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Morale |
Impression facile
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| Matière |
Niveau |
Section |
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11Philosophie |
Terminale |
ES |
| Chapitre |
Morale
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| Prestation |
Plan détaillé sur un sujet de dissertation |
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| Enoncé |
Peut-on tout dire?
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Réponse de notre équipe pédagogique :
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Sujet classique mais complexe car tu devras faire attention aux différentes pistes à traiter (morale et langage) :
la question peut s’entendre de trois manières :
I) Peut-on tout dire au sens de « est-on autorisé à » tout dire. Ici, on touche à la philosophie morale.
- Si on admet que nous pouvons traduire en mots tout ce que nous pensons, est-on pour autant autorisé à prononcer ces mots ? N’a-t-on jamais aucune barrière morale, aucune retenue ?
- la morale et les mœurs nous engagent à ne pas tout dire.
exemple : la thérapie psychanalytique s’est développée à l’époque victorienne, époque aux mœurs rigides et à la morale impartiale. Ce n’est pas un hasard si Freud a eu tant de malades à soigner : lorsque la société impose le silence sur des sujets tabous, l’inconscient qui ne peut plus « dire » renferme ce non-exprimé et devient aussi explosif qu’une cocotte minute !
II) Peut-on tout dire au sens de « est-on capable » de tout dire. A-t-on les mots nécessaires pour tout dire, n’y a-t-il pas, par exemple des états de conscience qui ne sont pas prononçables, des sentiments que l’on ne parvient pas à traduire par les mots, etc ? Ce premier sens de « peut-on » touche donc au langage.
- Barrière naturelle du langage, de notre langue maternelle, qui ne peut pas tout dire : certains termes n’existent pas dans notre langue alors qu’ils existent dans d’autres. Or ces termes recoupent des idées bien précises qu’une autre langue ne peut parfois pas entièrement traduire.
- Voir le débat Cratyle/Socrate dans le Cratyle de Platon. Ce dialogue expose une théorie particulièrement fameuse : le problème du lien entre signifiant et signifié. Quels liens y’a-t-il entre le nom d’une chose et la réalité de cette chose ? Le lien est-il conventionnel, inventé par les hommes dans une seul but pratique ? Ou bien est-il en partie naturel, dicté à l’homme par la chose elle-même ? Si on veut tout dire, il faut donc que le langage soit l’exact traduction du réel. Il faut donc que la structure rationnel de notre langue reflètent la réalité du monde extérieur. Il faut que le rationnel soit réel et vice versa (position hégélienne).
- autre position : la langue est créatrice et non plus imitatrice : elle découpe elle même des zones de réalité à l’intérieur du monde. Elle crée donc une autre réalité qui vient s’ajouter à celle du monde extérieur (en poésie par exemple). Et dans ce cas, la langue devrait pouvoir tout dire. Même si la langue possède des mots que tout le monde connaît et sur lesquels tout le monde s’entend, elle peut posséder dans mots qui s’interprètent différemment selon les personnes, leur vécu, etc.
Exemple : le mot famille dans l’esprit d’un biologiste n’a pas le même sens que dans celui d’un père qui contemple sa femme et ses enfants.
III) Pour tout dire, faut-il pouvoir tout penser ? On peut pousser un peu plus loin et aborder la question sous l’angle de la pensée : en estimant que les mots puissent traduire toutes nos pensées, encore faut-il que nous poussions la pensée le plus loin possible. Si tout ce qui est dit est d’abord pensé, alors pour tout dire il faut d’abord tout penser. Et c’est bien là l’entreprise de la philosophie, le « connaître par soi-même », la grande entreprise de définition.
- Voir la théorie qui fait de la pensée une parole silencieuse : sans les mots, la pensée n’est pas possible. Nous ne pouvons penser que parce que nous formulons intérieurement les mots. Mais nous savons bien que nous ne possédons pas une pensée omnisciente, ce qui signifierait que nous ne pouvons pas non plus tout dire (en vertu de l’équivalence mot/pensée).
- Selon Bergson, la pensée est constamment en mouvement et ne se laisse énoncer qu’imparfaitement par les mots. Dans Matière et Mémoire (chapitre II), il explique que la parole convient pour désigner des objets matériels dans l’espace. La parole est commode car chaque mot prononcé remplace l’objet qu’il est censé désigner dans l’espace. Dans la seule phrase « le chat est sur le toit de la maison », je synthétise tout un environnement (la maison, le chat, la position du chat sur la maison) alors qu’il m’aurait fallu beaucoup plus de temps si j’avais dû montrer sans parler le chat, le toit et la maison. Par contre, Bergson pense que la parole ne peut pas exprimer avec autant de précision les réalités spirituelles (Dieu, la mort, le temps subjectif…) et les manifestations de ma vie intérieure (mon désir, mes sentiments au moment où je les ressens…). Ainsi, la parole traduit bien ce qui est dans l’espace, mais pas ce qui existe dans la durée. Or les différents états de ma conscience sont vécus dans la durée. Donc la parole ne peut traduire correctement ce que je pense ou ressens.
La leçon bergsonienne nous fait comprendre qu’il y a une limite au pouvoir du dire.
- La philosophie est une pourtant une entreprise de définition : il suffit de lire Platon pour comprendre que le problème de la plupart des hommes est l’adéquation entre langage et pensée : on peut tout dire mais on dit faux, on dit mal. Réformer son langage c’est donc avant tout réformer sa pensée.
Conclusion
Si, comme on l’a reconnu dans la partie II, l’indépendance d’une langue par rapport à la réalité qu’elle découpe permet de tout dire, et si, comme on l’a reconnu dans la partie I, la morale nous interdit de tout dire, alors il faut reconnaître qu’on peut virtuellement tout dire mais que la parole doit surmonter de nombreux obstacles (naturels, socio-politiques, logiques). Tout dire est possible mais difficile. C’est un combat incessant, c’est le combat que mène la philosophie lorsque nous essayons de penser par nous-mêmes.
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