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Peuplement et maîtrise du territoire en Russie
Impression facile
Introduction
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REPERES
- Capitale : Moscou
- Superficie : 17 075 400 Km2
- Population : 146 500 000 habitants
- Taux de fécondité : 1, 2 enfants par femme
- Densité : 8, 7 habitants par Km2
- Régime et caractéristiques : République, Etat fédéral, Pluralité des
partis, Présidentiel
- Découpage : 21 Républiques, 68 autres entités
- PNB : 384 milliards de dollars
- PNB par habitant : $2 620
Issue en 1991 de la décomposition de l'URSS, la Fédération
de Russie connaît de multiples difficultés liées à son immensité continentale,
la diversité de sa composition ethnique, sa croissance démographique ralentie,
son peuplement inégal, ses problèmes de communication et d'utilisation des
ressources.
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1 Un espace immense mal maîtrisé
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1.1 Le pays de la démesure
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La Russie reste le plus vaste pays du monde avec ses 17 millions de Km2,
ce qui représente 31 fois la surface de la France (40 fois aux temps de
l'ex-URSS). Elle s'étend d'Ouest en Est sur 10 000 Km de Saint-Pétersbourg
à Vladivostok et couvre 11 fuseaux horaires ; du Nord au Sud, elle s'étend
de l'Océan Arctique à la Mer Caspienne sur 3000 Km.
Les reliefs s'ordonnent très simplement : ils sont essentiellement composés
d'une plate-forme entourée de murailles montagneuses élevées. En effet,
la moitié Ouest du pays est constituée de deux vastes plaines, la plaine
russe côté européen, et la plaine de Sibérie côté asiatique. Elles sont
séparées par l'Oural, très mince barrière peu élevée (1 800 m pour ses
plus hauts sommets) mais qui constitue tout de même un obstacle naturel
de par ses cols peu nombreux mais relativement élevés et difficiles à
franchir.
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1.2 Les rigueurs du climat
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Ce n'est donc pas le relief qui pose problème en Russie mais bien plus le
climat. En effet, il est très rude : aucune latitude habitée ne subit
un hiver aussi long et rigoureux sur un territoire aussi vaste. Le climat
a toutes les caractéristiques de la continentalité : intensité et durée
du froid hivernal, amplitudes thermiques considérables (les amplitudes
qui atteignent 20 à 30°C en Russie d'Europe sont de 60°C en Sibérie),
saisons intermédiaires très réduites et des précipitations médiocres.
Ce climat est de plus en plus rigoureux à mesure qu'on avance vers l'Est.
Sur l'extrême Nord, règne le climat polaire. Dans ces régions les montagnes
accentuent le froid continental déjà glacial.
Les contraintes climatiques sont donc très fortes : froid très vif ici (sols,
cours d'eau et eaux marines gelés une grande partie de l'année), aridité
désertique ailleurs. Le froid est un lourd handicap pour l'agriculture
: l'hiver, le sol gelé en profondeur (merzlota) couvre près de la moitié
du pays. La zonation végétale reflète la zonation climatique : à la toundra
succède la taïga ou la forêt boréale et la forêt mixte puis la steppe.
Les terres de bonne qualité se regroupent pour l'essentiel dans la partie
européenne de la Russie.
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1.3 Des transports très insuffisants
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Les problèmes sont liés aux conditions naturelles (l'immensité du territoire,
le climat très rude) tout autant qu'à des problèmes économiques (déficit
de moyens d'équipement, difficulté pour trouver le financement nécessaire
aux investissements). Résultat de ces problèmes : les transports sont
très insuffisants pour maîtriser ce territoire immense.
Les chiffres témoignent de ce déficit cruel des transports russes : le réseau
routier russe est de 963 000 Km, sachant que le réseau français est de
892 500 Km et le réseau américain de 6 420 000 Km. Il est vrai que ces
deux pays ne souffrent pas des mêmes conditions climatiques extrêmes.
Cependant, la comparaison avec le Canada est tout aussi probante : le
réseau routier s'y étend sur 912 200 Km, ordre de grandeur identique certes,
mais pour une superficie totale du Canada (10 millions de Km2) plus petite
d'un gros tiers par rapport à celle de la Russie (17 millions de Km2).
Ces routes sont d'ailleurs en très mauvais état, mal entretenues et le
réseau est handicapé par la raspoutitsa, boue épaisse qui se forme lorsque
la partie supérieure de la glace fond.
D'ailleurs, le parc automobile est très réduit par rapport aux pays développés
: 78 pour mille habitants alors qu'en France, ce ratio est de 429, en
Allemagne de 488, au Royaume-Uni de 352, aux Etats-Unis, de 563.
La navigation fluviale est elle assez importante en Russie d'Europe sur la
Volga, mais dans le reste du pays, l'orientation des fleuves (Nord-Sud)
et leur paralysie par la glace une grande partie de l'année rend la navigation
fluviale très limitée.
Par conséquent, le rail domine les transports russes, l'axe majeur restant
le Transsibérien, doublé en Sibérie par le BAM (Baïkal-Amour-Magistral).
Il est en comparaison du reste des transports russes assez développé,
mais le réseau est surchargé et un quart du matériel est hors d'usage.
L'avion reste le seul moyen de désenclaver certaines régions du Nord et
de l'Est.
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1.4 Une nature généreuse
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Même si la perte de l'Ukraine a fait perdre d'importantes ressources
agricoles, et celle de l'Asie centrale outre les ressources agricoles,
des ressources énergétiques conséquentes (hydrocarbures), la Russie dispose
toujours de ressources naturelles gigantesques. Si la surface agricole
utile est réduite (à peine 12% du territoire), la Russie dispose d'une
immense réserve forestière, notamment grâce à la taïga avec ses conifères
et ses bouleaux.
Mais c'est surtout l'énorme abondance des richesses minérales et végétales
qui fait la richesse naturelle de la Russie, en particulier l'abondance
des combustibles fossiles. La Russie est ainsi le premier producteur de
gaz, le troisième producteur de pétrole, le sixième producteur de charbon.
Cependant, ces ressources ne sont pas toujours très facilement exploitables.
Un exemple concret avec la Sibérie qui contient à elle seule 80% du charbon
et des hydrocarbures russes. L'exploitation de ce potentiel est très difficile,
l'extraction se fait dans des conditions très pénibles. Les villes pionnières
de Sibérie rassemblent ceux qui, attirés par les hauts salaires, acceptent
ces conditions de vie extrêmes. Outre les difficultés d'extraction, le
transport de ces ressources pose aussi des problèmes non résolus : les
oléoducs doivent supporter les très grandes amplitudes thermiques du climat
continental et les distances à parcourir sont immenses.
Ainsi, la nature n'est pas si généreuse pour les Russes : malgré des ressources
naturelles très prometteuses, le climat très rude, les distances considérables
et les difficultés économiques (lacunes techniques, manque d'investissement…)
rendent cette nature bien inaccessible. Mais un autre grand facteur de
cette mauvaise mise en valeur du territoire réside dans son peuplement.
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2 Les problèmes de peuplement en Russie
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2.1 Une mosaïque ethnique
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Les Russes sont largement majoritaires (ils composent plus de 80% de
la population) mais du fait de l'Histoire, 25 millions de Russes vivent
à l'extérieur des frontières tandis que les peuples minoritaires, souvent
islamisés, représentent tout de même 30 millions d'habitants sur le territoire
russe. La diversité de ces peuples est grande même si la plupart sont
d'origine turco-mongole.
Cette diversité ethnique et religieuse (opposition entre l'Islam et
la religion orthodoxe traditionnelle des Russes, malgré l'oppression religieuse
sous le régime soviétique) est une source de tensions et d'instabilité
politique importante. La fédération de Russie composée de 89 unités
doit faire face à des revendications nationalistes affirmées. Ainsi, la
guerre de Tchétchénie qui a éclaté en 1994 témoigne de la vigueur de ces
tensions et des risques de rupture qu'elles peuvent générer. La République
de Sakha ou du Tatarstan militent elles aussi pour leur indépendance.
La Russie devra-t-elle faire face à un nouvel éclatement territorial ?
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2.2 L'inégale répartition de la population
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Elle est aussi une des sources de tension car elle est intimement liée à une
exploitation du territoire très inégale et à des conditions économiques
tout aussi différenciées que nous examinerons dans un second temps. Comme
en Chine, les inégalités de peuplement sont telles que la densité moyenne
d'un peu moins de 9 habitants par Km2 n'est pas du tout significative.
En effet, plus des 3/4 des Russes se concentrent sur la Russie d'Europe,
soit à peine un quart de la superficie totale. A l'opposé, sur 2/3 du
territoire, la densité est de moins de 1 habitant par Km2. Au delà de
l'Oural, les densités se réduisent en effet de façon drastique et la zone
de peuplement se limite à une bande étroite le long du Transsibérien.
Cette répartition très inégale de la population traduit directement l'échec
des tentatives de prise de possession et de peuplement des espaces hostiles
en Russie engagées d'abord par le Tsar puis par le pouvoir soviétique.
Un autre échec à mettre à l'actif des autorités réside dans la dénatalité
aiguë qui touche la Russie actuellement. L'indice de fécondité est un
des plus bas au monde (1, 2 enfants par femme), celui du Canada qui est
déjà exceptionnellement bas étant de 1, 5 enfants par femme. Ce taux de
natalité ne risque pas de remonter compte tenu des difficultés économiques
et sociales de la Russie actuellement et ne risque pas non plus d'accélérer
le peuplement des zones vides du territoire.
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2.3 Une très grande disparité entre les régions
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Le résultat de la non-maîtrise de l'immensité du territoire et de ce peuplement
très inégal est la disparité très forte qui existe entre les différentes
régions russes.
Le centre maîtrisé dominé par Moscou : La région qui entoure la ligne
Saint-Pétersbourg - Moscou - Rostov est la plus densément peuplée. C'est
la seule portion de territoire vraiment maîtrisée et développée. Le réseau
de transport y est relativement dense, l'administration relativement efficace.
Moscou et Saint-Pétersbourg en constituent les deux grands pôles dominants
avec respectivement 9 et 5 millions d'habitants.
Les marges du Centre, les régions de la Volga et de l'Oural : elles
restent assez développées. En effet, ce sont des pôles industriels essentiels
du pays. Ils sont constitués d'immenses complexes industriels bâtis autour
de centres urbains imposants comme Nijni Novgorod.
Les périphéries délaissées : Jadis alimentées par la colonisation d'Etat,
les régions du Grand Nord, de la Sibérie et les marges caucasiennes sont
aujourd'hui délaissées et s'éloignent du pouvoir central.
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Conclusion
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La Russie bénéficie encore d'un potentiel à la fois important et varié
mais semble aujourd'hui incapable de concrétiser ce potentiel. Le recours
sera peut-être dans une renaissance des liens avec les anciennes Républiques
de l'Union Soviétique. En effet, dans le cadre de l'ancienne Union, les
Républiques avaient des foncions économiques précises qui les rendaient
très dépendantes les unes des autres. Cette forte interdépendance devrait
les inciter à maintenir entre elles des liens économiques étroits qui
seraient salutaires pour ces Républiques.
Cependant, la renaissance de ces liens, si tant est qu'ils aient jamais
existé en dehors de l'autorité de la Russie Soviétique, se heurte à de
nombreux obstacles : la construction de ce "marché commun de l'Est - la
CEI, Communauté d'États Indépendants - passe par des compromis et des
concessions (sur le partage des ressources, de la dette qui s'élève à
quelques 55 milliards de dollars ). Les accords sont d'autant plus délicats
à réaliser que la Russie semble affirmer sa tendance à dominer les autres
républiques et que les oppositions entre nationalités suscitent des affrontements.
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