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Peut-on se fier au sentiment de liberté ?(16/20)
Commentaire du correcteur
Bon devoir. Vous auriez pu simplement développer davantage ce que vous dites à la fin sur le rapport entre libération et connaissance. Et certaines confusions subtiles (connotations) font que vous accordez à votre thèse du déterminisme plus que ce que l’on pourrait lui reconnaître.Dissertation de l’élève
| Le mot de ’ liberté ’ se trouve être ressassé dans des contextes si variés (devises nationales, appels à la guerre, slogans politiques, manifestations commémoratives, titres d’ouvrages...) qu’il semble bien difficile d’en proposer une définition positive satisfaisante. Pourtant, avant d’engager un débat sur le sentiment que l’on peut éprouver de sa liberté et sur la fiabilité de ce sentiment, il convient de dégager ce qu’on entend par ce mot de liberté et en quelles circonstances on peut en ressentir l’existence. On tentera alors de déterminer si cette liberté peut être entravée par des facteurs dont on n’est pas conscient, et, le cas échéant, s’il faut en conséquence, renoncer à toute quête de la liberté. |
Soit |
| La notion de liberté nous est si chère, si essentielle, qu’il est possible de l’appréhender dans des contextes très différents qui sont soit externes, c’est-à-dire extérieurs à nous-mêmes, soit internes, c’est-à-dire manant de notre personnalité. Dans la première catégorie, nous pouvons inclure la liberté physique qui nous permet par exemple d’effectuer un effort musculaire, les libertés sociales, civiques et politiques qui nous octroient, par exemple le droit de disposer de notre personne (Habeas Corpus), le droit d’opinion, de réunion, de vote ou d’expression, la liberté économique qui, par exemple, garantit le libre-échange, la liberté de l’offre ou de la demande, des prix ou des salaires. Dans la seconde nous citerons les libertés psychologique et morale qui impliquent la possibilité d’un choix entre des tendances ou des valeurs opposées, et la liberté métaphysique, sorte de liberté absolue, indépendante, bien entendu, des contraintes extérieures, mais aussi de toute détermination intérieure. C’est ainsi qu’il semble plus facile de donner du mot ’ liberté ’ une définition négative, à savoir, l’absence de contrainte, car ce n’est qu’après s’être affranchis des contraintes que nous pouvons espérer faire l’expérience de notre liberté. |
oui
oui
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| Le sentiment que nous avons de notre liberté varie évidemment en fonction des circonstances qui nous le font éprouver. Quand pensons-nous faire l’expérience d’une liberté physique ? Tout simplement lorsque nous choisissons de résister à la force de la gravité ou encore à la sensation de douleur causée par un effort musculaire. Nous pensons faire l’expérience de notre liberté vis-à-vis de la société et de ses organes politiques, administratifs, judiciaires et autres lorsque nous enfreignons délibérément la loi ou tout autre principe de l’ordre établi, ou simplement de la bienséance. Il en est de même pour le commerçant qui se réjouit de pouvoir faire monter à sa guise les prix de sa marchandise, de l’employeur qui se félicite d’embaucher, de débaucher ou de faire baisser les salaires selon son bon vouloir, et aussi du tyran sanguinaire qui se glorifie d’être le maître de l’univers. La vie morale elle-même implique la liberté car comment pourrions-nous parler d’obligation morale si nous n’avions pas la liberté d’obéir ou de désobéir aux préceptes moraux, c’est-à-dire de choisir entre le bien et le mal ? Nous pouvons mêmes éprouver notre liberté vis-à-vis de connaissances et de pensées qui pourraient nous transcender en nous abstenant de les considérer. Nous nous soustrayons ainsi à ce qui devait exiger notre assentiment et nous manifestons ainsi la puissance de notre libre-arbitre. C’est enfin dans l’exercice de notre libre-arbitre, lorsque nous commettons un acte gratuit, que nous nous sentons le plus à même d’éprouver notre liberté. Bossuet disait que ’ pour sentir évidemment notre liberté, il faut en faire l’épreuve dans les choses où il n’y a aucune raison qui nous penche d’un côté plutôt que d’un autre ’. Dans Le Prométhée mal enchaîné, Gide fait déclarer à un garçon de café : ’ J’ai longtemps pensé que c’est là ce qui distingue l’homme des animaux : une action gratuite [...] un acte qui n’est motivé par rien ’. Dans Les Caves du Vatican, il fait commettre à un personnage un crime immotivé. Nous sentons bien que c’est là que réside notre essence. Ce qui fait de nous de hommes, en opposition avec les animaux qui agissent par instinct, c’est cette liberté de choisir nos actes et même disait Sartre, notre naissance puisque nous avons toujours la possibilité de nous suicider. Et pourtant, si nous éprouvons notre liberté, jamais nous ne la prouvons vraiment. Alain disait qu’ ’une preuve de la liberté tuerait la liberté ’. L’existence des mythes, comme celui de la fatalité antique, de religions qui admettent un ou des dieux tout-puissants et tout particulièrement de théories comme celles de la prédestination nous font pressentir que notre liberté peut être limitée par des entraves dont nous n’avons pas la connaissance, la conscience qui, par là, n’en sont que plus redoutables. | oui
les notions ne sont pas synonymes |
| Quelles peuvent être ces entraves ? Certaines reposent sur une simple ignorance des causes et des conséquences de nos actes. Il suffit alors de démonter le mécanisme de la logique interne de ces actes ou choix libres pour en prouver l’absurdité. Ainsi le régime du libéralisme économique ne garantit qu’une liberté économique abstraite qui se traduit concrètement par la domination de ceux qui possèdent les instruments de travail sur ceux qui ne possède que leur force de travail. C’est le principe du ’ renard libre dans le poulailler libre ’. Dans l’expérience de l’effort musculaire, nous avons le sentiment de choisir la douleur, mais n’avons-nous pas un motif pour faire cet effort, tel que le désir de réaliser une performance athlétique ou de nous prouver à nous-mêmes notre liberté ? Quand nous agissons à l’encontre des lois et des règles de la société, nous avons toujours un motif : la cupidité, l’envie, la colère, le sentiment d’une injustice ou tout simplement encore le désir de nous prouver que nous sommes les plus forts, que nous sommes libres de ne pas obéir. Et si, au contraire, nous agissons conformément à l’ordre établi parce que nous pensons être en accord avec ses préceptes, qui sait si notre jugement et nos goûts ne sont pas faussés par l’influence de notre éducation et de notre environnement qui, en quelque sorte, nous impose ses moeurs, et ses habitudes par une lente imprégnation ? Ainsi le consommateur est-il libre du choix des produits qu’il achète ou l’esclave des maléfices de la publicité ? Comment se fait-il que nos goûts changent et que souvent, nous finissions par apprécier les produits mis en avant par la mode ? Quand l’électeur dépose son bulletin dans une urne, celui-ci exprime-t-il comme il le croit son libre-choix d’un candidat ou émane-t-il de l’organisme de propagande le plus virulent ? Les résultats de certains référendums sont parfois stupéfiants. Et les opinions politiques dont il se réclame sont-elles issues de sa propre délibération ou bien la résultante des différentes forces qui l’agitent et le manipulent à son insu ? De même le choix entre le bien et le mal en morale n’est nullement un choix indépendant. L’attrait de certaines valeurs mises en honneur par l’éthique de l’époque, la peur d’un châtiment divin dans l’Au-delà entrent en jeu. Et l’attrait violent et supérieur d’un plaisir ou d’un intérêt matériel conduira à un acte coupable d’autant plus inéluctablement que celui-ci aura perdu de sa noirceur. Même la théorie de l’acte gratuit ne résiste pas à un examen caustique en ce qu’elle introduit l’irrationnel dans le comportement humain. Un acte accompli sans motif, sans but, n’aurait aucun sens à l’échelle humaine et serait impensable, absurde. L’acte gratuit n’est-il pas déterminé justement par le désir de commettre un acte gratuit, de s’évader des comportements ordinaires ? Mais le fait que l’acte semble gratuit à son auteur ne prouve pas qu’il le soit vraiment car il peut être déterminé par des motifs inconscients. Spinoza disait : ’ l’illusion du libre-arbitre vient de la conscience de notre action jointe à l’ignorance des causes qui nous font agir ’. Et il donnait l’exemple de l’homme en état d’ivresse qui s’imagine bavarder librement ’ alors qu’au contraire il serait bien incapable de résister à l’impulsion ’ et que, de nouveau sobre, ’ il regrettera ses paroles inconsidérées ’. C’est aussi par impulsion que ce même ivrogne s’est précipité au bar sachant très bien que le lendemain il serait malade. Et le joueur qui court au casino et qui sera couvert de dettes, et l’avare qui se prive pour empiler son or, et le toxicomane qui se détruit... tous ces hommes ne sont pas libres et pourtant croient l’être. Ils sont gouvernés par des désirs profonds, par des passions qu’ils ne peuvent contrôler. ’ Nous sommes agités de bien de façons par des causes extérieures, et pareils aux flots de la mer, agités par les vents contraires, nous flottons inconscients de notre sort et de notre destin. ’ C’est encore Spinoza. Et depuis, la psychanalyse l’a bien montré ; certains actes dont nous ignorons les motifs ne sont pas des actes libres car nous sommes alors agis par des mobiles inconscients dont nous sommes encore plus les esclaves que nous les ignorons. Ainsi de nombreux crimes et délits sont déterminés par des complexes et des frustrations refoulées. Le kleptomane qui vole sans savoir pourquoi, sans chercher à tirer profit de son butin, révèlera sous la gratuité consciente de ses actes, le désir inconscient de compenser une frustration affective. Le crime ’gratuit représentera la décharge soudaine d’une agressivité inconsciente parce que précédemment refoulée. Et qui sait si l’homme qui choisit de se suicider n’a réellement plus envie de vivre, s’il est libre lorsqu’il prend la décision de mettre fin à ses jours ? Les suicides manqués seraient alors toujours suivis de récidives. |
Motif n’est pas Cause déterminante: c’est moi qui, en connaissance de cause, choisit de faire l’acte |
| On peut donc en conclure que, d’une façon générale, le sentiment intérieur, l’expérience vécue de la liberté n’ont aucune valeur objective. Ceci est bien démoralisant car notre sensation d’euphorie se voit remplacée par celle du poids de nos fers ou tout au moins par la conscience rétrécissante de nos limites. Mais tout dans l’Homme est limité, ses forces, son intelligence, ses pouvoirs, la durée de son existence ; pourquoi seul le sentiment qu’il a de sa liberté serait-il absolu ? L’absolu caractérise la divinité, si on en admet la potentialité, et non l’homme qui ne doit pas pour autant renoncer à toute quête de sa liberté, mais se satisfaire d’une liberté limitée par la connaissance qu’il en aura. Une liberté dont il pourra se réclamer s’il accepte d’en poser lui-même les jalons. Rousseau disait : ’ L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté ’. Et le Père Lacordaire remarquait : ’ Entre le faible et le fort, c’est la liberté qui opprime et c’est la loi qui libère. ’ À nous donc d’opposer au mythe stérile du libre-arbitre la réalité concrète d’une libération progressive à partir d’une connaissance rationnelle sans cesse plus précise de nous-mêmes. |
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