Pour ce sujet, il faudra dans un premier temps expliciter correctement la phrase
de Barthes, en s’appuyant le plus possible sur les oeuvres de Racine que l’on
connaît. Ensuite, il faudra remettre en cause la pertinence et/ou relativiser
cette phrase.
1 - la tragédie racinienne met en scène un échec
a - l’échec des personnages à communiquer
L’ une des raisons de l’échec des personnages est qu’ils ont souvent
du mal à communiquer
exemples :
• Dans Phèdre, l’entrevue de l’acte II, scène 5 n’est qu’un "fâcheux entretient"
pour Hippolyte alors qu’il s’agit d’une chance inespérée pour Phèdre.
• Iphigénie, à l’acte II, scène 2, parle presque enthousiaste d’un "pompeux
sacrifice", questionne son père, cherchant notamment à savoir si elle pourrait
participer à la cérémonie, alors que lui sait que c’est elle qui sera offerte
aux Dieux.
[Mais l’impossibilité de communiquer n’est pas la seule cause de la solitude
des personnages, les héros raciniens sont également souvent séparés de ceux
qu’ils aiment]
b - la faiblesse des personnages
Physiquement les personnages se révèlent parfois exténués : c’est particulièrement
le cas de Phèdre qui dès le début de la pièce et avant même sa première apparition
est décrite par OEnone comme une personne mourante. Son entrée en scène confirme
aussitôt les dires de sa confidente : "Je ne me soutiens plus, ma force m’abandonne
: / Mes yeux sont éblouis du jour que je revoi ; /Et mes genoux tremblants se
dérobent sous moi. " (Phèdre, acte I, scène 3)
Mais à cette faiblesse physique s’ajoute un épuisement psychologique. En effet,
les personnages de la tragédie racinienne sont souvent comme on le dirait aujourd’hui,
à bout de nerfs. C’est cet épuisement qui rend Phèdre si proche de la démence,
parfois. "Perdue dans un cauchemar, elle divague, mais ces hallucinations, en
apparence incohérentes, obéissent à une logique interne : elle se cristallisent
autour d’Hippolyte" écrivent Roger Mathé et Alain Crouprie.
c - l’échec final
La mort intervient systématiquement en fin de parcours.
2 - dans la tragédie, l’échec est avant tout parlé
et mis en scène : les modalités de la parole
a - le style racinien
Une force du drame racinien est la beauté du style. Les faits concrets se passant
en coulisse, tout est rapporté par le discours. Le "chant racinien" fait appel
à la clarté et au lyrisme. L’écriture joue sur la musicalité des phrases, le
rythme du texte, la richesse des images. Racine crée un effet de "sourdine"
(Léo Spitzer) pour atténuer l’horreur décrite en utilisant la périphrase, l’allusion,
la métaphore, l’oxymore, etc. Cette langue, quintessence du classicisme, est
"une alliance sans exemple d’analyse et d’harmonie" (Paul Valéry).
b - la modalité théatrale
le rôle de la mise en scène (cf. votre cours)
le choix des acteurs (timbre de voix, rythme, etc.)
3 - Au delà d’un échec qui se parle, la tragédie n’est
elle pas un spectacle réconfortant ?
a - le rôle du destin
Le destin est présent dans la tragédie racinienne : les personnages
n’ont qu’une marge de manoeuvre très limitée. Ils ne contrôlent
pas grand chose.
b - le rôle du destin implique qu’il n’y a jamais d’espoir dans la
tragédie.
Le spectateur n’est jamais surpris, jamais pris au dépourvu (contrairement
au drame). Ainsi, regarder une tragédie est une expérience réconfortante,
une descente agréable dans les tréfonds de l’âme humaine.