Le sujet présente de plusieurs facettes :
la réussite économique suffit-elle à assurer un développement
complet de la zone... :
- le développement est différent de la croissance : c’est un
concept plus complet et plus flou, qui comprend à la fois la croissance
économique mais également l’espérance de vie, le niveau
d’éducation, le niveau d’inégalités.
- toute la zone est elle développée équitablement ou
y a-t-il des disparités entre les pays / au sein de chaque pays ?
... et à lui donner une place de choix dans les rapports internationaux
:
- cette question est distincte de la première. Il s’agit de savoir
en quoi la réussite économique influe sur la puissance politique.
Introduction.
La FAP (façade Asie-Pacifique) a connu depuis les années 60 un
développement phénoménal. Le Japon, puis les NPIA (Corée,
Taiwan, Singapour, HK), puis les autres pays (Chine, Indonésie, Thailande)
ont connu une croissance économique record qui fait de la FAP le troisième
pôle de la triade, avec l’Europe et les Etats-Unis : en PNB total, elle
dépasse même les autres pôles. Nous verrons dans un premier
temps en quoi le développement de la FAP a été rapide et
exceptionnel. Nous montrerons ensuite que cette réussite économique
ne suffit pas toujours à un développement complet et équitable
de la zone. Nous mettrons enfin en relation la réussite économique
et le rayonnement politique, plus incertain, de la FAP.
1 - Une réussite économique incontestable et qui profite,
à des degrés divers, à l’essentiel des pays de la zone
A - En 1945, l’Asie est en friches mais subsistent les vestiges d’une culture
laborieuse propice à la croissance
- Ainsi, le Japon parvient à mobiliser l’ensemble de la population
pour moderniser le pays : la réussite économique est vue comme
une revanche face à la défaite de 1945.
- Le Japon entraîne dans son sillage la plupart des pays asiatiques
et exporte son mode de développement en "vol d’oies sauvages".
- Ce mode de développement étonne par son sérieux et
son aboutissement : contrairement à de nombreux pays en développement,
les pays de la FAP ne négligent aucune branche d’activité et
leur croissance n’est pas liée à des rentes de situations (pétrole,
etc.)
B - Des résultats incomparables :
Croissance économique entre 1972 et 1992 (en % par an)
| |
PIB |
PIB/hbt |
| Japon |
3,9 |
3,3 |
| Corée du S |
8,1 |
6,8 |
| Taiwan |
7,6 |
6,2 |
| |
|
|
| Indonésie |
5,9 |
3,0 |
| Chine |
8,3 |
6,7 |
| |
|
|
| (Etats-Unis) |
2,1 |
1,1 |
| |
|
|
On constate que les pays de la FAP ont connu une croissance très supérieure
aux Etats-Unis.
2 - Un développement pourtant souvent incomplet et inégal
A - les pays de la FAP diffèrent fortement par leur IDH :
| Japon |
0,981 |
| Corée du S |
0,971 |
| HK |
0,913 |
| Singapour |
0,848 |
| |
|
| Indonésie |
0,491 |
| Philippines |
0,6 |
| Thailande |
0,685 |
| Malaisie |
0,789 |
| |
|
| Chine |
0,612 |
| Viet Nam |
0,464 |
| Laos |
0,24 |
Les disparités sont, on le voit, fortes. Ceci est lié au décollage
plus tardif de certains pays ainsi qu’au contexte politique (guerre du VN, etc.)
B - Au sein de chaque pays, les inégalités peuvent être
fortes.
- Au Japon, en Corée : sociétés assez égalitaires,
salariat important, revenu élevé et bien réparti.
- En Indonésie, en Thailande : sociétés plus inégalitaires
(népotisme en Indonésie). Les émeutes de Djakarta l’an
dernier fournissent un bon exemple.
- Dans de nombreux pays, la diaspora chinoise joue un rôle majeur. Ex
: en Malaisie, les chinois représentent 10% de la population mais 90%
des richesses.
C - Vers un rattrapage des plus défavorisés ?
- A priori, les pays les plus en retard de la zone le sont pour des raisons
politiques / sociales :
- régimes non-démocratiques (communisme dur en Corée
du N)
- guerres
- Mais l’intensification des échanges commerciaux intrazone devrait
contribuer à une homgénéisation (bien que cela risque
d’exclure les pays sans façade maritime, comme le Laos)
3 - La réussite économique conduit-elle à une amélioration
du rôle politique de la FAP ?
A - Les pays de la FAP participent à l’APEC, association des pays
de la façade pacifique (y compris les Etats-Unis). Ceci leur donne une
visibilité et un rôle dans les échanges internationaux.
B - Certains pays se sont réunis, à l’image des Etats Européens,
afin de parler d’une seule voix.
ex : création de l’ASEAN.
C - Mais ceci ne suffit pas à peser comme un tout dans le jeu international.
Ainsi, il n’y a pas de réelle entente entre les pays leaders de la FAP
(Japon, Corée, Chine). Leurs relations sont souvent tendues et instables.
- La Chine, notamment, a des tentations impérialistes (Hong Kong handover
en 1997, tensions avec Taiwan)
- Le Japon est la première puissance de la FAP mais sa puissance politique
est bridée par l’héritage de la 2ème GM (pas le droit
à avoir une armée importante, etc.)
Conclusion : le développement économique de la FAP a stupéfait
les occidentaux. Néanmoins, la FAP est nettement moins homogène
que les deux autres pôles de la triade et son rôle politique encore
moindre. De plus, les récentes crises monétaires et économiques
(1997, 1998) ont montré la fragilité du modèle asiatique.
Encore aujourd’hui, les déboires de Daewoo en Corée montrent que
ce pays sont vulnérables.