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Différences fondamentales entre Keynes et les néo-classiques

Pistes  
lecture de Alain Samuelson et/ou Henri Denis

Réponse de notre équipe pédagogique :

Voici une fiche synthétique qui devrait vous aider : Le modèle Classique et Keynésien

Par « Classiques », on entendra, à la manière de Jacques Généreux, l’ensemble des modèles qui ont pour hypothèse centrale la parfaite flexibilité des prix, sans distinguer l’école classique, l’école néoclassique, les monétaristes ou les nouveaux classiques. On s’en tiendra également au seul aspect macroéconomique, même si les néoclassiques sont à la base des théories microéconomiques du producteur et du consommateur (raisonnement à la marge).

Par « Keynésien », on entendra les modèles économiques qui se basent sur des prix rigides à court terme (ajustement par les quantités) et qui sont donc inspirés par John Maynard Keynes.  

             I.      Le modèle Classique

Développé par des auteurs tels que Smith, Ricardo, Say , Malthus, Stuart Mill (Classiques, dès le XVIII° siècle) , Walras, Pareto, Menger, Pigou, Allais, Arrow, Debreu (néo-classiques, depuis la fin du XIX° siècle), ce modèle part d’une hypothèse centrale : les prix sont parfaitement flexibles et assurent un équilibre automatique et instantané de l’offre et de la demande sur tous les marchés.  

1.      Une logique de l’offre  

La logique à l’œuvre est une logique de l’offre : si les mécanismes de prix assurent instantanément l’équilibre sur tous les marchés, les agents n’ont pas d’incertitude réelle quant à la réalisation de leurs plans. Ainsi, les entreprises n’ont pas à se préoccuper des débouchés éventuels de leur production. Dans ce contexte, la demande globale ne joue pas un rôle déterminant (loi des débouchés de Say : l’offre crée sa propre demande).  

2.      La régulation par le marché rend impossible l’apparition d’une crise généralisée et durable.  

Il n’y a pas de chômage en dehors du chômage de recherche volontaire ou du chômage lié à des rigidités institutionnelles qui bloquent la libre négociation des salaires ; il n’y a pas de capacités de production inutilisées : le PIB effectif est égal au PIB potentiel.  

3.      Un résumé des grands équilibres  

La totalité du PIB est écoulée sans difficultés sur les différents marchés. Il n’y a jamais d’insuffisance de la demande. En effet, toute la production est transformée en revenu ; tout le revenu est utilisé en dépenses de consommation ou en épargne (pas de préférence pour la liquidité) ; toute l’épargne est orientée vers le financement des dépenses d’investissement grâce aux fluctuations des taux d’intérêt.  

La détention de monnaie permet un développement optimal des échanges, mais ne constitue pas une fuite susceptible de soustraire une partie du revenu à la dépense. Les agents n’ont en effet aucune raison de détenir de la monnaie en dehors du motif de transaction ; leur demande de monnaie pour ce motif est très stable. L’économie étant en permanence au plein-emploi, l’offre globale des biens et services ne peut varier ; en conséquence, les mouvements de la demande induits par les variations de la quantité de monnaie se reflètent entièrement dans le niveau général des prix (théorie quantitative de la monnaie). La monnaie n’a donc pas d’effet réel sur l’économie ; elle détermine seulement le niveau général des prix et n’agit ni sur les prix relatifs des biens ou des facteurs, ni sur l’emploi, ni sur la production.  

Dans ce contexte, il n’y a guère de place pour la politique macroéconomique. Les seules interventions nécessaires sont celles qui garantissent un fonctionnement concurrentiel des marchés et limitent les rigidités institutionnelles qui pèsent éventuellement sur les fluctuations des prix et des salaires. Il n’est même pas évident qu’une intervention publique soit nécessaire si les marchés mettent quelque temps à s’ajuster après un choc. En effet, comme l’a notamment suggéré Hayek, dans un contexte d’information imparfaite qui explique la lenteur d’ajustement d’un marché à de nouvelles conditions, la libre négociation et le libre tâtonnement du marché restent le meilleur moyen de révéler et brasser les informations nécessaires au retour vers l’équilibre ; dans cette optique, toute intervention publique pour « corriger » le marché risque de retarder l’ajustement en freinant ce processus irremplaçable de circulation de l’information.  

4.      Méthodologie

L’analyse est microéconomique. Plus précisément, le souci théorique est de développer une explication du fonctionnement de l’économie nationale qui dérive du postulat de rationalité des comportements individuels, ou qui, du moins, soit compatible avec ce postulat. Si les problèmes, à l’échelle nationale, sont toujours macroéconomiques, la théorie, elle, doit avoir des fondements microéconomiques.

L’analyse est statique et non dynamique. Ce qui se passe entre deux points d’équilibre et le temps que cela prenne ne constituent pas un sujet d’analyse très important quand on part du postulat que tout marché est automatiquement et instantanément équilibré grâce à la parfaite flexibilité des prix.

L’analyse se situe dans le long terme. Le long terme peut être considéré comme une période suffisamment longue pour que tous les ajustements nécessaires à l’équilibre des marchés aient eu le temps de s’opérer. En fait, cela revient à ne pas réellement prendre en compte le rôle du temps dans les processus économiques.

          II.      Le modèle keynésien

En 1936, John Maynard Keynes (1883-1946) publie La Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie qui s’oppose nettement au modèle classique. Certaines interprétations de la théorie de Keynes ont mis en avant son approche macroéconomique et le rôle du budget de l’Etat dans la régulation de la conjoncture. Toutefois, le véritable changement de méthode est ailleurs : il se situe sur le plan des fondements microéconomiques de l’analyse macroéconomique des classiques. Dans un univers d’information imparfaite, on ne peut pas faire confiance aux mécanismes de prix pour rétablir rapidement l’équilibre sur tous les marchés, comme le prétend la théorie de l’équilibre général. Que se passe-t-il dans l’économie si les ajustements ne se font pas par les prix (salaires, prix des biens, taux d’intérêt) mais par les quantités (production, emploi chômage) ?

1.      Une logique de la demande

L’approche keynésienne inverse le postulat de départ de l’analyse néoclassique. Les prix ne sont plus parfaitement flexibles, mais rigides à court terme : les agents sont donc obligés de raisonner à prix fixés et opèrent tout ajustement nécessaire en agissant sur les quantités (consommation, investissement, production, emploi…). Dès l’instant où les agents ne peuvent compter sur la flexibilité parfaite des prix pour équilibrer instantanément tous les marchés, il existe une incertitude réelle quant à la réalisation de leurs plans. Dans un univers où la réalisation des plans en termes de quantités échangées n’est pas garantie par un mécanisme d’équilibre automatique, les agents prennent leurs décisions en fonction de la demande anticipée pour les biens ou les facteurs qu’ils ont à offrir. Contrairement à la logique classique où l’offre crée sa propre demande, c’est à présent la demande effective à laquelle les agents s’attendent à être confrontés, à l’équilibre, qui détermine l’offre.

2.      L’enchaînement des équilibres

La logique néoclassique est inversée : ce n’est plus l’offre de facteurs qui détermine le produit national, mais la demande de produits qui détermine la production et donc la demande de facteurs et l’emploi. On part donc de l’équilibre sur le marché des biens et services, où le niveau de la demande globale effective confrontée à l’offre globale détermine le produit intérieur.

Mais l’équilibre du marché des biens n’est pas indépendant de l’équilibre monétaire. En effet, une partie importante de la demande globale, l’investissement, dépend du taux d’intérêt. Or, le taux d’intérêt n’est pas déterminé, comme dans l’approche néoclassique, par l’équilibre entre l’épargne et l’investissement, mais sur le marché monétaire, par l’équilibre entre l’offre et la demande de monnaie. Ainsi, il n’y pas dichotomie entre sphère réelle et sphère monétaire : une variation du taux d’intérêt entraîne des variations de l’investissement et donc des fluctuations du produit intérieur qui, à leur tour, modifient l’emploi.

Une fois déterminés simultanément le revenu (Y) et le taux d’intérêt (i), il reste à savoir si le produit intérieur assure le plein emploi des facteurs, et en particulier du facteur travail. La demande de travail est induite par le niveau du PIB. Ce dernier n’a en rien été fixé en fonction du travail disponible : il a été déterminé en fonction de la demande effective ; il n’y a donc aucune raison pour que le PIB assure le plein emploi ex ante. De plus, cet équilibre de sous-emploi peut être durable. En effet, sur le marché du travail, comme sur les marchés de produits, ce sont les quantités qui s’ajustent à court terme et non les prix : les salaires sont rigides. Même si les salaires étaient flexibles, comme dans l’approche néoclassique, cela ne garantirait pas le retour au plein emploi. L’économie peut donc rester en situation de sous-emploi sans qu’aucun mécanisme automatique ne se mette en œuvre pour corriger ce déséquilibre.

3.      Politique économique

L’équilibre de plein-emploi apparaît comme une situation exceptionnelle. Si l’on n’intervient pas, la situation normale est celle d’un déséquilibre, ou équilibre de sous-emploi. La politique économique doit alors intervenir, en relançant la demande effective.

Augmenter la demande de consommation. Il faut accroître le niveau de consommation en augmentant les bas revenus, dont la propension à consommer est plus forte. L’Etat peut accorder des revenus supplémentaires par la création d’emplois publics, et accroître ses dépenses de fonctionnement en général. De plus, en mettant en place une protection sociale, on augmente le niveau de consommation en réduisant les encaisses de précaution (partie de la monnaie détenue par les agents thésaurisée en prévision des risques liés à la maladie, à la vieillesse, à la famille et à l’emploi, et donc sortie du circuit de la demande).

Augmenter la demande d’investissement. Les taux d’intérêt faibles doivent inciter à investir, en permettant de redresser le rendement escompté des investissements. Par ailleurs, cela réduit le niveau des encaisses de spéculation (encaisses monétaires constituées afin de réaliser des plus-values boursières). Elles échappent à la demande, car elles ne financent ni la consommation ni l’investissement.

Un effet multiplicateur amplifie la relance. L’accroissement initial de l’investissement public ou privé provoque un accroissement plus que proportionnel du revenu et donc de la production. Plus la propension à consommer est forte, c’est à dire plus une partie importante du revenu créé par investissement est réintroduite dans le circuit, et plus l’effet multiplicateur est important.

4.      Méthodologie

L’imperfection de l’information et la rigidité des prix. Dans l’économie réelle, l’information circule imparfaitement. Les prix d’ajustent donc approximativement et avec retard aux transformations de l’environnement. Les prix sont rigides à court terme. Les quantités s’ajustent plus vites que les prix.

L’analyse est dynamique. L’équilibre économique n’étant jamais garanti a priori quand un marché quelconque subit un choc, le cœur même de l’analyse est constitué par l’examen des processus concrets de cheminement du point d’équilibre initial vers un nouvel équilibre.

L’analyse se situe dans le court terme. L’approche keynésienne suppose que le long terme néoclassique est vraiment long. S’il faut attendre des années pour que les marchés tendent vers les équilibres prévus, les préoccupations réelles des agents se situent, elles, dans le court terme.


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