vie mondaine uniquement par leurs attitudes et comportements habituels. | p |
| Les initiateurs actifs sont donc les suivants. Madame de Beauséant tout d’abord qui est une cousine de Rastignac lui enseigne comment il faut faire pour parvenir. Il faut exploiter les hommes tout comme l’ont fait les filles du Père Goriot ; il faut se servir au maximum des autres ou essayer de tirer le meilleur parti de leur renommée, de leur place privilégiée dans la société : ’ N’acceptez les hommes ou les femmes que comme des chevaux de poste que vous laisserez crever à chaque relais. ’ En somme il faut avoir des protections et, pour un homme, la meilleure protection est celle d’une femme. Leçon que Rastignac met tout de suite à profit en se servant de sa parenté éloignée avec la prestigieuse Madame de Beauséant pour se faire ouvrir toutes les portes de la haute société parisienne et en particulier pour se faire présenter à Madame de Nucingen qu’il compte utiliser pour parvenir. Puis elle lui apprend que dans cette société caractérisée par l’agglomération des vices, il faut essayer de dissimuler ses sentiments car s’ils sont portés à la connaissance de cette odieuse société, l’on risque d’être la cible des railleries les plus ignobles : ’ Aussitôt qu’un malheur nous arrive, il se rencontre toujours un ami prêt à venir nous le dire et à nous fouiller le cœur avec un poignard en nous en faisant admirer le manche ’. Ainsi les paroles doucereuses de sa meilleure amie, la Duchesse de Langeais, cachent-elles les sarcasmes les plus cruels à l’égard d’une femme abandonnée, et la foule de la société la plus élégante qui soit se pressera-t-elle au dernier bal de Madame de Beauséant pour y jouir du spectacle de sa douleur et y détecter les premiers signes de sa déchéance. L’on risque encore d’être réduit à l’état de servilité tout comme le Père Goriot qui, pour obtenir un simple sourire de ses filles doit sacrifier ses rentes et le minimum de confort nécessaire à une existence décente. ’ Mais si vous avez un sentiment vrai, cachez-le comme un trésor. ’ Madame de Beauséant joue ainsi le rôle d’un ange gardien qui essaie de préserver l’un de ces arrivistes de l’erreur fatale qui consiste à escompter parvenir grâce au travail, à l’honnêteté et au mérite. La Duchesse de Langeais va tenter en tant que meilleure amie de Madame de Beauséant d’instruire le cousin de celle-ci sur l’ingratitude des filles du père Goriot. En fait, elle va illustrer l’argument avancé précédemment et selon lequel il faut garder cachés ses sentiments et exploiter les faiblesses des autres. Vautrin est un ancien bagnard et va apprendre à Rastignac ce qui a déjà été dit par Madame de Beauséant mais de façon plus modérée. En effet, étant extéieur au grand monde, Vautrin peut se permettre d’exprimer son point de vue plus ouvertement : ’ Il m’a dit crûment ce que Madame de Beauséant me disait en y mettant des formes. ’ Il apprend donc à Rastignac à se méfier de ses propres sentiments : ’ Vous marier ? Ce serait vous mettre la pire pierre au cou ’ ; à se servir des hommes : ’ Méprisez les hommes et voyez les mailles par où l’on peut passer à travers les réseau du Code ’. Il veut dire par là qu’il faut se servir des failles de la société pour parvenir, enfoncer les plus faibles pour paraître plus fort et parvenir plus haut. En vérité, Vautrin va plus loin que Madame de Beauséant car il fait à Rastignac une proposition criminelle. Celui-ci est encore mal initié car il s’indigne et refuse ce marché odieux. Dans son esprit en pleine évolution grâce à l’œuvre de ses initiateurs, il reste quand même quelque part d’honnêteté. Mais il demeurera longtemps troublé par cette tentation. | |
| Les initiateurs passifs sont les suivants. Madame de Restaud, lors de la première visite à laquelle, Rastignac prend sa première leçon de ’ droit parisien ’. Il apprend par sa réaction lorsqu’il dit manger à la même table que le Père Goriot, que la seule mention d’un nom peut aussi bien lui ouvrir que lui fermer les portes et intérêts. Il apprend aussi qu’il faut être au courant des commérages mondains afin de ne pas commettre d’impair tel que se présenter chez une femme à l’heure habituelle où elle reçoit son amant : ’ Entre le boudoir bleu de Madame de Restaud et le salon rose de Madame de Beauséant, il avait fait trois années de ce ’droit parisien’ dont on ne parle pas bien qu’il constitue une haute jurisprudence sociale qui, bien apprise et bien pratiquée mène à tout. ’ Madame de Nucingen auprès de laquelle Rastignac se rend vite compte que l’attachement que celle-ci lui porte est dû au fait qu’elle le sait sous la ’ tutelle ’ de Madame de Beauséant. Ainsi espère-t-elle trouver en lui le moyen d’accéder à l’hôtel de Beauséant. Démarche déjà prévue par la vicomtesse : ’ Madame de Nucingen laperait toute la boue qu’il y a entre la Rue Saint-Lazare et la Rue de Grenelle pour entrer dans mon salon. ’ C’est aussi en côtoyant Madame de Nucingen qu’il comprend ce qu’entendait Vautrin lorsqu’il lui affirmait : ’ La corruption est l’arme de la médiocrité qui abonde et vous en sentirez partout la pointe. ’ | |
| En effet, les leçons de Madame de Beauséant, de la Duchesse de Langeais et de Vautrin, illustrées par la conduite des autres personnages ont porté. Malgré les refus obstinés qu’il oppose aux propositions criminelles, Rastignac se voit irrémédiablement engagé sur une voie qui n’est pas celle qu’il s’était fixée. Aussi tout en recommandant à son ami Bianchon de poursuivre ’ la destinée modeste à laquelle il borne ses désirs ’, il s’avoue : ’ Moi, je suis en enfer et il faut que j’y reste ’. Ne deviendra-t-il pas Comte, Pair de France et ministre ? |
oui |
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