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Plan détaillé : L’URSS dans la seconde guerre mondiale
Plan détaillé
| Dès qu’il y a coalition, il est bien difficile de déterminer quel fut le cobelligérant dont le rôle fut primordial. C’est notamment le cas pour la Seconde Guerre mondiale. Parce qu’elle n’entre que tardivement dans le conflit, parce qu’elle n’est en guerre qu’avec l’Allemagne et ses Etats vassaux, parce qu’elle mène les opérations militaires sans pratiquement aucune conjugaison avec les Occidentaux - donc de façon indépendante -, le rôle de l’URSS apparaît ainsi profondément singulier. Dans une première phase, elle s’en tient dans une position de neutralité dans la « guerre des impérialistes ». Attaquée par l’Allemagne le 22 juin 1941, elle mène la « grande guerre patriotique » en faisant face à l’essentiel de l’effort de guerre hitlérien. Enfin, le sort de la guerre étant joué en juillet 1944, elle pratique un jeu subtil en vue de tirer l’avantage maximum de ce que sera le monde de l’après-guerre. |
| Au cours des deux premières années de la guerre, l’URSS s’est tenue délibérément à l’écart du conflit opposant l’Allemagne nationale-socialiste et les Occidentaux. Les raisons de Staline ? Plus que probablement, laisser les protagonistes s’affaiblir mutuellement avant d’intervenir comme troisième larron dès qu’il aura reconstitué une Armée Rouge opérationnelle (en 1941-42). La prise de gages territoriaux (Pologne, Pays Baltes, Bessarabie, Carélie) ; le meilleur état de l’Armée Rouge en 1941 qu’en 1939 où la première campagne contre la Finlande fut lamentable ; le développement massif des industries de guerre notamment dans les arrières stratégiques de l’Oural et de la Sibérie. Mais la neutralité n’est pas pratiquée à balances égales : la propagande soviétique et celle du Komintern à l’extérieur présentent l’Angleterre et la France comme principaux fauteurs de guerre (étant qualifiées de l’infâmant « puissances impérialistes ») ; en novembre 1939, proposition de retour à la paix (la Pologne ayant disparu, les motifs de la guerre aussi) ; conclusion d’accords de collaboration économique avec le Reich (livraison de matières premières et de produits agricoles) ; télégramme de félicitation de Staline à Hitler le 22 juin 1940 lors de l’armistice avec la France. Comment interpréter cette attitude ? Trois hypothèses : l’aveuglement de Staline comme le suggéra Khrouchtchev en 1956 ; la solidarité naturelle des deux visages du totalitarisme comme le proclamaient les Occidentaux ; ou bien les nécessités d’une politique réaliste (la guerre ne profitant qu’à ceux qui ne la font pas) ?
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| L’Opération Barbarossa contraint l’URSS à participer au conflit et en fait de facto l’alliée des Occidentaux. La présentation à usage interne du conflit : « la grande guerre patriotique ». Plusieurs raisons : les désastres initiaux (au cours des six premiers mois, cinq millions de soldats hors de combat, la moitié de l’URSS européenne envahie, Léningrad et Moscou assiégées), la nécessité de mobiliser les peuples soviétiques contre l’agresseur (les conscrits sont invités à combattre pour la Sainte Russie et non pour Lénine, pour la Révolution ou pour le Socialisme) ; certes Staline fut puissamment aidé par les fautes allemandes (mépris à l’égard des untermenschen slaves, pillages et exactions systématiques à l’égard des civils, usage de la Blitzkrieg en dépit des contraintes de l’espace), mais il prit des mesures très claires pour galvaniser le peuple (libération des détenus du goulag - notamment les militaires victimes de la purge de 1937 -, fin des persécutions religieuses, souplesse dans la pratique de la collectivisation...). La présentation à usage extérieur : le retour à l’antifascisme des années 1934-39 qui avait séduit alors une partie de l’opinion occidentale. C’est pourquoi le Komintern est dissout (laissant entendre que l’URSS renonce à l’objectif de la Révolution mondiale, que les Partis Communistes extérieurs sont désormais indépendants et qu’ils sont disposés à jouer la pratique démocratique dans le cadre de nouveaux fronts populaires) ; l’URSS adhère à la déclaration des Nations Unies de 1942, laissant entendre qu’elle se rallie au projet rooseveltien de Système monde pour l’après-guerre. De ce fait, Staline peut bénéficier de l’aide américaine (limitée toutefois : des camions avant tout) et Roosevelt crut même qu’au fond Staline n’était qu’un « bon démocrate qui s’ignorait ». Ayant à faire face jusqu’en juillet 1943 à 75 % des effectifs et moyens de guerre allemands, l’URSS mobilisa des moyens considérables (des dizaines de milliers de chars, d’avions et de canons sont produits chaque année, l’Armée Rouge incorpore en quatre an 35 millions d’hommes). Mais aucun avantage décisif ne peut être obtenu avant juillet 1944 : la bataille de Moscou (décembre 1941) est une victoire tactique mais qui ne peut être exploitée ; durant l’été 1942, l’armée allemande perce en Ukraine en atteignant le Caucase et la Volga ; Stalingrad (février 1943) ne joue pas le rôle décisif dans l’issue du conflit puisque les Allemands réussissent à rétablir leurs lignes. C’est pourquoi Staline insiste tant pour que les Occidentaux ouvrent un second front. Le débarquement anglo-saxon en Afrique du Nord, puis en Italie contraint Hitler à retirer des troupes du front Est. De ce fait l’Armée Rouge grignote les positions allemandes, remportant des succès tactiques (Koursk, été 1943). |
| Tout change avec le débarquement occidental du 6 juin 1944 en Normandie. Hitler ayant dû retirer à nouveau des troupes à l’Est, l’Armée Rouge lance douze millions d’hommes dans l’offensive du 11 juillet 1944. Le front allemand s’effondre ; dès lors, le sort de la guerre est scellé. Commencent les arrières pensées et les manoeuvres destinées à l’après-guerre. Sur le plan stratégique, l’Armée Rouge réalise une manoeuvre en tenaille. Encerclant dans les Pays Baltes un groupe d’armées allemandes, la branche Nord atteint la Vistule mais interrompt brutalement en août 1944 sa marche vers l’Ouest pour laisser les Allemands écraser l’insurrection de Varsovie, imprudemment abandonnée par le gouvernement nationaliste replié à Londres et faire ainsi place nette au comité communiste de Lublin, créature soviétique sans assise en Pologne. Pendant ce temps, profitant de la défection de la Roumanie, la banche Sud remonte le cours du Danube, envahit la Hongrie, donne la main à Tito en Yougoslavie et pénètre dans les Balkans. Sur le plan politique, ce que redoutent alors Occidentaux et Soviétiques à la fois, c’est un possible renversement des alliances de dernière minute. C’est pourquoi les uns et les autres multiplient les gestes destinés à rassurer le partenaire de la Grande Alliance. Tandis qu’agonise l’Allemagne, prise en étau, se déroule en février 1945 la conférence de Yalta, au cours de laquelle, au grand dam de Churchill, Roosevelt accepte de laisser Staline occuper la moitié orientale de l’Europe en échange d’une déclaration commune sur l’Europe libérée, un texte particulièrement vague et ambigü, donc susceptible des interprétations les plus opposées. Ecrasée, l’Allemagne capitule le 8 mai 1945. Reste à définir précisément le monde de l’après-guerre. C’est l’objet de la Conférence de Potsdam (juillet 1945). Pragmatique, Truman est convaincu que Staline ne partage pas la vision du Système-monde rooseveltien. |
| L’importance du rôle joué par l’URSS dans la Seconde Guerre mondiale suscita au lendemain du conflit des évaluations très diverses, s’expliquant tant par les passions soulevées par la propagande que par la propension naturelle de l’esprit humain à se tromper sur l’interprétation de son Histoire immédiate. Comme l’a fait observer F. Furet (Le Passé d’une Illusion), la Seconde Guerre mondiale servit avant tout à redorer le blason de l’URSS et du Communisme, dans l’opinion occidentale du moins. L’image sublimée de Stalingrad dissipa l’attitude équivoque des années 1939-40 et le souvenir des purges, de la dékoulakisation et de la terreur. Et c’est pour faire taire toute critique possible à l’égard de l’URSS que fut systématiquement cultivé le mythe de l’antifascisme, lequel ne fut jamais autant utilisé qu’une fois Hitler et Mussolini disparus. |
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