Définitions :
expérience : Il y a trois sens à ce mot, qu’il faudra
tous appréhender dans ce devoir :
- rencontre et pratique active d’une réalité d’où l’on
reçoit information et formation, favorisant savoir et savoir-faire;
"instruction acquise par l’usage de la vie" (C. Bernard) en général.
- contact plus ou moins originaire du sujet de la connaissance avec la vérité;
les données sensibles avec lesquelles l’esprit est en rapport dans
l’élaboration et/ou la validation de ses connaissances et théories.
- synonyme d’expérimentation : procédures expérimentales
par lesquelles on cherche à vérifier une hypothèse. On
appelle alors expérience les faits qui nous fournissent cette instruction
expérimentale des choses.
instruire :
- donner des connaissances, des renseignements, augmenter le savoir de qqn
- former l’esprit de qqn, constituer pour lui un enseignement
- informer qqn, le mettre au courant de qch
Problématique : l’expérience est propre à celui qui la
vit. Elle peut donc difficilement être généralisée
à tous, au contraire de la théorie, qui elle fait appel à
la raison et non aux sens. Pourtant, la théorie a elle même besoin
de l’expérience pour être mise en forme et validée.
1 - L’expérience est à la base de notre perception du monde,
de la façon dont nous agissons et donc, d’une certaine manière,
elle nous instruit fortement.
a - dans bien des cas, une expérience vaut mieux qu’un long discours
- certaines connaisances ne peuvent être acquises que par l’expérience
(ex : artisanat)
b - pour les empiriques, l’expérience sensible est l’unique origine
de nos idées
- L’empirisme (Locke, Hume) affirme que nos idées procèdent
des sens : l’expérience sensible est à l’origine de toute connaissance.
Cette thèse ne doit pas être confondue avec celle de l’expérimentation
(3a). Elle affirme plutôt une conception de l’origine de nos idées
(qu’elle trouve dans la sensibilité) et ne nie pas le rôle de
la raison : elle permet seulement de limiter de la prétention de la
raison à connaître des objets qui ne sont pas donnés dans
l’expérience (Dieu, par exemple).
c - de nombreuses sociétés basent leur organisation sur le
rôle de l’expérience
- ex des sociétés "primitives", notamment à
transmission orale. Ceci change (cf. votre rémarque sur les "vieux")
TR : mais une connaissance entièrement basée sur l’expérience
n’est-elle pas très limitante, du fait de la courte durée de la
vie et du nombre limité d’expériences possibles ?
2 - Mais l’expérience, non seulement n’est pas suffisante, mais est
parfois vaine.
a - les idées ne peuvent être appréhendées par
l’expérience, qui les déforme nécessairement
- ex : les idées mathématiques. Pour Platon, il existe réellement
un "monde des idées", que l’expérience ne peut qu’imiter
(il est par exemple impossible de dessiner un véritable cercle)
c - si l’expérience n’est pas accompagnée d’un travail de
la raison, elle est vaine
- Pour Hegel, l’expérience n’est une "supériorité
de l’âge mûr" que si elle témoigne de l’"amer
travail de la raison" (cf toujours votre remarque).
TR : Il y a par ailleurs une opposition entre la raison et les passions : l’expérience
n’instruit pas si elle est couplée à une passion (cf. votre piste
sur les amours désastreux à répétition).
3 - Ce qui instruit, c’est l’expérience couplée à la
raison
a - Claude Bernard développe l’idée qu’"une théorie
est vraie si elle est vérifiée par les faits"
- Cette thèse affirme qu’il n’existe de connaissance scientifique qu’expérimentale.
Observation, hypothèse, expérimentation sont les trois moments
successifs de la méthode. Cette conception revient à affirmer
que le point de rencontre de la théorie (hypothèse) et du réel
(les faits) est l’expérimentation.
b - l’instruction doit donc être basée sur un équilibre
d’expérience et de théorie
- l’expérience permet de s’approprier les faits, tandis que la théorie
permet de les généraliser.
A bientôt.