La transgenèse - ou transfert de gènes - est l’addition d’un gène étranger,
appelé transgène, mais aussi dans d’autres cas le remplacement d’un gène par
recombinaison homologue - et de le faire fonctionner dans un être vivant. L’organisme
ou la cellule, qui reçoit alors l’ADN étranger, est susceptible de réagir en
fonction de l’information génétique qui lui est transmise, par exemple en fabriquant
une protéine non synthétisée naturellement. Comme toute manipulation génétique,
la transgenèse nécessite la mise en oeuvre d’une succession d’outils et de techniques
de biologie moléculaire complexes.
« Entre accroître les rendements et sécuriser les récoltes de cultures exposées
à la sécheresse ou au froid, il fallait choisir », soulignait François Tardieu,
directeur du laboratoire d’écophysiologie des plantes sous stress environnementaux
à l’INRA, lors des récents entretiens d’Agropolis. En d’autres termes, pour
résister à ce genre de stress, les plantes appliquent souvent les mêmes recettes
: certaines réduisent la taille de leurs feuilles pour limiter la transpiration,
d’autres l’ouverture de leurs stomates pour mieux conserver l’eau présente dans
leur tissu. Et tout cela se fait au détriment de la production de la matière
végétale et donc des rendements.
« Ces mécanismes sont tellement essentiels que les agronomes, même en faisant
appel à la génétique, ont bien du mal à s’en affranchir », précise le chercheur,
se référant à des essais menés dans son laboratoire. Toute intervention dans
ce domaine a un coût dans la production de biomasse. La manipulation du génome
des plantes pour favoriser de telles adaptations est d’autant plus délicate
à réussir que les fonctions métaboliques essentielles des végétaux ne sont probablement
pas pilotées par un seul gène mais par plusieurs en interaction, selon un mode
de fonctionnement qui reste à découvrir.
La transgénèse réussira-t-elle tout de même à s’affranchir de ces lois physico-biologiques
apparemment insurmontables ? C’est l’espoir caressé par certains scientifiques
après l’exposé, effectué, fin mars, à la Conférence internationale sur la biotechnologie
du riz, par Maurice Ku de l’Université américaine de l’Etat de Washington.