L’universalité d’un même nom donné à plusieurs choses est cause que
les hommes ont cru que ces choses étaient universelles elles-mêmes, et ont soutenu
sérieusement qu’outre Pierre, Jean et le reste des hommes existants qui ont
été ou qui seront dans le monde, il devait encore y avoir quelque autre chose
que nous appelons l’homme en général; ils se sont trompés en prenant la domination
générale ou universelle pour la chose qu’elle signifie. En effet lorsque quelqu’un
demande à un peintre de lui faire la peinture d’un homme ou de l’homme en général
il ne lui demande pas de choisir tel homme dont il voudra tracer la figure,
et celui-ci sera forcé de copier un des homme qui ont été , qui sont ou qui
seront, dont aucun n’est l’homme en général . Mais lorsque que quelqu’un demande
à ce peintre de lui peindre le Roi ou toute autre personne particulière, il
borne le peintre à représenter uniquement la personne dont il a fait choix .
Il est donc évident qu’il n’y a rien d’universel que les noms , qui pour
cette raison sont appelés indéfinis parce que nous ne les limitons point
nous-mêmes, et que nous laissons à celui qui nous entend la liberté de les appiquer
, au lieu qu’un nom particulier est restreint à une seule chose parmi le grnad
nombre e celles qu’il signifie, comme il arrive lorsque nous disons [cet homme]
en le montrant ou en le désignant sous le nom qui lui est propre.
HOBBES , Léviathan, De la nature humaine, V, 6
Ce texte de Hobbes, issu du Léviathan, traite de la différence
entre le concept et la chose, en se basant sur l’exemple de l’homme. Pour vous
aider à rédiger le devoir et à mieux comprendre le texte,
voici des explications sur les termes du sujet qui peuvent poser problème
:
un même nom donné à plusieurs choses
C’est la définition la plus simple qu’on puisse trouver du concept. En effet,
un concept est une dénomination générale sous laquelle peuvent venir se ranger
tous les éléments qui y correspondent. Par exemple sous le mot "homme", on peut
ranger Pierre, Paul, Jacques, Napoléon, etc. On dit que le concept est "abstrait"
car il semble "extrait" (c’est l’un des sens du mot "abstraction") des réalités
matérielles qui lui correspondent.
Rien d’universel que les noms
L’argumentation de Hobbes se base sur un élément : les concepts, ou noms généraux
sont des mots qui correspondent à une multitude de réalités. En soi, ils n’existent
pas en tant qu’universels. Pourtant, au-delà de l’énumération des éléments réels
qui correspondent au sens du concept, celui-ci contient également la possibilité
même de cette énumération. Et, ce faisant, le sens du concept dépasse la simple
énumération. L’énumération correspond à "l’extension" du concept, son sens correspond
à sa "compréhension". Cela dit, le concept ne possède pas pour autant une existence
au même titre que les objets du monde réel. Kant explique, par exemple, que
les concepts purs ou Idées, sont de simples instruments de l’esprit humain qui
l’aident dans sa démarche de connaissance.
Indéfinis
Aujourd’hui, on parle de noms communs. Mais l’idée est la même : les noms communs,
au contraire des noms propres, correspondent à toutes les réalités qu’ils désignent
en général, mais à aucune en particulier.
Thèse de Hobbes :
Croire que l’idée d’homme correspond à quelque chose de réel en dehors de notre
esprit, que ce soit comme entité existante en plus des hommes individuels, ou
comme ensemble de caractères essentiels (une essence), c’est être victime d’une
confusion issue du langage lui-même. En effet, nous croyons spontanément qu’à
chaque mot, correspond une chose. Nous multiplions alors les entités existantes.
Référence à mettre en parallèle : Spinoza "Le
concept de chien n’aboie pas" (idée similaire à celle de
Hobbes)
Suggestion de plan :
A - La définition du concept selon Hobbes : "un même nom
donné à plusieurs choses"
B - Problème : si les objets matériels sont trop différents,
que reste-t-il dans le concept ? Celui-ci peut-il êre vide ?
C - La thèse de Hobbes nie-t-elle l’existence d’une "nature des
choses" / "nature humaine" ? Si oui, est-elle valable ?