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Rousseau

1 Rousseau sensualiste
2 Rousseau et la politique
   2.1 La propriété privée bannit l'indépendance
   2.2 Le contrat social
   2.3 Les deux forces de la volonté générale


Impression facile

1 Rousseau sensualiste

 

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LE SENTIMENT D'EXISTER.

Jean-Jacques Rousseau est un philosophe français du siècle des Lumières. Il est donc contemporain de Voltaire, Diderot ou d'Alembert.

Rousseau a défini ce que pouvait être la sensation pure : la seule capable de me prouver que j'existe car je me sens exister. C'est une sensation non pas de quelque chose de particulier mais c'est la sensation de sentir "en soi" ; c'est quand la sensation ne s'applique plus à un objet.

C'est un véritable retour à l'origine même de la sensation. Rousseau dit : Je sens que je suis capable de sentir, c'est une capacité nouvelle que je découvre en moi, alors qu'auparavant je ne me savais que capable de porter ma sensibilité sur un objet précis.

Cette sensation pure, originelle, est celle que Rousseau va expérimenter lors de ses promenades dans la nature. Etudions d'abord l'expérience qu'il a écrit près du lac :

" Quand le soir venait je descendais des cimes de l'île et j'allais volontiers m'asseoir au bord du lac, sur la grève, dans quelque asile caché ; là le bruit des vagues et l'agitation de l'eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation la plongeaient dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m'en fusse aperçu. "
Les rêveries du promeneur solitaire - Cinquième promenade - Rousseau

Cette sensation pure passe tout d'abord par la "dilatation du moi". L'être sortant de lui et devenant le "moi cosmique" :

" Je sens des extases, des ravissements inexprimables à me fondre pour ainsi dire dans le système des êtres, à m'identifier avec la nature entière. "

Rousseau en arrive à ne jouir de rien d'autre sinon de lui-même, de sa propre existence ; il est heureux et non d'un bonheur relatif mais d'un bonheur pur, parfait, qui ne laisse à l'âme aucun vide qu'elle n'ait envie de combler ; tant que cet état dure :

" on se suffit à soi-même comme Dieu. "

Ce n'est pas l'univers qui est senti ; l'infini de l'univers coïncide avec ce point sans limite qu'est la conscience de soi ; c'est un "moi " situé en dehors de l'histoire et de l'espace. Le "moi" prend la mesure de l'univers (voir le Romantisme).

Ce sentiment d'existence n'implique aucun retour réflexif ; c'est une conscience sensitive, un moment originel où l'on se dégage des préjugés, de l'histoire, des normes, on se contente de sentir, on ne construit pas ce que l'on sent.

L'être n'est plus que sa sensation première, suspendue dans le vide.

C'est ce qu'on appelle le moment Condillacien, le cogito sensualiste d'après l'appellation de Georges Poulet dans son étude sur le temps humain. C'est une existence purement psychologique.

Pour exister nous n'avons que besoin de cette expérience psychologique du retour à soi-même où l'être, le sentiment de soi, l'existence coïncident.

Seule la sensation tire du néant :L'être n'existe que par la réalité de sa sensation.

" Bientôt de la surface de la terre j'élevais mes idées à tous les êtres de la nature, au système universel des choses , à l'être incompréhensible qui embrasse tout. Alors l'esprit perdu dans cette immensité je ne pensais pas, je ne raisonnais pas, je ne philosophais pas, je me sentais avec une sorte de volupté, accablé du poids de cet univers. Je me livrais avec ravissement à la confusion de ces grandes idées, j'aimais à me perdre en imagination dans l'espace, mon cœur resserré dans les bornes des êtres s'y trouvait trop à l'étroit, j'étouffait dans l'univers, j'aurai voulu m'élancer dans l'infini. "
Troisième lettre à Malesherbes, Rousseau.

Cette sensation pure nous offre la plénitude ; on se suffit à soi-même, on n'a plus besoin de l'extérieur pour exister. C'est quasiment une vision autarcique des choses, c'est une autonomie de la sensibilité, seul et grâce à la sensation on se saisi comme existence. La pensée discursive, réfléchie n'a plus lieu d'être ; c'est un véritable : "JE SENS, JE SUIS".

C'est un vrai sentiment de totalité, un retour à un en-deçà de toute expérience ; il n'y a plus d'avenir, plus de passé, plus de nostalgie ; la conscience s'exprime dans le présent, EXISTER c'est revenir à une qualité initiale, ce n'est pas s'inscrire dans un mouvement ;le temps est comme suspendu.

Résumons les attributs d'un tel sentiment d'existence :

  • C'est tout d'abord un bonheur qui ne laisse dans l'âme aucun vide , le temps et l'espace sont réappropriés.
  • C'est aussi la jouissance de sa propre existence.
  • C'est une autarcie, on se suffit à soi-même.
  • C'est enfin une sagesse qui fait que l'on ne désire pas l'impossible, l'inaccessible ; il suffit juste d'opérer un retour en soi que personne ne peut m'empêcher de faire, c'est un âge d'or que la société ne peut nous ôter.

Mais Rousseau, nous venons de le voir, parle de conscience à soi-même dilatée, mais il parle aussi de conscience minimale ; dans les deux cas c'est une sensation limite et non pas la sensation de quelque chose.

C'est pourquoi suite à un grave accident on se retrouve en présence des mêmes éléments ; on se retrouve aussi à la limite de l'existence où l'on ne saisit que le fondamental, le plus essentiel en nous. Rousseau s'est fait renversé par un chien, et à son réveil, son premier rapport au monde est une sensation encore floue, mal identifiée ;ici l'être se resserre sur ce qu'il y a de plus essentiel, il ne sait plus qui il est ni où il est ; seule existe la sensation pure.

Trois restrictions sont à noter :

--> suite à la plénitude de la sensation pure et à son extraordinaire possibilité de nous faire nous sentir exister, il est compréhensible que l 'on tente de multiplier les plaisirs dans le but encore une fois de se sentir exister ; le problème est que cela conduit bien souvent à des débordements.

--> un tel sentiment d'existence pose tout de même le problème d'être éphémère ; il ne semble déboucher que sur un sentiment d'existence en pointillés. La conscience sensualiste est une conscience d'exister fragile car si exister c'est sentir, beaucoup vont multiplier les expériences sensibles dans ce but.

--> comment ne pas succomber à l'usure de la sensibilité ? Cela est tout simplement dû à une méprise de la sensation pure qui n'est pas la sensation de quelque chose mais la sensation se sentant elle-même.


2 Rousseau et la politique

 

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2.1 La propriété privée bannit l'indépendance

 

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En effet tant que l'homme cultivait sa propre terre il n'y avait pas de dimension temporelle car il ne calculait pas le quand et le comment il allait vendre ; or dès qu'il y a propriété privée la terre n'est plus le bien de tous donc ceux qui se la sont accaparés peuvent avoir un ascendant sur les autres en leur proposant la vente de leurs récoltes ; le calcul entre en ligne de compte, la vie n'est plus orientée que vers le présent mais vers un futur et cela rompt le lien social à tout jamais.

Mais Rousseau ne condamne pas la propriété privée intégralement ; en effet elle peut être valable sous trois conditions :

  • Le travail et non la simple occupation des sols légitiment la propriété privée.
  • Le besoin de même la justifie car elle doit le contenter mais ne doit absolument pas entraîner le mercantilisme.
  • On ne possède la terre que si l'on effectue un travail dessus et non pas dans l'absolu.

Mais dès que va être introduite l'idée d'"amour-propre", c'est toute l'apparence extérieure qui va prendre le dessus et de simple possibilité de pouvoir subvenir à ses besoins la propriété privée va devenir une fin en soi car elle va marquer la supériorité que l'on peut acquérir sur autrui ; la personne va s'identifier à son "avoir" ce qui va consacrer le règne de l'apparence. La propriété privée n'a plus rien à voir avec les besoins physiques du départ.

Quelles sont les conséquences d'un tel système ?

--> La première conséquence est la servitude sociale car il n'y a pas assez de terres pour tous.

--> La deuxième conséquence est la pénurie.

--> La dernière conséquence est la violence que cette pénurie engendre car ceux qui ne peuvent plus subsister à leurs besoins mettent en œuvre la violence pour se faire entendre.

Ils doivent s'emparer par la force de leurs moyens de subsistance. Les hommes se trouvent alors dans une situation dont seul le pacte social peut les sortir ; ici finit l'état de nature et commence l'état civil.

Le pacte d'association est le premier pacte ; au terme de ce pacte les hommes acceptent de se soumettre à des lois communes ; c'est le passage d'individus isolés à des individus unis.

Le pacte de gouvernement est celui que passe le peuple une fois uni avec des magistrats auxquels il confie de faire respecter la loi. Le pacte de gouvernement intervient quand les individus n'arrivent plus entre eux à s'entendre sur les questions politiques.

L'association première n'est que le signe de la volonté faire stopper l'état de guerre.

Mais le pacte social porte en son sein sa dissolution car il ne sert que les intérêts des riches et de la propriété privée et oblige ainsi les pauvres à perdre même ce qui leur reste : leur liberté de décision. Cela ne pacifie nullement le corps social.

Or les lois sont instaurées pour mettre fin aux conflits et elles ne peuvent reposer infiniment sur une relation de force :

" Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit et l'obéissance en devoir "

Si la loi ne s'appuie pas sur la volonté des sujets, elle ne suffit pas à inscrire l'obéissance dans la durée.


2.2 Le contrat social

 

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La force a par nature un caractère instable ; le plus fort exerce sa domination aussi longtemps qu'il ne rencontre pas plus fort que lui. Il a donc besoin du droit pour se tirer de cette situation.

La soumission n'a pas pour motif la seule force physique mais un principe de légitimité : "je vais me soumettre car je ne pourrai y échapper mais aussi parce que cela est fondé en droit".

Le droit suppose toujours la liberté et son exigence se fait sentir quand la liberté est menacée. Il est une garantie de ce qui doit être et de ce qui n'est pas.

Là où il existe un rapport de force le droit n'a pas lieu d'être. Comment un tel acte pourrait-il être à la fois contingent, nécessaire, contraint et libre ?

La volonté générale est ce qui va fonder l'état ; ce n'est pas l'addition des volontés particulières, individuelles. C'est un contrat qui par définition signifie sacrifice de la part de tous les individus, c'est la volonté de tous diminuée de tous les intérêts particuliers incompatibles entre eux. Si les individus se sont mis d'accord sur l'abandon réciproquement consenti des intérêts divergents alors seulement se constitue la volonté générale. Elle est l'expression de l'unité d'une société.


2.3 Les deux forces de la volonté générale

 

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La volonté générale va avoir deux forces :

Elle fonde l'Etat en tant qu'elle est le constat d'une unité sociale.

Sous sa forme active elle fonde le souverain à savoir l'Etat, l'expression législative de la volonté générale : les magistrats au service du souverain.

Rousseau souligne alors dès lors un droit de révolte qui se résume par :

" quand on n'est plus obligé d'obéir on n'y est plus forcé ". Dans cet état où les membres ont librement accepté d'abandonner leurs intérêts particuliers au profit de la volonté générale et quand ils se sont dotés de lois auxquelles ils ont décidé d'obéir (chacun s'oblige à obéir à la loi qu'il s 'est lui-même prescrite) ; si un jour quelqu'un se trompe dans ses choix on pourra l'obliger à être libre ; c'est-à-dire que le jour où quelqu'un s'écarte de cette loi la société doit l'obliger à faire preuve de sa liberté, elle doit le forcer à être libre :

" L'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. "

" supposons un moment ce prétendu droit. Je dis qu'il n'en résulte qu'un galimatias inexplicable. Car sitôt c'est la force qui fait droit, l'effet change avec la cause ; toute force qui surmonte la première succède à son droit. Sitôt qu'on peut désobéir impunément on le peut légitimement, et puisque le plus fort a toujours raison, il ne s'agit que de faire en sorte qu'on soit le plus fort. "
Du Contrat Social
, Rousseau.

Cependant nous avons vu que le pacte social reposait sur des bases négatives puisqu'il perpétue le pouvoir du plus fort. Il fallait attaquer les inégalités à la racine en lieu de quoi le pacte social transforme l'usurpation en propriété juridique. L'absence de véritable cohésion, l'intérêt et la facilité que chacun a de transgresser la loi ou de la détourner à son profit, vont bientôt obliger la communauté à confier la charge des affaires publiques à des magistrats ; telle est l'origine du pacte de gouvernement. Le pacte de gouvernement est le complément nécessaire au pacte d'association. Le premier fonde l'autorité politique, le second en définit les conditions d'exercice en instituant l'Etat.

"Les peuples se sont donnés des chefs pour défendre leur liberté et non pour les asservir. "

Mais d'un autre côté la nécessité de confier l'autorité politique au gouvernement est déjà le symptôme des divisions de la communauté et de l'échec du pacte social à assurer un ordre stable.

La corruption va revêtir trois aspects : l'exercice du pouvoir va devenir l'enjeu d'une lutte de prestige soumise à la logique de l'amour-propre. Le gouvernement en s'arrogeant la position du souverain et de la loi lui qui originellement représentait l'unité populaire va faire place à l'arbitraire du prince. Et enfin, miné par les luttes pour d'ambition et la chasse aux privilèges, le corps social achève de se dissoudre.

Le pacte social de cette façon n'est plus qu'un lointain souvenir.

Alors que tout partait plutôt d'un bon sentiment vers un mieux-être politique, la société termine en convulsions totales et avec une servitude généralisée.

Le sauvage qui vivait en lui-même, en autarcie, semblait avoir plus de consistance que l'homme en société qui lui est enchaîné à l'opinion.



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