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Rousseau : Rousseau moraliste
Impression facile
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Du contrat social"
affirme l’importance essentielle des mœurs dans la réussite des institutions
politiques; mais comment réformer les mœurs? Émile
expose le projet d’une éducation morale de l’homme qui parte de l’homme
naturel: «Il faut étudier la société par les hommes et les hommes par la société:
ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n’entendront
jamais rien à aucune des deux.»
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1. L’éducation morale de l’individu
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A. L’amour de soi et les passions humaines
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La passion surgit dans l’homme avant d’avoir un sens et un but conscient:
l’adolescent «devient sensible avant de savoir ce qu’il sent». Inquiétude sans
objet, désir sans forme, c’est la passion en général. Il faut certes distinguer
les passions naturelles (l’amour de soi et ce qui en dérive naturellement),
et les passions sociales issues de l’amour-propre (cf. fiche 38).
L’amour de soi est le principe de la sensibilité humaine, l’origine de toutes
les passions. Amorphe, il doit être éduqué. L’amour est la première des
passions. L’amour naturel se satisfait de n’importe quel objet et ne dure pas.
Sous l’effet de l’éducation, l’amour de soi doit être étendu du souci de soi
seul au souci du couple.
La naissance à la morale n’est pas la naissance de la raison au-dessus de la
sensibilité des passions, mais l’éveil de la sensibilité morale. Avec
la sensibilité morale s’épanouissent l’imagination, l’intériorité, la conscience
de soi, qui caractérisent mieux l’homme que la raison.
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B. Le sens du bien et du mal
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L’amour de soi se modifie sous l’effet de deux causes: son développement interne,
d’abord, pousse l’homme à sortir de soi et à s’inquiéter des autres – c’est
la bonne voie; le souci des autres, à l’inverse, tend à dévier le principe sensible
de l’amour de soi en amour-propre, et tire avec lui le cortège des passions
perverses de la société.
L’amour de soi est bon, mais il n’est pas encore moral. L’homme est bon,
mais il n’est pas encore conscient du bien et du mal. L’homme qui tue un autre
homme n’est alors pas plus immoral que le taureau qui tue un autre taureau.
Le développement de la bonté originelle amène la conscience de soi en même temps
que la conscience du bien et du mal.
Les premières notions du bien et du mal découlent donc des sentiments moraux,
et non l’inverse. Justice et bonté, par exemple, sont à l’origine non
des notions intellectuelles, mais des sentiments.
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2. Autrui et soi-même au sein d’un monde moral
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A. La pitié
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Nous sommes bien disposés envers ceux qui
sont bien disposés à notre égard. Le rapport aux autres est donc dès l’origine
moral: il prend d’emblée le visage de la pitié.
Le sentiment de pitié est le développement naturel
de l’amour de soi étendu aux autres. La pitié consiste à souffrir de
ce qu’autrui souffre tout en se réjouissant de n’être pas à sa place.
Avec le sentiment primitif de la pitié,
Rousseau donne un fondement sensible et moral au lien social.
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B. La conscience
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L’homme prend conscience, avec l’aide de
sa raison, du bien de l’espèce humaine, et cherche à le réaliser: la pitié
se change en conscience*. La conscience est un critère naturel du comportement, universel,
intime toutefois, source du bonheur enfin, à la fois «sentiment intérieur» et
bon sens joint à la raison. Sa force ne nous pousse pas à agir, mais
nous en détourne: elle est contraignante, empêche de faire ce qui est immoral,
ou empêche de ne pas faire ce qui est moral.
La conscience est un principe sensible:
ce n’est donc pas la raison qui s’oppose aux passions, mais deux principes de
la sensibilité qui s’opposent entre eux. Le mal moral n’est pas dans les passions,
mais dans la soumission de la raison aux passions; de même le bien n’est pas
dans la raison, mais dans la soumission de la raison à la conscience: l’enjeu
du bien ou du mal, c’est la soumission de la raison, non à la raison.
La conscience est le véritable critère en
matière de religion. L’enseignement
religieux des hommes est aussi obscur et incertain qu’est certain et lumineux
le rapport naturel et direct de la conscience à la «Divinité». «Que d’hommes
entre Dieu et moi!», s’écrit Rousseau, doutant de toute religion révélée; que
d’intolérance dans les religions instituées! Cependant, la sainteté de l’Évangile
parle au cœur, et la religion naturelle lit sa foi dans la nature.
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