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Plan détaillé : les types de conflits depuis 1946 Plan détaillé | Le monde bipolaire, né au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, est incontestablement la clef de la vie internationale de la seconde moitié du XX-ème siècle. Doit-on pour cela lui faire porter la responsabilité des innombrables conflits ou tensions qui se sont déroulés durant la période ? Certains, et non des moindres, relèvent clairement de la logique d’affrontement Est-Ouest. D’autres, en revanche, lui échappent, même si se produisent des interventions ou des interférences des deux blocs. D’autres enfin, lui sont étrangers. | | I. Les tensions et conflits relevant de l’antagonisme Est-Ouest présentant un caractère original et constant : tensions dans les zones de rivalité cruciale et affrontements armés limités ou indirects dans les zones périphériques. A) Dans les secteurs jugés vitaux, il n’existe que des tensions. Parfaitement contrôlées, celles-ci ne dégénèrent jamais, en dépit de la gravité de la menace, en conflits ouverts. Divisée en trois secteurs d’occupation enclavés dans le Bloc Soviétique, Berlin-Ouest est une zone de tension majeure : blocus soviétique (mai 1948 - juin 1949), quand les Occidentaux décidèrent de façon unilatérale d’unifier politiquement leurs zones d’occupation en Allemagne ; exigence de la révision de son statut en ville-libre (1958-1960) et construction du mur (août 1961) quand Moscou tente d’arrêter la fuite vers l’Ouest des Allemands de l’Est; statu quo, l’arme au pied, ensuite lorsqu’il est clair que les Occidentaux ne remettront pas en cause le fait accompli et que l’URSS ne poussera pas plus avant son avantage. Scénario identique en ce qui concerne Cuba: les Etats-Unis y ont laissé Castro implanter un régime communiste (1959), ont échoué à le renverser, mais obtiennent (crise des fusées en octobre 1961) le retrait des armes stratégiques déployées par l’URSS; ils concèdent de ne plus chercher à renverser le régime castriste mais maintiennent un blocus économique de Cuba depuis lors. B) Parce qu’ils naissent d’erreurs d’évaluation, donc de dérapages, les affrontements armées (toujours situés dans les zones périphériques : Guerre de Corée (1950-1953), Guerre du Viet-Nam (1963-1973), Guerre d’Afghanistan (1979-1988)) demeurent géographiquement et militairement limités, les protagonistes prenant soirn de croire à la fiction du non-engagement réel de l’autre bloc. C’est seulement en tant que mandataires de l’ONU et non sous leur propre drapeau que les Etats-Unis combattent en Corée l’agresseur Nord-Coréen et, en dépit de centaines de milliers de "volontaires chinois, endivisionnés et dépendants pour leur logistique de l’Armée Rouge, Truman s’en tiendra à cette définition restrictive: d’où le refus de Truman de bombarder atomiquement le territoire chinois et de déneutraliser Taïwan. Au Viet-Nam, les Etats-Unis n’empêchent pasle ravitaillement du Nord (respect du "sanctuaire chinois") et utilisent dans le conflit la stratégie de la riposte graduelle. En Afghanistan, l’URSS intervient à la demande d’un gouvernement communiste, qui lui-même succède à un gouvernement prosoviétique qu’il a renversé et limitera son enggement à la lutte contre les guérillas afghanes pourtant ravitaillées en armes modernes par l’Ouest et disposant comme arrière du sanctuaire pakistanais. C) Il faut tenter d’expliquer ces tensions et ces conflits d’un genre inédit autant que particulier. En ce qui concerne les zones de tension, l’équilibre de la terreur nucléaire joue évidemment un rôle majeur dans la retenue dont font preuve les protagonistes, mais il faut tenir compte aussi du fait que les deux grands sont satsisfaits du partage bipolaire du monde en dépit de leurs déclarations publiques, qui leur permet d’assurer leur mainmise et la cohésion dans leur bloc respectif; peut-être conviendrait-il d’ailleurs de s’interroger sur la portée réelle de l’antagonisme idéologique des deux systèmes (44 ans de Guerre froide contre quelques mois de perspective de guerre). Quant aux conflits périphériques, leur déclenchement procède-t-il d’une intervention délibérée ? Rien n’est moins sûr: la Guerre de Corée naît d’une interprétation erronée par l’Est de ce que Washington considère ou non comme son périmètre défensif; elle finit par un compromis, le retour au statu quo ante dès que les protagonistes sont convaincus que l’autre est disposé à limiter ses ambitions à sa propre zone. La Guerre du Viet Nam naît également d’une évaluation fautive: les Etats-Unis ont cru que le facteur déstabilisant Est-Ouest était la Chine maoïste. Dès qu’il est convaincu du contraire (suites du schisme Sino-soviétique), Nixon entreprend le désengagement en Indochine et Moscou ne bronche pas lors des bombardements stratégiques du Tonkin qui forcent hanoï à traiter (fin 1972). L’URSS est enfin intervenue en Afghanistan lorsque la rébellion Khomeyniste a été ressentie comme une déstabilisation de son flanc Sud; elle l’interrompt lors de la nouvelle détente (1988) ayant auparavant d’ailleurs cherché à se dégager dès que la situation au Proche et au Moyen-Orient est devenue trop confuse (guerre Iran-Irak) et que s’opère un redéploiement stratégique en Europe (1982-84). | | II. Si, en fin de compte, les conflits et les tensions relevant de l’opposition bipolaire ont été contrôlés et donc limités, la situation est tout autre pour ceux nés de déstabilisations antérieures à 1945 et des développements ultérieus de celles-ci: les problèmes complexes et inextricables du Proche et du Moyen-Orient. A) Ceux-ci sont antérieurs en effet à l’avènement du monde bipolaire. La situation troublée de la région a pour origine le dépècement de l’Empire Ottoman en 1919, créant une géopolitique aberréante d’Etats artificiels, multiethniques (Irak), multiculturels (Liban) et micro-Etats (Koweit et Emirats), suite à l’ambition du Royaume-Uni de contrôler le pétrole et à l’exigeance de la france d’avoir sa part territoriale. Les promesses contradictoires faites par Londres (déclaration Balfour favorable au Sionisme en 1917, accords Mac Mahon avec les Hachémites en 1915) ont donné naissance à l’affrontement israélo-arabe et sa première forme au panarabisme. Quand au réveil iranien, il est lié au rejet du partage du pays en zones d’influence sous les derniers Kadjars (1921, avènement de Réza Pahlevi). B) jusqu’en 1956, la politique des deux Grands a été en fait étrangère à cette problématique. Les Etats-Unis n’ont eu, à vrai dire, qu’un allié unique et permanent dans la région: l’Arabie Saoudite (1931). Certes en 1947, ils sont favorables à la création d’Israël (Truman recherche le vote juif pour la présidentielle de 1948), mais l’URSS également (pour affaiblir le Royaume-Uni). C’est d’ailleurs les fournitures d’armementdu Bloc de l’Est qui permettront à Israël de l’emporter lors de la première guerre israélo-arabe (mai 1948 - janvier 1949). Lors de la crise Iran - Royaume-Uni (1951-53), Mossadegh utilise contre Londres l’argument du partage égal des royalties consenti par les Etats-Unis à l’Arabie Saoudite et recherche (en vain il est vrai) l’appui de Washington. La révolution antibritannique de 1952 en Egypte passe jusqu’en 1955 pour être manipulée par les Américains et ce n’est qu’après la Conférence de Bandoeng (1955) que Nasser proclame l’objectif d’un panarabisme moderne et laïc. D’où l’hostilité des Etats-Unis à son projet (contradictoire à leur conception du monde marché unique). D’où l’effort de l’URSS d’apparaître comme l’allié du nationalisme arabe (son objectif étant de prendre en main le mouvement non aligné). C’est pourquoi dans la Crise de Suez (1956), Moscou menace Londres et Paris, alliés d’Israël suite à la nationalisation du canal. C’est pourquoi Washington contraint les Français et les Anglais à cesser leur intervention et les Israéliens à évacuer le Sinaï, estimant que seul le soutien aux régimes arabes traditionnels permettra d’éviter la pénétration soviétique au Proche-Orient et le succès du Nassérisme (doctrine Eisenhower). C) L’engagement massif des Etats-Unis et de l’URSS dans les problèmes du Proche et du Moyen-Orient date seulement de la période 1967 -1973 au cours de laquelle ils deviennent les fournisseurs d’armes des différents protagonismes. Les Etats-Unis sont parvenus en effet à juguler le Nassérisme : intervention au Liban (1958), mise en échec de l’entreprise égyptienne au Yémen (1962). L’URSS a conclu des accords avec la Syrie (1966) mais après que ce pays ait rompu son union avec l’Egypte. Quant à l’Irak déstabilisé par de nombreux coups d’état et confronté à une révolte kurde, il fait primer sa rivalité avec Le Caire pour diriger le panarabisme. Ces dans ces conditionbs que survient la Guerre des Six Jours (juin 1967), troisième guerre israéloarabe, due à une manoeuvre maladroite de Nasser (demande du retrait des casques bleus du Sinaï) et conclue par une victoire totale d’Israël. Washington, n’exerçant pas cette fois-ci de pressions sur Israël pour l’évacuation des terres conquises, Nasser se résout alors à une alliance avec l’URSS tandis que les Etats-Unis remplacent la France comme fournisseur d’armes à Israël. Mais les deux Grands contrôlent très mal leurs Etats-clients : le terrorisme palestinien affirme son autonomie, l’Egypte et la Syrie déclenchent la guerre d’octobre 1973 sans même aviser Moscou, Israël durant le conflit cherche à éluder la promesse d’un cessez-le-feu sans vainqueur ni vaincu qu’il a fait à Washington en contrepartie d’un pont aérien pour renouveler ses armements. D) Aussi les deux Grands, qui ont failli être entraînés contre leur gré dans un conflit nucléaire du fait de leurs Etats-clients, conviennent-ils en quelque sorte, sinon de figer en la situation en l’état, du moins de la laisser évoluer selon la logique propre aux antagonismes régionaux. L’URSS a certes, de 1976 à 1979, l’image l’image de défenseurs de la cause arabe, mais les Etats pétroliers interrompent leur embargo pétrolier destiné à obliger les Etats-Unis à forcer Israël à règler le problème palestinien et l’Egypte rompt l’alliance avec l’URSS pour se rapprocher des Etats-Unis, puis conclure, sous l’égide de Crater une paix séparée avec Israël (1977-79). Quant aux Etats-Unis, ils laissent délibérément détruire l’Etat du Liban, fixant ainsi à l’armée syrienne son os à ronger et concluent de la situation complexe créée par le guêpier libanais pour ne pas exercer les pressions promises à Sadate et à l’Arabie Saoudite sur Israël en vue du règlement de la question palestinienne. Craignant par ailleurs l’émergence de l’Iran comme puissance régionale et pas mécontents non plus (plan Breczinwki) de déstabiliser le flanc Sud de l’URSS., ils appuient le renversement du Shah et l’avènement d’un régime islamiste. Certes la maîtrise du processus leur échappe (affaire des otages de Téhéran) mais l’inquiétude que suscite le khomeinisme dans les pays de la péninsule arabique entraîne l’Irak à attaquer un Iran désorganisé et affaibli avec l’appui financier des Etats pétroliers et militaire des Occidentaux (1980-88). Conflit meurtrier qui a pour conséquence l’avènement de l’Irak en tant que puissance militaire de la région mais aussi sa ruine financière et qui provoquera de ce fait en 1990 la Guerre du Golfe. | | III. En dehors du Proche et du Moyen-Orient, on ne constate pas en revanche d’interférences de l’antagonisme Est-Ouest. Pas plus dans les guerres coloniales que dans les conflits Sud-Sud, et particulièrement les guerres de type tribal qui ont déchiré et déchirent encore aujourd’hui l’Afrique, ou la tension sino-soviétique. Il faut se garder en ce qui concerne les conflits coloniaux d’être dupe des mots. Contrairement à ce qu’affirmaient les puissances coloniales., leur lutte n’était pas la défense de l’Occident contre des mouvements indépendantistes, fourriers du Communisme. Pas plus d’ailleurs que n’était vraie l’affirmation selon laquelle elle était le soutien sans faille des mouvements d’indépendance. Hormis l’engagement éphémère des Pays-Bas en Indonésie (1946-49) ou du Royaume-Uni au Kenya (révolte Mau-mau 1952) ou à Chypre (1954-58), les guerres coloniales sont le fait de deux puissances, la France et le Portugal, ambitionnant en théorie ou en réalité d’intégrer les territoires d’outre-mer. Or les Etats-Unis sont hostiles à ce projet qui va à l’encontre de leur idéal de monde marché unique. De 1945 à 1948, ils soutiennent, y compris en fournissant des armes au Viet Minh, les aspirations indépendantistes en Indochine. Au Maroc (1952-55) et en Tunisie (1952-54), ils prennent publiquement parti en faveur du sultan et de Bourguiba. Si Eisenhower ne s’associe pas aux condamnations de la France par l’ONU au sujet de la Guerre d’Algérie (1954-1962), la plupart des leaders politiques, notamment Kennedy, affirment leur soutien aux indépendantistes. Même attitude à l’égard du Portugal. Les Etats-Unis s’associent aux demandes de l’ONU et de l’OUA en faveur de l’indépendance de ses colonies d’Afrique en fournissant une aide matérielle et financière au FLNA en Angola et, si celles-ci accèdent à l’indépendance en 1974-75, elles le doivent au coup d’Etat militaire des oeillets, qui remet d’ailleurs le pouvoir aux factions se proclamant marxistes-léninistes. Les conflits Sud-Sud ont pour origine la décolonisation et le principe fondamental retenu: les frontières héritées des colonies pour les nouveaux Etats. En Asie, la partition de 1947 explique la tenion permanente entre l’Inde et le Pakistan et les trois guerres (1949-65-71); des divergences dans l’Hymalaya, le conflit sino-indien. Mais c’est surtout en Afrique que le problème s’est posé avec le plus d’acuité. Le caractère multiethnique et entièrement artificiel des nouveaux Etats est ainsi à l’origine de multiples conflits de type tribal: insurrection du Sud-Soudan contre le Nord arabisé, insurrection érythréenne en Ethiopie, anarchie au Zaïre, guerre du Biafra, conflits ethniques en Angola, Mozambique et namibie, guerres du tchad, conflit au Sahara occidental... L’antagonisme Chine - URSS enfin constitue un dernier type de tensions original. Rejetant la thèse de la coexistence pacifique et mécontente de ce que Moscou lui refuse l’acquisition de l’arme nucléaire, Pékin rompt en 1963, avec l’URSS et se pose comme la nouvelle Mecque du Communisme, contrecarrant notamment les initiatives soviétiques en direction des non-alignés. En 1968, des affrontements se produisent sur la frontière Amour - Oussouri mais ne dégénèrent pas en guerre ouverte. Outre le rapprochement entre la Chine et les Etats-Unis en 1972, la tension sino-soviétique donne lieu à un conflit singulier: la guerre du Cambodge (1978-91), dans laquelle Moscou et Pékin s’affrontent par Kmers provietnamients et Kmers Rouges interposés. | | Troisième Guerre mondiale, mais d’un type paradoxal puisqu’en fait il n’a jamais réellement eu lieu, l’affrontement Est-Ouest n’explique pas en définitive l’ensemble des tensions ou des conflits qui ont secoué le monde depuis 1946. Avec le recul, on a pu soutenir que la division bipolaire a été un facteur, sinon d’apaisement, du moins de stabilité ! Par un curieux paradoxe, nombre d’analystes ou de responsables politiques appréhendent même sa disparition, voyant en elle des risques très sérieux d’affrontements ouverts dans le futur : conflits régionaux, conflits Nord-Sud ou le réveil d’antagonismes ou de conflits qu’avait masqués pendant 45 ans la dyarchie planétaire entre Moscou et Washington. |
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