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Pascal : Grandeur et misère de l'homme
Impression facile
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Pascal jette une lumière crue sur la condition de l’homme. Il ne s’attache
pas seulement à ses faiblesses, à sa misère, mais aussi aux signes de sa grandeur,
visibles sous les ravages du péché. Il ne veut pas nous jeter dans le désespoir,
mais dans les bras du Dieu sauveur.
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1. Faiblesses et grandeur de l’homme
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A. «L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais c’est un
roseau pensant»
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Qu’est-ce que l’homme? Pascal nous le montre marchant entre deux abîmes:
l’infiniment grand et l’infiniment petit. L’homme apparaît ainsi comme «un milieu entre rien et tout», perdu
dans l’univers infini que nous dévoile la science. Cet univers est désenchanté.
«Son centre est partout et sa circonférence nulle part» (Pensées).
L’homme est de toutes parts dépassé
par la puissance énorme de la nature. Sa faiblesse est immense, ses sens
sont limités, son corps est infirme. Il erre sur un milieu vaste, «toujours
incertain et flottant», sans trouver de stabilité.
Mais l’homme pense. C’est là
sa grandeur. «Par l’espace, l’univers me comprend et m’engloutit comme
un point; par la pensée, je le comprends.» Si l’univers peut écraser l’homme,
l’homme est plus noble que ce qui le tue, car il sait qu’il meurt. Mi-corps,
mi-esprit, l’homme n’est ni ange ni bête. Mais qu’il ne cherche pas à faire
l’ange! car «qui veut faire l’ange fait la bête» (id.). L’homme ne doit pas chercher à ignorer sa condition
charnelle.
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B. Misères de l’intelligence
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Si la pensée nous distingue,
nous ne devons pas en tirer vanité, car notre intelligence est faible.
Aussi, bien penser, c’est d’abord regarder en face notre impuissance. Préjugés,
illusions, principes incertains, fragilité des preuves – le scepticisme en un
sens a raison: ce que nous savons le mieux, c’est que nous ne savons rien.
Nous sommes soumis à des puissance trompeuses: l’imagination*, d’abord, n’est pas une simple faculté
de l’âme, comme dit Descartes, mais une puissance qui domine l’homme et
se joue de la raison. «Maîtresse d’erreur et de fausseté» (id.), elle l’est d’autant plus qu’elle
ne l’est pas toujours! Elle s’immisce dans toute notre vie, agit en nous, sans
nous, et nous mène. Son pouvoir est celui des images, qui nous impressionnent
plus que la vérité, toujours froide et abstraite: elle grandit les petites choses,
amoindrit les grandes, nous détourne de l’essentiel, et nous attache à l’insignifiant.
Autre puissance: l’habitude (Pascal dit la «coutume»). Nous croyons naturelles des inclinations, des mœurs,
des idées, alors qu’elles ont été inscrites
en nous par la coutume. Ce que
nous appelons «nature humaine» n’est donc peut-être qu’un fruit de la culture.
Car si l’habitude est comme une seconde nature, il se pourrait bien que la nature
ne soit qu’une première habitude!
Qu’est-ce enfin que le MOI? Je crois bien le savoir quand je dis de
quelqu’un qu’il m’aime. Pourtant,
ce n’est pas moi qu’il aime, mais mon intelligence, ma beauté, ma fantaisie.
Si je perds ces qualités, il cessera de m’aimer, mais je ne cesserai pas d’être
moi. Mais où trouver le MOI en dehors de mon
corps et des qualités de mon âme? Il se dérobe à mesure qu’on croit le trouver,
comme un oignon qu’on épluche.
Sombre tableau! Mais ce n’est pas tout. Notre misère est plus radicale.
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2. Misère de l’homme
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A. Condition de l’homme
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Jetés dans un coin de l’univers, nous sommes dans la situation de quelqu’un
qui se réveillerait sur une île déserte sans savoir ni où il est, ni comment
il y est arrivé, ni pourquoi il s’y trouve. Nous n’avons qu’une certitude: notre
mort; un seul désir: être heureux. Tout le reste n’est que ténèbres. L’univers
est muet pour notre cœur; la science n’a rien à dire qui puisse nous consoler.
Dépendance, abandon, néant, voilà la condition de l’homme. Voilà ce qu’il
ne peut manquer de voir, s’il n’est occupé à rien. C’est pourquoi les hommes
n’aiment guère l’inaction: ils y sentent leur vide, et risquent de céder au
désespoir. Plutôt que de contempler
cet abîme angoissant, les hommes préfèrent s’en détourner: ils cherchent du divertissement*.
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B. Le divertissement
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D’où l’incessant «remuement» des hommes, les affaires, les passions,
les guerres, les charges – tous ces tracas qui les détournent de penser à leur
condition. Les hommes se dupent eux-mêmes,
disant chercher le repos quand ils cherchent l’agitation. Ce n’est pas
la prise qui compte à la chasse, mais la poursuite. «Nous ne cherchons jamais
les choses, mais la recherche des choses» (id.).
En voici la raison.
L’homme est un vide infini que
l’Infini seul pourrait combler. Le repos est bien notre fin, mais nous
le cherchons là où nous ne pourrons jamais le trouver: dans les biens terrestres.
Ne voulant pas l’avouer, nous préférons poursuivre indéfiniment notre course,
qui nous détourne des vraies questions.
Ceux qui s’arrêtent n’ont qu’une
alternative: le désespoir ou la conversion au vrai Dieu.
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3. La conversion
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A. Ni vanité ni désespoir
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Si notre intelligence est faible,
notre soif de vérité est réelle. Il ne faut donc pas tomber dans le désespoir
des sceptiques (pyrrhoniens), qui renoncent trop vite à la vérité. «Nous avons
une idée de la vérité, invincible à tout le pyrrhonisme; nous avons une impuissance
de prouver, invincible à tout le dogmatisme.»
Nous devons avoir conscience
à la fois de notre destination sublime et de notre impuissance. Notre
nature est en effet gâtée, corrompue. C’est un fait. Alors que nous sommes faits
pour la vérité, pour l’amour, nous sommes en proie à l’obscurité, à l’orgueil,
à la concupiscence.
L’amour-propre nous dévore: sa nature est
de n’aimer que soi, de vouloir être aimé de tous. Le MOI est injuste, il veut
se faire «centre du tout» et asservir tous les autres. En cela, «le MOI est haïssable». Quant à la concupiscence
elle est l’attachement démesuré aux biens terrestres: la chair, la connaissance,
le pouvoir. Notre meilleure volonté elle-même ne peut extirper ces passions
qui font notre malheur.
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B. Le péché originel
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Ainsi avons-nous une fin naturelle
– le bonheur – que notre nature elle-même, par sa faiblesse, semble nous empêcher
d’atteindre. Situation absurde! Seul le dogme mystérieux du péché originel
commis par Adam et Ève permet d’expliquer cette situation: notre nature présente
n’est pas notre nature originelle. Elle porte la tache du premier péché, dont
nous avons hérité la malignité et le châtiment. Notre faiblesse est la punition
du péché: c’est un mystère incompréhensible, qui seul rend compréhensible notre
condition. La raison doit accepter sa limitation. «Il n’y a rien de si conforme
à la raison que ce désaveu de la raison» (id.).
La religion chrétienne est la
seule conforme aux contradictions humaines parce qu’elle nous enseigne
à la fois notre corruption et notre rédemption. Lavant notre faute, régénérant
notre nature, la grâce du Christ nous rouvre la voie vers la béatitude éternelle.
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C. Le pari
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Pour essayer de convaincre les
athées libres-penseurs, adeptes du jeu, Pascal a imaginé un pari. La
vie est comme un jeu. Personne ne peut être indifférent à sa destinée. Or, sur
ce point, croire ou ne pas croire n’est pas indifférent. Que faire? De deux
choses l’une: soit vous pariez pour l’existence de Dieu, auquel cas vous devrez
vivre conformément à sa loi, soit
vous pariez contre. À chaque fois vous misez votre vie terrestre. Si Dieu existe:
vous gagnez la vie éternelle dans un cas, la damnation dans l’autre. S’il n’existe
pas, vous ne perdez qu’un bien fini: une vie de plaisirs impies. Le choix est facile: si petite soit la chance
que Dieu existe, on ne peut risquer la damnation éternelle et manquer la béatitude
infinie. Il faut donc parier que Dieu existe.
Ainsi la raison la plus calculatrice
dispose-t-elle à la conversion. Mais ce n’est là qu’un moyen adapté aux
libertins.
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D. La foi du cœur et la charité
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La vraie voie est la foi du cœur, qui est le mouvement même d’amour qui
nous porte vers Dieu. Le cœur n’est pas une vague sentimentalité, mais la partie
la plus intime de notre être. Il s’oppose aux démonstrations mais pas à l’intelligence.
La raison n’est pas contredite par lui mais dépassée. «Deux excès: exclure la raison, n’admettre que
la raison.» (id.)
Les preuves rationnelles sont
inefficaces avec les athées, inutiles aux croyants. De toute façon, elles
ne donnent pas la charité, la conversion intérieure, qui sont l’essentiel de
la religion.
Régénéré par la grâce de Dieu, le moi
de l’homme nouveau s’ouvre à la charité. C’est là un troisième ordre de réalité
au-dessus de l’esprit et des corps. L’amour
évangélique, qui est don de soi, qui rend capable d’aimer quelqu’un indépendamment
de ses qualités, est proprement surnaturel. «De tous les corps et esprits,
on n’en saurait tirer un mouvement de vraie charité» (id.). C’est la lumière divine elle-même.
Car Dieu est Amour. Le Dieu chrétien n’est pas le calculateur céleste
de Leibniz, le marionnettiste de Malebranche ou le garant des vérités éternelles
de Descartes; il est le vrai Dieu d’Amour, le
«Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, non des philosophes et des savants» (Mémorial).
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