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Les mutations japonaises
Impression facile
Introduction
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REPERES
- Capitale : Tokyo
- Superficie : 372 313 Km2
- Population : 126 700 000 habitants
- Densité : 336 habitants par Km2
- Population urbaine à 79%
- Régime et caractéristiques : Monarchie, Pluralité des partis, Parlementaire
- Découpage : 47 préfectures
- PNB : 4 057 milliards de dollars
- PNB par habitant : $32 090
Le Japon a longtemps défrayé toutes les chroniques économiques : vaincu
de la Seconde Guerre Mondiale, en outre quasiment totalement dépendant
de l'extérieur pour ses matières premières et ses ressources énergétiques,
le Japon a pourtant su se hisser au 2ème rang de l'économie mondiale.
Quelle est donc la recette de cette réussite japonaise ?
L'examen du modèle japonais permettra dans un deuxième temps d'examiner
les mutations profondes que connaît aujourd'hui le Japon, mutations qui
peuvent aboutir à une remise en cause de ce modèle.
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1 le modèle japonais
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1.1 Un territoire parfaitement maîtrisé
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Le Japon ne dispose pas d'un environnement naturel des plus favorables
à son développement. Ces difficultés tiennent d'abord à son insularité
(archipel d'îles avec 4 îles principales mais plus de 4 000 îles au total)
; au relief montagneux (les montagnes couvrent 72% de la surface de l'archipel)
; aux aléas climatiques (typhons tropicaux, raz de marée) ; aux tremblements
de terre et aux éruptions volcaniques (le Japon appartient à la "ceinture
de feu" du Pacifique et les mouvements tectoniques tertiaires s'y poursuivent
au quaternaire. Le Japon compte quelques 192 volcans et les terres volcaniques
recouvrent 25% du territoire) ; à la faible importance des terres arables
(la SAU est une des plus petites du monde) ; à l'absence de matières premières
et de sources d'énergie (quantités infimes de pétrole, très peu de gaz
naturel, de minerai de fer, de charbon).
Cependant, la mer qui entoure le Japon, à la faveur de la rencontre entre
courants marins chaud et froid, est très poissonneuse. En outre, la végétation
japonaise est très riche et diversifiée (les forêts recouvrent près de
70% du territoire). Enfin, l'isolement insulaire du Japon l'a protégé
des invasions étrangères.
En dépit de conditions naturelles aussi difficiles, les Japonais ont su maîtriser
leur territoire : le réseau de transports est efficace et dense,
les Japonais ont su s'adapter à la petite taille de leur territoire en
pratiquant un contrôle démographique et en se concentrant dans les villes
où ils doivent se satisfaire d'habitations très petites en comparaison
de celles des autres pays développés. Ainsi, presque 80% de la population
vit dans les villes japonaises. Les concentrations démographiques sont
extrêmes atteignant des densités supérieures à 1 000 habitants par
Km2, en particulier dans la gigantesque mégalopolis.
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1.2 Une société originale
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La société japonaise, profondément originale, joue un rôle prépondérant dans
le succès économique japonais. Ainsi, l'identification de l'individu au
groupe est une des clés de voûte du système nippon. Ce holisme très poussé
joue à la fois au niveau de la cellule familiale, au niveau de l'entreprise
et au niveau de l'Etat. Ainsi, la soumission de l'individu au groupe permet
une très forte cohésion du corps social. De même, au niveau de l'entreprise,
les relations dans le travail s'inscrivent dans le cadre d'un très large
consensus social : le système rigide, discipliné et très respectueux
des hiérarchies est encore très empreint de paternalisme. Le sentiment
d'appartenir à une collectivité maintient la paix sociale. La conscience
aiguë de chaque citoyen japonais d'appartenir à une nation au destin singulier
est de surcroît renforcée par l'extraordinaire homogénéité ethnique du
pays (les étrangers forment seulement une communauté de 1, 5 million dont
la plupart sont des Coréens, puis loin derrière des Chinois).
Sur le plan religieux, la civilisation japonaise a intégré à sa religion
autochtone, le shintoïsme, des apports extérieurs, en particulier ceux
du bouddhisme et du confucianisme. Ces valeurs religieuses marquent les
mentalités japonaises. Par exemple, la notion de respect, le culte des
ancêtres et de la famille fondent la société japonaise.
Autre caractéristique notable du peuple japonais : son niveau d'éducation
élevé. Le Japon est en effet le pays où l'on trouve le plus grand nombre
de livres et de journaux par habitant. Le système scolaire élitiste est
fondé sur une sélection impitoyable qui permet à la fois d'entretenir
le culte du travail (les Japonais disposent de seulement 15 jours de vacances
par an) et de fournir aux entreprises un personnel qualifié.
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1.3 Un ancien pays atelier
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La structure du commerce extérieur japonais permet de comprendre la structure
traditionnelle de l'économie japonaise après la seconde guerre mondiale.
Ainsi, au début des années 1980, près de 50% des importations japonaises
étaient constituées de pétrole et d'autres produits énergétiques et un
peu plus de 17% étaient des matières premières. Seulement un peu moins
de 20% de ses importations étaient des produits manufacturés. Enfin, le
Japon était le plus gros importateur mondial de produits agricoles (10%
des importations). Au contraire, les exportations japonaises étaient à
plus de 90% des produits manufacturés.
L'examen de la structure de ce commerce extérieur appelle plusieurs commentaires.
D'abord, il rappelle la très haute dépendance du Japon vis-à-vis de l'extérieur
: tant au niveau du ravitaillement en matières premières et sources énergétiques
que pour les débouchés des produits japonais à forte valeur ajoutée. Ensuite,
le caractère largement bénéficiaire du commerce extérieur souligne l'efficacité
du commerce japonais qui s'explique à la fois par l'aide de l'Etat aux
exportations (et ce, depuis le début du siècle) et par l'efficacité très
poussée des maisons de commerce (sôgo shôsha) qui prospectent les marchés
étrangers pour chaque secteur et branche de l'économie japonaise.
Mais l'examen de la structure du commerce extérieur japonais témoigne surtout
de la structure de l'économie japonaise : le Japon était littéralement
devenu un pays atelier. Il a besoin de vendre pour acheter les matières
premières indispensables à son industrie et pour continuer à produire.
Cette situation résulte de la volonté des gouvernements japonais de faire
de leur pays une grande puissance industrielle malgré la faiblesse éclatante
des ressources naturelles.
Outre la volonté étatique, le succès économique du Japon repose également
sur la forte concentration industrielle : les zaikai, puissants groupes
d'affaires privés à la fois bancaires et industriels dominent et conditionnent
l'économie nationale.
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2 Les mutations japonaises
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2.1 Les mutations économiques
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Depuis les années 1970 et le réveil des NPI, le Japon a vu ses produits concurrencés
par les produits de bas de gamme des nouvelles puissances industrielles
du Tiers Monde. Confronté à l'affaiblissement des branches qui ont traditionnellement
fait son essor, le Japon s'est alors tourné vers les secteurs de pointe
et a engagé des capitaux considérables en recherche et développement.
Le Japon, jusqu'alors imitateur de l'Occident a délégué ces fonctions
aux NPI et devient un pôle de développement scientifique important.
Il occupe désormais un rôle prééminent dans les technologies de pointe
telles l'électronique, l'informatique ou les biotechnologies. Le Japon
est désormais un des pays du monde qui consacrent la plus forte part de
leur PIB à la R&D (3% du PIB) ; il y a aujourd'hui près de 9 actifs sur
1000 qui sont des scientifiques. Ancien pays atelier, le Japon transfère
désormais les fabrications à faible valeur ajoutée vers les pays à bas
salaires. Cependant, malgré la concurrence des NPI, les industries de
base (comme la sidérurgie) représentent encore plus de 25% de la production
industrielle.
Le Japon est devenu au cours des années le pays le plus riche du monde,
détenteur d'un tiers de la fortune mondiale. Il est donc naturellement
devenu un des plus grands pôles financiers avec la Bourse de Tokyo. Cependant,
la crise asiatique de juillet 1997 a montré les risques de la puissance
financière.
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2.2 L'ouverture sur l'Asie
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Une autre mutation majeure du Japon réside dans les liens nouveaux qu'il tisse
avec ses voisins. Des flux commerciaux de plus en plus intenses se développent
entre les pays de l'Asie du Sud-Est avec des flux de produits bruts dans
un sens et des produits manufacturés de l'autre. Le Japon est devenu un
des partenaires économiques principaux des pays de l'Asie du Sud-Est en
leur achetant des matières premières et en leur revendant des biens d'équipement.
Il a aussi délocalisé une partie de sa production en créant des filiales
étrangères ou en s'appuyant sur les entreprises locales. L'investissement
japonais est donc un des moteurs du développement de l'Asie du Sud-Est.
Les flux financiers sont encore plus importants. D'où une intégration financière
de plus en plus poussée qui n'est pas sans risque comme en témoigne la
généralisation de la crise asiatique à toute l'Asie du Sud-Est.
Cependant, la coopération économique du Japon avec les pays du Sud-Est asiatique
se heurte à des difficultés liées à l'Histoire. Ces derniers, victimes
de la dure occupation japonaise redoutent maintenant l'impérialisme économique
japonais. Les relations tendues avec la Corée du Sud, voisin le plus proche
témoignent de ces difficultés. Le Japon devra donc s'ingénier à faire
oublier ce lourd héritage du passé.
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2.3 Une société en mutation
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Les mentalités japonaises connaissent aujourd'hui une mutation considérable.
Les jeunes générations semblent réticentes à mener le même mode de vie
que leurs parents et recherchent un mieux-être. On peut dénombrer plusieurs
vecteurs de contestation du modèle japonais traditionnel.
Montée de l'individualisme et de l'hédonisme : Les jeunes générations
aspirent à un autre genre de vie où la consommation et les loisirs tiennent
plus de place. L'Etat d'ailleurs accompagne cette évolution en incitant
par exemple les salariés à prendre des vacances (campagne d'affiches "se
reposer permet de mieux travailler") alors que beaucoup de Japonais ne
prenaient même pas les congés qui leur étaient accordés. Le développement
du tourisme témoigne de cette montée de l'hédonisme. La vie quotidienne
difficile des Japonais est dénoncée : logements chers et exigus, coût
de la vie élevé, omniprésence du travail…
Crise du modèle productiviste : Le paternalisme dans les entreprises
est moins bien accepté par les jeunes générations qu'autrefois. D'autre
part, autre problème dans le monde du travail : la situation très difficiles
des PME sous-traitantes qui subissent la pression économique et financière
des grandes entreprises.
La montée de la contestation : Elle se développe à la fois chez les
femmes qui ont toujours connu des conditions de vie difficile (emplois
sous payés, rôles subalternes). Autre forme de contestation plus dangereuse
: celle des sectes qui se développent et dont la manifestation la plus
spectaculaire est l'attentat au gaz sarin par la secte Aoum dans le métro
de Tokyo en 1995. Ce mal être social est également perceptible dans les
taux anormalement élevés de suicide, en particulier chez les jeunes.
La montée des problèmes sociaux : Ces problèmes touchent différentes
couches de population. Le nombre très important de retraités lié à une
population vieillissante pose problème dans la mesure où leurs moyens
de subsistance reposent surtout sur l'épargne et ils ont donc été très
durement touchés par la Crise Asiatique. La Crise a également développé
un chômage qui représente moins de 5% officiellement, mais le double si
l'on utilise les critères européens. La remise en cause de l'emploi à
vie dans les grandes entreprises participe de ce même mouvement vers moins
de sécurité d'emploi.
L'ensemble de ces éléments crée un malaise social important dans la société
japonaise, renforcé par une moindre confiance dans l'Etat qui ne semble
pas en mesure de résoudre efficacement les problèmes auxquels fait face
la société japonaise (par exemple, le tremblement de Kobé en 1995 a été
mal géré par les autorités et elles ont été très critiquées).
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Conclusion
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Le Japon est aujourd'hui confronté à des choix de société majeurs. Il semble
que l'ancienne voie ne soit plus la bonne, tout du moins ne corresponde
plus à celle que les nouvelles générations veulent suivre. Qui plus est,
les problèmes sociaux qui apparaissent tout autant que l'ouverture de
plus en plus nette vers l'extérieur poussent également dans le sens d'un
renouveau que le Japon doit construire.
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