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Langage |
Impression facile
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| Matière |
Niveau |
Section |
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11Philosophie |
Terminale |
ES |
| Chapitre |
Langage
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| Prestation |
Plan détaillé sur un sujet de dissertation |
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| Enoncé |
Le sujet est : Nos paroles nous engagent-elles autant que nos actes ?
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Réponse de notre équipe pédagogique :
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Nos paroles nous engagent-elles autant que nos actes ?
Le langage est un terme qui désigne tout système d’expression et de communication par signe. Il repose donc sur un code partagé (la langue, différente d’un pays à un autre).
On peut parler de pouvoir du langage dès lors que l’usage qui en est fait n’est pas simplement un usage répétitif de situations de communication figées (comme le langage des animaux, qui répond au besoin de communication immédiat d’un message), mais un usage délibéré, adequat à la communication de la pensée, avec laquelle le langage est en étroite relation.
L’engagement est traditionnellement défini comme la faculté d’imposer sa volonté pour la transformer en action. Il repose sur une domination (acceptée ou non) des choses ou des êtres. Il suppose la capacité d’échapper à des déterminations extérieures pour se conduire dans l’existence.
La question posée ici est donc de savoir si la maîtrise du langage est l’instrument privilégié d’une forme de pouvoir.
On peut déterminer principalement 3 domaines dans lesquels la maîtrise du langage contribue à me donner du pouvoir :
- sur moi même
- sur le monde
- sur autrui
1) La maîtrise du langage me donne du pouvoir sur moi même :
La question de la maîtrise du langage suppose une évolution dans le temps : l’enfant l’acquiert progressivement, et l’homme parvient à une maîtrise plus ou moins grande de ce langage.
Rousseau imagine l’origine du langage dans un ensemble de "cris inarticulés, de gestes expressifs, de bruits imitatifs" répondant immédiatement au besoin d’expression de l’individu. Cette thèse est peut être contestable du point de vue général mais, du point de vue individuel, elle semble fondée : contrairement à l’idée reçue qui voudrait que la pensée précède la parole, c’est l’inverse qui se produit : le bébé commence par se faire comprendre, en criant, en pleurant, avant de comprendre les autres : c’est à dire qu’une forme primaire de langage lui vient avant même la pensée.
Ensuite, il va développer son langage par imitation, essentiellement de celui de sa mère. La maîtrise progressive du langage est donc ici appropriation d’un code destiné à communiquer. A ce stade, le langage enfantin ne serait pas différent du langage animal, lui aussi conditionné par les besoins de l’éspèce animale : ainsi, Von Frisch, étudiant le langage des abeilles, a mis en évidence leur faculté de transmission d’un nombre fini d’informations, que chacune apprend à communiquer.
Mais ce qui distingue spécifiquement le langage humain du langage animal, c’est la faculté d’inventer par combinaison des séquences qui n’ont pas été apprises stricto sensu : la grammaire libère en démultipliant les facultés de langage jusqu’à l’infini et permet à l’homme d’affirmer sa liberté dans l’usage de sa langue : au delà de la communication, le langage peut devenir gratuit, inutile, en s’épanouissant par exemple dans un usage poétique et c’est là un des premiers dangers qu’il faut signaler : le langage peut rester cohérent et compréhensible, tout en ne désignant plus rien de réel : c’est pour cette raison que Platon considérait les poètes commes des ennemeis de la cité et proposait de les chasser, car il les considérait comme des maîtres de l’illusion.
D’autre part, la maîtrise du langage me donne du pouvoir sur moi même en ce qu’elle me permet de clarifier ma pensée : d’ailleurs, la forme même que prend ma pensée est celle du discours intérieur, du langage échangé avec moi même : sans langage, la epnsée reste informulée, donc informe.
C’est pourquoi être inégaux devant la maîtrise du langage signifie être inégaux face à la maîtrise de sa propre pensée : les individus qui ont une expression pauvre, simplement apprise par des effets de mode et répétée approximativement sont condamnés à avoir une pensée qui échappe sans cesse à elle même et qu’ils ne sont pas capables de maîtriser. Hannah ARENDT a bien exprimé cette nécessité vitale pour l’homme de parler : privé de langage, l’homme est en voie de deshumanisation, de déconstruction de sa propre pensée.
2) La maîtrise du langage me donne du pouvoir sur le monde :
La Genèse exprime le pouvoir créateur de la parole divine : "au commencement était le verbe…" et cette parole acte créa les choses. Il en est de même pour chacun d’entre nous, car nous prenons conscience du réel à mesure que nous le nommons, sans quoi, il n’a pas d’existence pour nous. Ainsi, le réel ne connaît que la diversité et l’individualité : il n’existe pas, dans la nature, d’objet qui réponde à notre définition d’un arbre, mais simplement DES arbres. La pensée, c’est la faculté de reconnaître l’unité dans la différence, d’extraire un Concept général et d’y ajouter des qualités particulières pour soumettre la diversité du réel aux catégories de notre esprit. Ainsi, Aristote, dans la Logique , définissait l’Identité comme la synthèse du genre et de la différence : ce qui veut dire que tel arbre n’est perçu comme tel par moi que parce que j’y reconnais le Concept général de l’arbre, puis les qualités singulières de celui-ci (grand ou petit, feuillu ou nu…). Or cette abstraction qui conduit de la chose au concept et du concept à la chose est véhiculée par le mot, qui donne un sens général, qui désigne un genre, une définition de dictionnaire, pour chaque objet isolé du réel.
Ainsi, par le langage l’homme s’élève au dessus des circonstances, s’abstrait des déteminismes sociaux et naturels qui pèsent sur lui et découvre la faculté de mettre en forme, en nommant, l’histoire de sa propre vie. En parlant, l’homme s’arrache en particulier du flux temporel, car il a la faculté de nommer ce qui n’est plus ou n’est pas encore, il n’est donc pas soumis à la dictature de l’immédiateté. par la parole, le passé et l’avenir se dotent d’une apparence de réalité.
La maîtrise du langage est donc une porte ouverte vers l’intemporel et l’Universel, qui me permettent d’avoir du pouvoir sur le monde.
3) La maîtrise du langage me donne du pouvoir sur autrui
La particularité évidente du langage humain, par opposition aux autres formes de communications animales, est de ne pas simplement véhiculer une information , mais de supposer un dialogue, un échange. C’est dans cette inter-subjectivité que tous les abus sont possibles, et que le langage peut se transformer en instrument de manipulation et de domination d’autrui. Platon, dans Gorgias, fait parler et cherhce à réfuter un défenseur de la rhétorique, pour qui le discours doit être orienté non plus en fonction de la vérité qu’il est supposé défendre, mais en fonction du destinataire qu’il doit convaincre. Pour Gorgias en effet, il n’est pas nécessaire de dire le vrai pour convaincre, car la conviction est le gain de l’opinion d’autrui, que je peux avoir à condition d’être le plus habile. Aussi, pour Gorgias, le rhéteur est le plus puissant des hommes, plus que le politicien, plus que le financier, parce qu’il peut parvenir à convaincre l’un et l’autre de défendre sa cause .
On voit donc bien que le langage doit être réfréné, et que son objet doit rester corrélé à un critère de Vérité, sinon, on entre dans le règne des beaux-parleurs et de la DEMAGOGIE, dont le but est la séduction, au lieu d’être la Vérité.
De plus, la parole me donne du pouvoir sur le monde lorsqu’elle se fait action : une parole devient performative lorsqu’elle se confond avec l’acte qu’elle désigne. Par exemple, lorsqu’un maire "déclare unis 2 personnes par les liens du mariage", sa simple parole devient officialisation de l’acte du mariage. C’est la nature de tout pouvoir politique, du moins dans une Démocratie représentative, que de céder le pouvoir de décider à ceux qui ont été élus pour le faire . En quelque sorte, c’est ici la société qui délègue collectivement son pouvoir de parole à certains. L’autorité, le pouvoir de leur parole et l’efficacité de celle-ci est alors conférée par la fonction occupée. A contrario, l’exemple d’un Président de la République comme Chirac, à qui l’autorité de la fonction a été retirée par la perte d’une élection suivante, le condamne à une parole vaine, dont le pouvoir n’est pas reconnu par le gouvernement qui n’émane pas de lui, mais du Parlement, et donc du suffrage universel.
CCL :
On voit donc que le langage est ambivalent : sa maîtrise est à la fois la plus belle preuve de l’exception humaine et de son arrachement au règne de la nature et de l’animalité, mais elle peut aussi devenir une menace et un danger, si le langage est utilisé sans raison et sans morale.
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