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science de la nature et la science de l’homme

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Matière Niveau Section
11Philosophie Terminale S
Chapitre science de la nature et la science de l’homme
Prestation Plan détaillé sur un sujet de dissertation
Enoncé
Y a-t-il des limites à la connaissance de l’homme par les sciences?

Réponse de notre équipe pédagogique :

Y A-T-IL DES LIMITES A LA CONNAISSANCE DE L’HOMME PAR LES SCIENCES ?


Remarque introductive : la question porte sur les sciences de l’homme, leur spécificité et leurs limites ; ceci implique en outre une comparaison entre sciences humaines et sciences de la nature : les premières peuvent-elles se comprendre sur le modèle des secondes, et atteindre à la même rigueur qu’elles ? Leur objet même (l’homme) n’implique-t-il pas pour elles des limites ou des imperfections propres ? Et dans ce cas, les sciences humaines sont-elles encore des sciences au sens strict du terme ?

I. SCIENCES DE LA NATURE ET SCIENCE DE L’HOMME : peut-on chercher à connaître l’homme à la manière dont on cherche à connaître la nature ?

1/ Qu’est-ce qu’une SCIENCE ? Quelles sont les exigences qui la définissent ?
On peut rappeler pour commencer qu’une science se doit
- d’être UNIVERSELLE (comme le notait déjà Aristote dans les Seconds Analytiques : il n’y a à proprement parler de science que de ce qui est universel et nécessaire, et non de ce qui est particulier et contingent) ;
- en conséquence, elle doit chercher des LOIS des phénomènes étudiés, comme c’est le cas par exemple en science physique ;
- elle doit être capable d’établir des LIENS DE CAUSALITE rigoureux entre tel événement et tel autre (montrer par exemple qu’un événement A est toujours cause d’un événement B) ;
- enfin, elle doit être MATHEMATISEE, donc QUANTITATIVE et non plus qualitative comme elle le fut d’abord : elle doit énoncer des rapports mathématiques entre les phénomènes (ainsi à partir de Galilée on cesse de penser qu’un corps « tombe parce qu’il est lourd », mais on découvre par exemple qu’il y a un rapport mathématique précis entre l’accroissement de la vitesse de chute d’un corps, et le temps de chute).
La connaissance et les sciences de l’homme répondent-elles à de telles exigences, ou impliquent-elles au contraire des limites propres qui interdisent qu’elles répondent à de telles exigences ? Peuvent-elles vraiment, comme les mathématiques, ou la science physique, appartenir au domaine des sciences dites « exactes » ?

2/ Il existe deux façons d’étudier l’homme :
- on peut considérer l’homme comme un être naturel, comme une partie de la nature, de sorte qu’il sera alors l’objet d’une science naturelle parmi d’autres (la physiologie ou la biochimie par exemple) ; la connaissance de l’homme n’aura alors d’autres limites que celles inhérentes à toute science naturelle ;
- mais on peut aussi étudier l’homme en tant qu’être spécifique, doué d’un esprit, d’une culture qui lui sont propres et le distinguent des êtres naturels ; c’est alors qu’on aura affaire à des sciences de l’homme ou sciences humaines proprement dites : psychologie (étude de l’esprit humain), anthropologie (étude de l’homme et de ses cultures), sociologie, histoire, etc.
Le problème qui se pose alors à nous concerne plutôt le deuxième type d’étude de l’homme, autrement dit les sciences de l’homme en tant que telles : peuvent-elles être universelles, rechercher des liens de causalité, établir des lois des conduites humaines, et acquérir une précision mathématique, comme c’est le cas pour les sciences de la nature ?

3/ On a pu essayer de penser en effet les sciences de l’homme sur le modèle des sciences de la nature, et essayer de faire en sorte qu’elles satisfassent en effet aux mêmes exigences :
c’est le sens du propos du sociologue Emile DURKHEIM dans les Règles de la Méthode Sociologique par exemple, lorsqu’il affirme qu’il faut « traiter les faits sociaux comme des choses », autrement dit les étudier de la même façon que l’on étudie n’importe quel phénomène naturel : il règne dans l’ordre des faits sociaux le même type de causalité, et l’on peut y découvrir le même genre de lois rigoureuses, que dans les phénomènes naturels. « Le principe de causalité s’applique aux phénomènes sociaux, écrit Durkheim, … et on est en droit d’admettre que la causalité est également vraie dans le monde social », et pas seulement dans le monde physique. Pour étudier le phénomène du suicide par exemple, on pourra mettre en évidence une corrélation rigoureuse entre une hausse du taux des suicides, et les conditions économiques ou sociales des individus.
En ce sens, la connaissance de l’homme n’impliquerait aucune difficulté ni aucune limite propres, eu égard aux sciences de la nature.

On peut se demander cependant si une telle affirmation n’est pas quelque peu arbitraire : comment affirmer d’emblée, si ce n’est à titre d’hypothèse de travail, que le principe de causalité s’applique également dans l’ordre de la nature, et dans l’ordre proprement humain ? Ne néglige-t-on pas ici la spécificité de cet objet d’étude qu’est l’homme, en le réduisant à l’ordre simplement naturel ? C’est ce qu’il nous faut maintenant étudier.


II. LES LIMITES PROPRES AUX SCIENCES DE L’HOMME :

1/ Le caractère REFLEXIF des sciences de l’homme : dans les sciences de l’homme, le sujet est identique à l’objet de la connaissance, puisque c’est l’homme qui étudie l’homme, au contraire des sciences de la nature où l’homme étudie un objet différent de lui, extérieur à lui.
Or cette première caractéristique pose deux problèmes :
a- D’une part, comme l’objet étudié (l’homme) est un être conscient et non un objet inerte, il est sensible à l’observation, et celle-ci peut modifier ses comportements habituels : ainsi que l’a remarqué Auguste COMTE, « l’observateur modifie l’observé ». Ainsi l’anthropologue qui s’introduit dans une tribu ne peut-il prétendre l’étudier objectivement ou de façon neutre, puisque sa présence et son attention mêmes modifie sans doute les comportements habituels de la tribu en question : Levi-Strauss raconte par exemple dans Tristes Tropiques que la tribu des Nambikwara, qu’il était venu observer, se mit à l’imiter en traçant divers traits et figures, alors qu’elle ne connaissait auparavant ni l’écriture ni le dessin. De la même façon le sociologue ne peut prétendre étudier la société humaine comme il étudierait les abeilles ou les castors : car comme le notait Cournot, « l’observateur fait partie lui-même de la société qu’il observe, et la vérité ne peut avoir que des juges parvenus ou séduits ».
b- Un second problème se pose en effet : celui de l’objectivité. Comme l’objet de la science est identique au sujet, un problème de distance, de neutralité et d’objectivité apparaît. Ceci apparaît très nettement dans le cas de la psychologie introspective, qui renvoie au problème de la conscience de soi : le sujet qui se réfléchit ou s’auto-analyse manque de distance vis-à-vis de lui-même, et ce qu’il croit savoir ou voir de lui-même n’est souvent qu’erreur ou illusion. Et, même lorsqu’on étudie la psychologie d’autrui, les phénomènes d’identification, de sympathie, ne risquent-ils pas toujours de pervertir la rigueur de nos jugements ? De la même façon, on peut penser que l’historien risque toujours de projeter les conceptions de son temps, ou ses propres préjugés, sur le passé et les événements qu’il étudie.

2/ Le problème de l’universalité : comment fonder une science de l’homme universelle, alors qu’il semble qu’il existe une infinie diversité
- de cultures : la raison humaine est, ainsi que le notait Montaigne « infinie en matière, infinie en diversité » (Essais, I, 21) ; il existe des mœurs, des coutumes divers, de sorte qu’il semble impossible de trouver des lois des comportements ou cultures humains, si toutefois l’on ne veut pas tomber dans un ethnocentrisme, consistant à ramener la diversité des mœurs aux nôtres propres, et à les y réduire ;
- d’individus : il y a en effet des différences non seulement entre les peuples, mais aussi entre les individus, ce qui redouble encore le problème précédent.
- De même encore en ce qui concerne l’histoire, il semble qu’on ne puisse rechercher des lois universelles, puisqu’il s’agit d’étudier des phénomènes et circonstances particuliers, qui ne se répètent jamais exactement deux fois de la même manière : c’est pourquoi on pourrait dire avec Schopenhauer que « l’histoire est une connaissance, sans être une science, car nulle part elle ne connaît le particulier par le moyen de l’universeil, mais elle doit saisir immédiatement le fait individuel (…). L’histoire ne traite que des individus, elle serait donc une science des individus, ce qui implique contradiction » (puisque toute science se doit d’être universelle).

3/ Le problème de la liberté ou de la contingence : si en effet l’homme est libre, alors il faut penser que ses comportements ne sont nullement gouvernés par une nécessité ou un déterminisme naturels, comme c’est le cas pour les phénomènes de la nature ; d’où deux difficultés :
a – il est impossible d’établir entre les événements ou actes humains des liens de causalité nécessaires et universels, puisque la liberté humaine implique la contingence des événements humains (historiques par exemple) ; en conséquence, ces derniers demeurent imprévisibles, et ils ne peuvent faire l’objet d’une étude exacte aboutissant à des lois ou rapports mathématiques.
b- les actes ou événements humains ne se répètent pas, et ne peuvent être maîtrisés, ce qui rend en conséquence impossible toute expérimentation (sur le modèle des sciences de la nature).

4/ En conséquence des deux points précédents, il semble impossible de trouver, dans le cadre des sciences humaines, des lois universelles et nécessaires des phénomènes humains.

Telles semblent être les limite set difficultés propres à la connaissance de l’homme. Peut-on refuser pour autant à celle-ci, ou du moins aux divers genres de connaissances de l’homme, le nom de sciences ? Ces limites et difficultés ne peuvent-elles être dépassées ?


III. SOLUTIONS EVENTUELLES AUX DIFFICULTES PRECEDENTES

1/ Idée générale : on peut se demander si les difficultés évoquées précédemment constituent véritablement des limites ou imperfections de la connaissance de l’homme, ou s’il ne s’agit pas simplement de conditions qui leur sont propres, et qui impliquent seulement alors des exigences propres à ce type de connaissance. Peut-être s’agit-il alors surtout pour nous, loin de déplorer la nécessaire imperfection des sciences de l’homme, de prendre conscience de leur spécificité et de leurs exigences propres, eu égard à la spécificité de leur objet, qui n’est autre que nous-même.

2/ En ce qui concerne le problème de l’objectivité, il nous faut peut-être reconnaître que la connaissance de l’homme implique, au lieu d’exclure, le recours à la subjectivité.
a- C’est ce que signifie DILTHEY lorsqu’il écrit que « nous expliquons la nature », mais que nous « comprenons la vie psychique » : les phénomènes humains ne sauraient être simplement « expliqués » de façon purement mécanistes de causes et d’effet, mais ils sont doués d’un sens qu’il s’agit de comprendre dans sa globalité (comprendre telle réaction affective humaine, ce n’est pas en rechercher une cause unique qui suffirait à l’expliquer, mais chercher à comprendre, éventuellement en faisant appel à sa propre expérience ou subjectivité, le sens de cette réaction).
b- Et ainsi en ce qui concerne l’histoire par exemple, il ne sert de rien de requérir de l’historien une objectivité absolue les événements historiques ne prendront sens pour lui que s’il « va aux hommes du passé avec sa subjectivité propre, qui n’est pas une subjectivité quelconque », mais la subjectivité propre à l’historien, qui implique un esprit critique, mais aussi une « sympathie pour d’autres hommes, la capacité de rencontrer un autrui de jadis » et par là de comprendre les comportements et les motivations des hommes du passé, ainsi que l’explique Paul RICOEUR dans Histoire et Vérité.

3/ Le problème de la causalité et de la liberté : quoique sans poser un déterminisme strict, et sans rechercher des liens de causalité universels, il n’en reste pas moins que les sciences humaines cherchent à rendre compréhensibles les événements ou comportements humains, en montrant leurs enchaînements, leur organisation, leur cohérence.
Ainsi COURNOT rappelait-il dans l’Essai sur les fondements de la connaissance et sur les caractères de la critique philosophique que, s’il est vrai que l’histoire n’établit pas de « lois constantes » eu égard aux événements humains, il n’y aurait cependant « pas non plus d’histoire, dans le vrai sens du mot, pour une suite d’événements qui seraient sans liaisons entre eux ». La recherche de liens, d’une cohérence des événements, suffirait alors à aire admettre que les sciences humaines consistent bien néanmoins pour une part en une « connaissance des causes », ce qui était selon Aristote l’une des caractéristiques de la science.

4/ Enfin, à défaut de chercher des lois, il arrive que les sciences humaines mettent en évidence des structures globales (c’est ce que cherche à faire l’école structuraliste, à laquelle appartenait Levi-Strauss), c’est-à-dire à repérer dans les relations sociales, dans certains objets symboliques, dans les langues ou les mythes, des formes invariantes, indépendantes de la conscience des individus et de leurs représentations empiriques.


Conclusion : la connaissance de l’homme implique bien des limites qui lui sont propres, ce qui ne signifie pas qu’elle demeure essentiellement imparfaite et que le nom de science doive lui être systématiquement refusé : les limites que nous avons évoquées ne sont peut-être que les conditions et les exigences propres aux sciences de l’homme, qui ne sauraient être identiques et réductibles à celles des sciences de la nature, eu égard à leur différence d’objet. De sorte que, s’il est vrai que les sciences de l’homme ne sauraient être considérées, à l’instar de la physique ou des mathématiques, comme des « sciences exactes », elles n’en sont cependant pas moins des sciences, si toutefois on accepte de penser une spécificité de l’homme et des sciences qui le prennent diversement pour objet, et ne sauraient l’étudier comme on étudie de simples phénomènes naturels.

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