Voici une fiche synthétique qui devrait vous
aider : Le modèle Classique et Keynésien
Par « Classiques »,
on entendra, à la manière de Jacques Généreux, lensemble des modèles
qui ont pour hypothèse centrale la parfaite flexibilité des prix, sans distinguer
lécole classique, lécole néoclassique, les monétaristes ou les
nouveaux classiques. On sen tiendra également au seul aspect macroéconomique,
même si les néoclassiques sont à la base des théories microéconomiques du
producteur et du consommateur (raisonnement à la marge).
Par « Keynésien », on entendra les modèles économiques
qui se basent sur des prix rigides à court terme (ajustement par les quantités)
et qui sont donc inspirés par John Maynard Keynes.
I. Le modèle Classique
Développé par des auteurs tels que Smith, Ricardo, Say
, Malthus, Stuart Mill (Classiques, dès le XVIII° siècle) , Walras, Pareto,
Menger, Pigou, Allais, Arrow, Debreu (néo-classiques, depuis la fin du XIX°
siècle), ce modèle part dune hypothèse centrale : les prix sont
parfaitement flexibles et assurent un équilibre automatique et instantané
de loffre et de la demande sur tous les marchés.
1. Une
logique de loffre
La logique à luvre est une logique de loffre :
si les mécanismes de prix assurent instantanément léquilibre sur tous
les marchés, les agents nont pas dincertitude réelle quant à la
réalisation de leurs plans. Ainsi, les entreprises nont pas à se préoccuper
des débouchés éventuels de leur production. Dans ce contexte, la demande globale
ne joue pas un rôle déterminant (loi des débouchés de Say : loffre
crée sa propre demande).
2. La
régulation par le marché rend impossible lapparition dune crise
généralisée et durable.
Il ny a pas de chômage en dehors du chômage de recherche
volontaire ou du chômage lié à des rigidités institutionnelles qui bloquent
la libre négociation des salaires ; il ny a pas de capacités de
production inutilisées : le PIB effectif est égal au PIB potentiel.
3. Un
résumé des grands équilibres
La totalité du PIB est écoulée sans difficultés sur les
différents marchés. Il ny a jamais dinsuffisance de la demande.
En effet, toute la production est transformée en revenu ; tout le revenu
est utilisé en dépenses de consommation ou en épargne (pas de préférence pour
la liquidité) ; toute lépargne est orientée vers le financement
des dépenses dinvestissement grâce aux fluctuations des taux dintérêt.
La détention de monnaie permet un développement optimal
des échanges, mais ne constitue pas une fuite susceptible de soustraire une
partie du revenu à la dépense. Les agents nont en effet aucune raison
de détenir de la monnaie en dehors du motif de transaction ; leur demande
de monnaie pour ce motif est très stable. Léconomie étant en permanence
au plein-emploi, loffre globale des biens et services ne peut varier ;
en conséquence, les mouvements de la demande induits par les variations de
la quantité de monnaie se reflètent entièrement dans le niveau général des
prix (théorie quantitative de la monnaie). La monnaie na donc pas deffet
réel sur léconomie ; elle détermine seulement le niveau général
des prix et nagit ni sur les prix relatifs des biens ou des facteurs,
ni sur lemploi, ni sur la production.
Dans ce contexte, il ny a guère de place pour la
politique macroéconomique. Les seules interventions nécessaires sont celles
qui garantissent un fonctionnement concurrentiel des marchés et limitent les
rigidités institutionnelles qui pèsent éventuellement sur les fluctuations
des prix et des salaires. Il nest même pas évident quune intervention
publique soit nécessaire si les marchés mettent quelque temps à sajuster
après un choc. En effet, comme la notamment suggéré Hayek, dans un contexte
dinformation imparfaite qui explique la lenteur dajustement dun
marché à de nouvelles conditions, la libre négociation et le libre tâtonnement
du marché restent le meilleur moyen de révéler et brasser les informations
nécessaires au retour vers léquilibre ; dans cette optique, toute
intervention publique pour « corriger » le marché risque de retarder
lajustement en freinant ce processus irremplaçable de circulation de
linformation.
4.
Méthodologie
Lanalyse est microéconomique. Plus précisément, le souci théorique
est de développer une explication du fonctionnement de léconomie nationale
qui dérive du postulat de rationalité des comportements individuels, ou qui,
du moins, soit compatible avec ce postulat. Si les problèmes, à léchelle
nationale, sont toujours macroéconomiques, la théorie, elle, doit avoir des
fondements microéconomiques.
Lanalyse
est statique et non dynamique.
Ce qui se passe entre deux points
déquilibre et le temps que cela prenne ne constituent pas un sujet danalyse
très important quand on part du postulat que tout marché est automatiquement
et instantanément équilibré grâce à la parfaite flexibilité des prix.
Lanalyse se
situe dans le long terme. Le long terme peut être considéré comme une
période suffisamment longue pour que tous les ajustements nécessaires à léquilibre
des marchés aient eu le temps de sopérer. En fait, cela revient à ne
pas réellement prendre en compte le rôle du temps dans les processus économiques.
II.
Le modèle keynésien
En 1936, John Maynard Keynes (1883-1946) publie La Théorie
générale de lemploi, de lintérêt et de la monnaie qui soppose
nettement au modèle classique. Certaines interprétations de la théorie de
Keynes ont mis en avant son approche macroéconomique et le rôle du budget
de lEtat dans la régulation de la conjoncture. Toutefois, le véritable
changement de méthode est ailleurs : il se situe sur le plan des fondements
microéconomiques de lanalyse macroéconomique des classiques. Dans un
univers dinformation imparfaite, on ne peut pas faire confiance aux
mécanismes de prix pour rétablir rapidement léquilibre sur tous les
marchés, comme le prétend la théorie de léquilibre général. Que se passe-t-il
dans léconomie si les ajustements ne se font pas par les prix (salaires,
prix des biens, taux dintérêt) mais par les quantités (production, emploi
chômage) ?
1. Une
logique de la demande
Lapproche keynésienne inverse le postulat de départ
de lanalyse néoclassique. Les prix ne sont plus parfaitement flexibles,
mais rigides à court terme : les agents sont donc obligés de raisonner
à prix fixés et opèrent tout ajustement nécessaire en agissant sur les quantités
(consommation, investissement, production, emploi
). Dès linstant
où les agents ne peuvent compter sur la flexibilité parfaite des prix pour
équilibrer instantanément tous les marchés, il existe une incertitude réelle
quant à la réalisation de leurs plans. Dans un univers où la réalisation des
plans en termes de quantités échangées nest pas garantie par un mécanisme
déquilibre automatique, les agents prennent leurs décisions en fonction
de la demande anticipée pour les biens ou les facteurs quils
ont à offrir. Contrairement à la logique classique où loffre crée sa
propre demande, cest à présent la demande effective à laquelle les agents
sattendent à être confrontés, à léquilibre, qui détermine loffre.
2. Lenchaînement
des équilibres
La logique néoclassique est
inversée : ce nest plus loffre de facteurs qui détermine
le produit national, mais la demande de produits qui détermine la production
et donc la demande de facteurs et lemploi. On part donc de léquilibre
sur le marché des biens et services, où le niveau de la demande globale effective
confrontée à loffre globale détermine le produit intérieur.
Mais léquilibre du marché des biens nest pas
indépendant de léquilibre monétaire. En effet, une partie importante
de la demande globale, linvestissement, dépend du taux dintérêt.
Or, le taux dintérêt nest pas déterminé, comme dans lapproche
néoclassique, par léquilibre entre lépargne et linvestissement,
mais sur le marché monétaire, par léquilibre entre loffre et la
demande de monnaie. Ainsi, il ny pas dichotomie entre sphère réelle
et sphère monétaire : une variation du taux dintérêt entraîne des
variations de linvestissement et donc des fluctuations du produit intérieur
qui, à leur tour, modifient lemploi.
Une fois déterminés simultanément le revenu (Y) et le taux
dintérêt (i), il reste à savoir si le produit intérieur assure le plein
emploi des facteurs, et en particulier du facteur travail. La demande de travail
est induite par le niveau du PIB. Ce dernier na en rien été fixé en
fonction du travail disponible : il a été déterminé en fonction de la
demande effective ; il ny a donc aucune raison pour que le PIB
assure le plein emploi ex ante. De plus, cet équilibre de sous-emploi
peut être durable. En effet, sur le marché du travail, comme sur les marchés
de produits, ce sont les quantités qui sajustent à court terme et non
les prix : les salaires sont rigides. Même si les salaires étaient flexibles,
comme dans lapproche néoclassique, cela ne garantirait pas le retour
au plein emploi. Léconomie peut donc rester en situation de sous-emploi
sans quaucun mécanisme automatique ne se mette en uvre pour corriger
ce déséquilibre.
3. Politique
économique
Léquilibre de plein-emploi
apparaît comme une situation exceptionnelle. Si lon nintervient
pas, la situation normale est celle dun déséquilibre, ou équilibre de
sous-emploi. La politique économique doit alors intervenir, en relançant la
demande effective.
Augmenter la demande
de consommation. Il faut accroître le niveau de consommation en augmentant
les bas revenus, dont la propension à consommer est plus forte. LEtat
peut accorder des revenus supplémentaires par la création demplois publics,
et accroître ses dépenses de fonctionnement en général. De plus, en mettant
en place une protection sociale, on augmente le niveau de consommation en
réduisant les encaisses de précaution (partie de la monnaie détenue par les
agents thésaurisée en prévision des risques liés à la maladie, à la vieillesse,
à la famille et à lemploi, et donc sortie du circuit de la demande).
Augmenter
la demande dinvestissement.
Les taux dintérêt faibles doivent inciter à investir, en permettant
de redresser le rendement escompté des investissements. Par ailleurs, cela
réduit le niveau des encaisses de spéculation (encaisses monétaires constituées
afin de réaliser des plus-values boursières). Elles échappent à la demande,
car elles ne financent ni la consommation ni linvestissement.
Un effet multiplicateur amplifie la relance. Laccroissement
initial de linvestissement public ou privé provoque un accroissement
plus que proportionnel du revenu et donc de la production. Plus la propension
à consommer est forte, cest à dire plus une partie importante du revenu
créé par investissement est réintroduite dans le circuit, et plus leffet
multiplicateur est important.
4. Méthodologie
Limperfection
de linformation et la rigidité des prix.
Dans léconomie réelle, linformation circule imparfaitement. Les
prix dajustent donc approximativement et avec retard aux transformations
de lenvironnement. Les prix sont rigides à court terme. Les quantités
sajustent plus vites que les prix.
Lanalyse
est dynamique. Léquilibre économique
nétant jamais garanti a priori quand un marché quelconque subit
un choc, le cur même de lanalyse est constitué par lexamen
des processus concrets de cheminement du point déquilibre initial vers
un nouvel équilibre.
Lanalyse
se situe dans le court terme. Lapproche
keynésienne suppose que le long terme néoclassique est vraiment long. Sil
faut attendre des années pour que les marchés tendent vers les équilibres
prévus, les préoccupations réelles des agents se situent, elles, dans le court
terme.