|
|
<< Retour |
Peut-on dire d’une société qu’elle est malade ? (15/20)
Commentaire du correcteur
Ces propos agréablement et fermement présentés témoignent d’une réflexion capable de faire appel à des éléments de culture philosophique et historique. On aurait pu s’attendre cependant à ce que vous envisagiez plus explicitement la question de principe : est-il fondé de recourir au concept de maladie pour rendre compte de certains phénomènes sociaux, et quel type de compréhension de la société cela engage-t-il ?Dissertation de l’élève
| Des philosophes de l’Antiquité à ceux du XX-ème siècle en passant par les Lumières, tous ont réfléchi sur la notion de société. Chaque homme appartient à de nombreux groupes sociaux, la famille, la nation en sont. Or des conflits peuvent surgir entre les droits des individus et les intérêts de la collectivité. Dès lors, il est légitime de se demander si une société qui représente une valeur dans la mesure où elle enrichit et épanouit chacun, ne peut pas être malade. En fait, l’Histoire est l’histoire de la naissance, du développement, de la transformation et de la décadence de sociétés et l’historien peut affirmer que certaines, en un sens, ont été ou sont malades. |
|
| Une société est une réunion d’hommes qui, de fait, vivent ensemble de par leur naissance, ou qui ont souhaité le faire par des caractéristiques communes, langue, culture, religion, histoire… Ce sont des hommes qui cherchent à améliorer leur futur en unissant leurs forces : ’ L’impuissance où se trouve chaque individu de se suffire à lui-même, et le besoin qu’il éprouve d’une foule de choses ’ (Platon, La République) le pousse à fonder une société. Une telle société peut prendre diverses tailles, diverses formes. La plus petite et certainement la plus importante est la famille au sein de laquelle grandit un enfant et qui est pour lui un milieu d’éducation irremplaçable. Au-dessus de la famille, cette fois, pour instruire le futur citoyen et assurer une certaine sécurité permettant le développement, les habitants d’un même lieu se regroupent et forment une micro-société villageoise ; ce fut le cas au Moyen-Age en Europe ou pendant la conquête des Amériques. A l’échelle encore supérieure, la cité de type grec ou la Nation gouvernée par un Etat rassemblant sujets ou citoyens sont autant de sociétés. Mais toujours, la société vise à promouvoir une vie commune éclaircissant l’avenir de tous. Chacun n’y pratique qu’un métier dans une division du travail ; on y institue une unité monétaire pour faciliter les échanges et le commerce, la vie de tous en est plus aisée. Ainsi la société réalise une sorte de pacte entre ses membres, un pacte social. L’union des hommes est supérieure à la somme de leurs forces particulières : ’ chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ’ (Rousseau, Du Contrat social). Bien qu’elle prenne parfois un sens plus officiel (Cité, Etat…), une société n’est, à son origine, qu’un système officieux qui vise au mieux-être de l’homme. Aussi, dans ses buts une société est-elle immédiatement et toujours fonctionnelle. Dès lors qu’elle existe, elle contribue à la santé de la communauté qui la compose. Une société est nécessairement quelque chose de positif ; une famille, comme une patrie, défend toujours ses enfants. Dans le cas contraire, elle se dissout d’elle-même, disparaît et n’existe plus. Pour subsister, une société s’impose et impose à ses membres des règles - les lois dans les Etats -. Chacun a le devoir de se soumettre à ces règles qui sont le bien de tous. Or, puisqu’une société peut s’imposer des règles, elle peut également les abroger. Ainsi, un règlement malheureux qui s’avère néfaste à la bonne marche de la société peut-il, en théorie, être immédiatement supprimé. Dans son sens premier, une société ne peut donc pas être malade ; si elle le devient, elle disparaît d’elle-même ; si elle se sent le devenir, elle a le pouvoir de se rétablir dans le droit chemin de l’intérêt général. Cependant, lorsqu’elle revêt des allures plus officielles, certains symptômes peuvent apparaître qui caractérisent habituellement les maladies des hommes qui la composent. |
bien
oui |
| Qu’est-ce qu’une société malade ? Quand peut-on dire d’une société qu’elle est malade ? Une société est malade quand elle commet des fautes, lorsqu’elle multiplie les fautes, lorsqu’enfin, elle ne les répare pas. Spinoza évoque le fait qu’une société peut ’ perdre la raison ’, elle fait des écarts, s’écarte de son but philanthrope. Mais elle est aussi malade lorsqu’une crise naît entre ses membres, lorsque les intérêts de chacun ne convergent plus vers ceux de tous. Ces deux causes ont pour unique origine, directe ou indirecte : l’injustice. Une société s’étant destinée à ouvrir un chemin à l’avenir de tous se doit d’être juste. La justice est dans l’essence d’une société qui vise au mieux-être de chacun. L’injustice apporte discorde et jalousie, fatales à une bonne entente. Or, en l’absence d’ordre, la justice disparaît, l’injustice triomphe et la société ne peut plus fonctionner utilement. Une société a donc besoin d’ordre et donc pour cela, d’une autorité qui décide, exécute ou réprime, qu’elle soit monarchique, oligarchique ou tyrannique. ’ Il faut un chef et non pas seulement un libérateur. ’ (Rousseau, eod op). Aussi l’autorité qui décline, qui n’est plus respectée, qui disparaît est néfaste à une société. Tant que les hommes sont prêts à respecter les cadres qu’ils se sont définis, la société se porte bien. Elle devient malade si ces cadres disparaissent, s’ils sont détruits. ’ Le principe de la vie politique est dans une autorité suprême ’ (Rousseau, eod op) qui exige le respect. La nation est soumise aux règles, sinon ce n’est plus qu’une chimère, affirme Spinoza. Mais ’ les peuples ainsi que les hommes ne sont dociles que dans leur jeunesse, ils deviennent incorrigibles en vieillissant ’ (Rousseau, eod op), et ce serait tomber de Charybde en Scylla que de passer d’un anarchisme trop libertaire à un absolutisme injuste. L’autorité peut, au fil du temps, se transformer, être transformée ; le pacte social institue le souverain qu’il soit peuple ou homme, mais le souverain doit le respect au pacte social ; s’il le viole, il s’expose non seulement à l’irrespect mais aussi à la déposition. La démocratie dégénérant en flatterie, l’aristocratie en ploutocratie, la monarchie en tyrannie sont toutes des formes de maladies pour les sociétés. Le rapport domination - sujétion doit être maintenu dans son strict équilibre. Et pour Rousseau, c’est grâce à la loi que celui-ci est conservé : ’ Un peuple libre obéit, mais il ne sert pas ; il a des chefs et non des maîtres ; il obéit aux Lois, et c’est par la force des Lois qu’il n’obéit pas aux hommes. ’ En l’absence de ces lois, bientôt le tribun aspire à la tyrannie. Et tandis qu’une hiérarchie trop peu importante révèle une faiblesse de l’autorité, une hiérarchie trop forte apporte injustice ; non seulement, elle est onéreuse mais en plus, l’affection du peuple pour ses chefs invisibles s’étiole. Un Etat petit est souvent plus fort et solide qu’un grand car il est mieux structuré. D’autre part, comme l’ont écrit Platon, Montesquieu et Rousseau, une autorité nécessité deux, voire trois pouvoirs: si les puissances qui établissent les règles et celles qui les appliquent et les protègent ne sont pas séparées, alors le chemin est pavé aux détournements de pouvoir et usurpations qui déstabilisent les sociétés. Une société où l’injustice naît, porte en elle les germes d’une maladie interne à laquelle elle ne peut survivre. L’Histoire montre comment la maladie se développe et se propage dans une société jusqu’à son anéantissement si aucune mesure de redressement n’est rapidement prise, rétablissant des bases saines. |
Le rapport entre les deux notions de faute et de maladie demande à être élucidé. |
| Pour ne pas être malade, une société ne doit pas perdre la notion de bon sens, sans laquelle elle finit par agir contre elle-même, contre son intérêt et court inévitablement à la ruine. L’autorité qui la gouverne ne doit pas être aveugle. En second lieu, refuser les soins pour un homme malade est éminemment dangereux. Les maladies du corps réussissent toujours par apparaître ; se laisser gouverner par le mal n’est pas honnête. De même, une société qui serait consciente de sa maladie et qui ne s’en soucierait pas, qui ne prendrait pas les mesures nécessaires à sa résorption serait coupable. Que des problèmes internes naissent est inévitable ; que personne ne s’en préoccupe, là est la véritable maladie. Rome, consciente du problème de la citoyenneté en Italie, montre sa grandeur en commençant par briser la rébellion, puis lui accorde ses revendications par la Lex Julia de Civitate (90 AC). En revanche, en 476, les étrangers sont plus nombreux à Rome que les Romains et l’Empire millénaire s’effondre. L’apparence de la santé par l’indifférence au mal est la plus grave maladie qu’une société ait à combattre. Le remède est dans la division de l’autorité entre ceux qui établissent la morale et ceux qui la défendent. Ainsi elle n’est plus concentrée aux mains d’un seul dont l’intérêt peut être différent de l’intérêt commun. La société d’Ancien Régime est décédée de cette maladie dont elle n’a pas voulu voir en Molière ou Beaumarchais les représentants. L’oppression tyrannique d’un seul, la Grande-Bretagne, fut le motif de l’indépendance états-unienne : ’ But when a long train of abuses and usurpations pursuing invariably the same object evinces a design to reduce them [the People] under absolute despotism, it is their right, it is their duty, to throw off such government, and to provide new guards for their future security. ’ (Déclaration d’Indépendance). Enfin et surtout, les règles des hommes ne doivent pas aller à l’econtre des lois des dieux. Anigone ne peut obéir au roi et aux dieux, elle est grandie, il est puni. Et Plato dénonce également l’inutile multiplicité des règlements face à quelques lois claires. Dix Commandements suffisent à régir le monde. Enfin, l’école de la Troisième République avait pour devise : ’ Le peuple qui a les meilleures écoles est le premier peuple. ’ En effet, les enfants présents sont les futurs membres de la société et devront décider en harmonie avec la raison. Leur éducation, leur instruction est donc primordiale pour l’avenir. Une société à l’école malade est une société malade. La société états-unienne minée par la violence possède un système scolaire défectueux. Des sociétés malades,dans un suprême effort, réussissent à reprendre pied, renaissent : ce sont Sparte, Athènes après les tyrannies, Rome après la dictature, la France après la Révolution. A chaque fois, il faut une période de convalescence qui exige beaucoup de sacrifices, mais la société est remise sur les rails ; après une sorte de pugatoire, la vie recommence. D’autres succombent à leur maladie, Athènes en décadence, Rome implose, les Mérovingiens s’endorment, l’Espagne s’effondre… elles périssent à jamais. |
oui
oui
oui |
| Une société au sens premier du terme, n’est pas malade. Si tel est le cas, elle disparaît. Cependant, dans un champ plus vaste ou plus simplement dans la période qui précède la destruction, l’historien constate l’apparition de maladies qui, si elles ne sont pas vaincues, se révèlent fatales. Une société repose sur un équilibre instable qui peut être rompu par le plus insignifiant événement. D’autre part, Socrate et Rousseau ont constaté que les sociétés menaient à la guerre. Il faut donc se demander s’il existe une société idéale. Ce ne peut être qu’une société où nul n’empiéterait chez l’autre en cherchant à se développer ; enfin, nos devoirs moraux nous prescrivent des obligations envers l’humanité tout entière ; est-ce une société humaine, une société mondiale ? |
' '








ou complétez le formulaire ci-dessus :