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Sade
Impression facile
1:L'homme
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Après ses études chez les jésuites* au collège d’Harcourt, Donatien-Alphonse
François de Sade commence une carrière prometteuse dans l’armée du roi, et épouse
en 1763 Renée Pélagie de Montreuil. Compromis dans des affaires de mœurs, il
est incarcéré pour crime de sodomie en 1778 au donjon de Vincennes, puis à la
Bastille. Libéré en 1790, il participe aux activités révolutionnaires. Mais
sa modération le fait arrêter, et il échappe de peu à la guillotine. Mais en
1801, les forces de l’ordre l’arrêtent de nouveau. Puis il est arbitrairement
interné à l’hospice de Charenton, où il décède en 1814, ayant passé presque
la moitié de sa vie en captivité.
L’essentiel des œuvres du marquis de Sade réside dans des romans
ou des essais, où triomphe le libertinage, mais beaucoup de ses ouvrages, écrits
en prison, ont été publiés à titre posthume, ou carrément détruits par la police
du Consulat ou de l’Empire : Les Infortunes de la vertu (1787), Aline et Valcour
ou le roman philosophique (1795), La Philosophie dans le boudoir (1795), Justine
ou les Malheurs de la vertu (1797), Les Crimes de l’amour (1800), Les 120 Journées
de Sodome (1904).
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2:Le philosophe
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Héritier paradoxal des lumières, le marquis de Sade écrit en philosophe.
Son œuvre abonde en théories, dialogues, démonstrations et expérimentations,
qui constituent une initiation à son anthropologie politique, c’est-à-dire,
une pensée qui vise à définir l’homme dans la cité. Reprenant les thèses sensualistes
de Condillac, il affirme que toutes nos idées nous viennent des sens, y compris
l’idée de Dieu, car « la crainte fit les dieux, et l’espoir les soutint ». «
La sensibilité, ma chère, dit en outre un personnage de ses romans, est le foyer
de tous les vices, comme elle est celui de toutes les vertus. » Produit par
la nature, et non par quelque dieu, l’homme est donc déterminé physiquement
par elle, mais libre moralement vis-à-vis d’elle.
Dans la cité, la religion est ainsi une imposture, qui a servi
jusqu’ici à établir les pouvoirs dominants. Les lois sont elles aussi l’instrument
ordinaire sous lequel s’abritent les tyrannies les plus odieuses. Par conséquent,
le marquis réclame la liberté de conscience, de presse et d’action. Mais bien
souvent sa pensée politique s’abandonne au scepticisme* ou au cynisme.
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3:L'immoraliste
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La philosophie du marquis débouche sur une morale radicale, dont
les conclusions choquent bien souvent. C’est qu’on a trop tendance à attribuer
à l’auteur toutes les thèses et attitudes de ses personnages. Pour l’essentiel,
cependant, sa morale, immorale si l’on veut, est du moins remarquablement lucide
et raisonnée. « Osons arracher le voile : le besoin de foutre n’est pas d’une
moins haute importance que celui de boire et de manger, et l’on doit se permettre
l’usage de l’un et de l’autre avec aussi peu de contrainte. »
Tout à fait naturel pour Sade, le plaisir sexuel est pensé de manière
autonome, débarrassé en amont de toute nécessité psychologique, car « l’amour
n’est qu’un préjugé national », et en aval, de toute perspective génésique,
d’où l’éloge de la sodomie. C’est une morale hédoniste : le plaisir se suffit
à lui-même. Le marquis fait donc l’apologie de la jouissance, mais non de la
possession sexuelle, car on ne peut posséder un être libre. Il récuse par conséquent
la nature du lien conjugal, et recommande l’adultère, bien plus conforme à la
nature de l’homme. Il réclame pour les enfants naturels, issus de ces relations,
les mêmes droits que pour les enfants dits légitimes. Il fait l’éloge de l’inceste
et de la prostitution, pratiques tout à fait naturelles à ses yeux, et qui ne
nuisent qu’à l’hypocrisie sociale ambiante. Il fait l’éloge des tribades (les
lesbiennes), plus sensibles, selon lui, que les autres femmes, et de la liberté
sexuelle en général.
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4:L'artiste
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L’œuvre du marquis de Sade est un tableau de mœurs du libertinage
de fin de siècle. L’auteur se plaît à mettre en scène la transgression érotique
sous toutes ses formes, mais il n’échappe pas toujours à la répétition. Malgré
tout, ses écrits sont une plongée effrayante dans les profondeurs fantasmatiques
de la sexualité. Le désir est selon les cas, sombre ou joyeux, euphorique ou
inquiétant, et il possède en lui-même une force contestataire, qui met à bas
l’ordre et les préjugés sociaux. Le style hésite entre le caractère épique*
et noir des 120 Journées de Sodome et l’analyse dialectique de La Philosophie
dans le boudoir.
On se saurait donc réduire l’œuvre de Sade au sadisme, loin de
là. L’influence souterraine du marquis, traversant les siècles, a touché les
surréalistes et Georges Bataille au xxe siècle. Mais ceux qui le condamnent
ne sont pas toujours ceux qui l’ont lu.
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