Introduction
Il y a de manière générale une unité de la gauche dont les éléments les plus
caractéristiques sont d’ordre idéologiques : laïcité de l’Etat, école publique
et pendant longtemps le concept d’Etat Providence sont autant de combats ou
de caractéristiques qui permettent de regrouper le mouvement de gauche.
De 1945 à 1958
En 1945, les partis se réorganisent lors de la libération et la gauche résistante,
communiste et socialiste a gagné en importance, en poids et en légitimité. Le
parti radical, quant à lui a bien du mal à refaire surface. Ainsi, SFIO et parti
communiste s’allient au MRP, après la démission du Général De Gaulle, pour rédiger
une nouvelle constitution, c’est le tripartisme. Pourtant, le climat de libération
va bien vite laisser place au climat de guerre froide, l’alliance de la résistance
va alors être dépassée et le Parti communiste résolument exclu de la vie politique.
Le 7 mai 1947, c’est un socialiste P.Ramadier qui demande aux cinq ministres
communistes du gouvernement de démissionner. La rupture est consommée : le PCF
s’enferme alors dans une intransigeance doctrinale, " il n’est pas à gauche,
il l’est à l’est " (G.Mollet) alors que la SFIO en sort et participe volontiers
au gouvernement. Il faudra attendre 34 ans pour voir à nouveau des communistes
au gouvernement. Le Parti radical lui va alors profiter des institutions de
la IVème République pour retrouver son importance et appuie systématiquement
la SFIO au gouvernement. La SFIO soutient elle aussi d’ailleurs les présidents
du conseil radicaux à partir de 1954. C’est finalement la volonté de gouverner
et le jeu politique qui guide la SFIO de Mollet dans ses alliances bien plus
qu’une volonté idéologique comme autrefois. Le fonctionnement interne des partis
expliquent leur positionnement. LE PCF, tout entier tourné vers l’URSS, est
dirigé par un M.Thorez autocratique et s’appuie sur des cadres soviétiques qui
donne les directives. Ainsi, les deux figures emblématiques du parti, Marty
et Tillon sont exclus du parti à l’occasion des nouvelles purges Staliniennes
de 1950. La SFIO elle, s’est largement détachée du soviétisme et fait figure,
dans le cadre de la Guerre Froide de parti Atlantiste. Mollet dirige le parti
et essaie d’en conserver l’unité malgré les différences idéologiques, concernant
notamment les colonies, qui surgissent parfois. D’autres partis sont apparus
sur la scène politique tels les socialistes résistants de Mitterrand. Finalement,
le parti devient plus un regroupement politique qu’idéologique comme en témoigne
l’extrême diversité du parti radical, avec à sa tête des hommes divers tels
que Pierre Mendès France ou E.Faure. Ce parti va d’ailleurs finir par imploser
après avoir exercer le pouvoir de 1954 à 1956 ne pouvant faire face à la diversité
des courants de pensée concernant notamment la question des colonies. La vie
politique sous la IVème République n’aura décidément pas été conforme aux habitudes
politiques et aux traditions. On ne voit apparaître de réel gouvernement de
gauche qu’en juin 1954 avec PMF. Puis la gauche va rester à la tête de l’Etat
jusqu’au début de l’année 57. La gauche au pouvoir, par exemple, ne reviendra
pas sur les lois Marie et Barangé, sur l’école privée qu’elle avait si ardemment
fustigées. La gauche sous la IVème République est résolument une gauche d’intérêt
et ne présente aucune unité dans sa politique. Seul moment idéologique aura
été la présidence du conseil de PMF lequel s’attache au système des partis,
ouvre la voie à la décolonisation en Tunisie et mobilise la jeunesse. Mais il
ne s’agit déjà plus de gauche au sens où la IVème République l’a instituée et
on parle de " mendésisme ". E.Faure lui, ne pourra pas gouverner sur une " majorité
d’idées " poursuit la décolonisation mais sera obligé de dissoudre une assemblée
ingouvernable. C’est finalement là où on attendait le plus la gauche qu’on a
du mal à la voir : en effet, la sévère politique coloniale en Algérie a largement
masqué les efforts sociaux (3ème semaine de congés payés) et la politique extérieure
(traité de Rome). Assurément la gauche de 47 à 58 a perdu son unité idéologique
initiale au profit d’une plus large activité politique.
De 1958 à 1981
Le second moment de l’histoire de la gauche de 1945 à nos jours, est le plus
vaste et naît de la constitution de la Vème République du 28/09/58. Les institutions
et la primauté du Gaullisme changent alors fondamentalement la donne politique
: la gauche si elle veut retrouver le pouvoir doit impérativement s’unir. Intrinsèquement,
le système de la Vème République amène à une bipolarisation de la vie politique.
A cause de la primauté du Gaullisme, la gauche va alors être souvent découragée
dans ses projets d’union d’autant plus que le contexte de la guerre froide tend
à exclure le PCF de la vie politique. La gauche retourne alors à l’idéologie
première que les évènements de mai 68 viennent lui rappeler. De 58 à 71, les
partis politiques ont, par conséquent, foisonné : FGDS, PSA, SFIO… la gauche
en est réduite à un rôle d’opposition et d’opposition par l’idée. Pourtant,
avec la fin du Gaullisme et la détente, l’Union peut enfin s’amorcer : au Congrès
d’Epinay en septembre 1970, le parti socialiste se réunit derrière A.Savary,et
l’année d’après, il rejoint le PCF pour mettre au point un programme commun
en septembre 71. Mitterrand personnifie alors l’Union, qui malgré les aléas,
arrive au pouvoir en mai 81. Des communistes entrent alors au gouvernement.
C’est bien sûr le principe de l’élection au suffrage universel direct qui tend
à faire que le parti se réunisse derrière un candidat. Ainsi, après la mort
de Thorez et une période transitoire, c’est Marchais qui prend la tête du PCF.
Mitterrand avec son relatif succès à la présidentielle de 65 devient le légitime
représentant de l’opposition de gauche. Après une période transitoire et les
espoirs de Defferre, l’élection présidentielle de mai 74 fait de lui un véritable
fédérateur. Il prend alors la tête de la gauche qu’il mène à la victoire électorale
de 81. Le fonctionnement des partis a donc naturellement tendance à cause du
principe de l’élection présidentielle, à les polariser sur une personne, candidat
potentiel à cette élection.
Depuis 1981
En mai 81, la gauche arrive au pouvoir et va y rester 14 ans, entrecoupés de
deux expériences de cohabitation de deux ans. Après un long purgatoire, elle
doit faire la preuve de sa capacité à gouverner. Elle doit par ailleurs marquer
son appartenance à la gauche pour assurer le soutien de son électorat qui s’est
agrandi. Ainsi, c’est immédiatement que la peine de mort est abolie et que la
presse est plus largement libérée. Les nationalisations rapides de 81 marquent
un approfondissement de l’Etat Providence. Le gouvernement de 1981 multiplie
les initiatives qui marquent son appartenance à la gauche traditionnelle. La
politique extérieure est une politique d’ouverture, centrée sur le renforcement
des liens de l’Union Européenne. L’importance accordée à la culture est un écho
des fondements idéologiques de la gauche. Rocard réussit à négocier à propos
de la Nouvelle Calédonie. Mais c’est bien la politique économique qui focalise
l’attention alors que le passé ne semble avoir laissé en la matière qu’un vague
testament d’inspiration Keynésienne, conforme aux nationalisations de 81. La
politique du gouvernement Mauroy après 83 aura pourtant des accents néo libéraux.
En fait, en matière économique, la Vème République tend à effacer la distinction
droite gauche. Bérégovoy se bat pour le franc comme Poincaré ou Pinay s’étaient
battus autrefois.
Conclusion
Pour conclure, il faut organiser et réunir les réflexions tout au long de cette
étude. La vie politique interne des partis s’est longtemps focalisée sur un
seul homme, qui incarne les idéaux et les combats de gauche. Ainsi, en 1995,
après 14 ans de présidence Mitterrand la gauche a finalement un long passé idéologique,
elle a désormais un passé politique solide par quelques figures tels que Thorez,
Blum, Mollet, PMF et Mitterrand. A elle de savoir se construire un futur.