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Spinoza |
Impression facile
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| Matière |
Niveau |
Section |
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11Philosophie |
Terminale |
S |
| Chapitre |
Spinoza
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| Prestation |
Commentaire détaillé d'un texte ( joindre le texte, l'auteur, la date) |
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| Enoncé |
Bonsoir, pourriez-vous m’aider sur ce texte de Spinoza:
Dégagez l’intérêt philosophique de ce texte en procédant à son étude ordonnée.
« Et ce n’est certes qu’une sauvage et triste superstition qui interdit de prendre du plaisir. Car en quoi convient-il mieux d’apaiser la faim et la soif que de chasser la mélancolie ? Tels sont mon argument et ma conviction.
Aucune divinité, ni personne d’autre que l’envieux ne prend plaisir à mon impuissance et à ma peine et ne nous tient pour vertu les larmes, les sanglots, la crainte, etc…, qui sont signes d’une âme impuissante. Au contraire, plus nous sommes affectés d’une plus grande joie, plus nous passons à une perfection plus grande, c’est à dire qu’il est d’autant plus nécessaire que nous participions de la nature divine. C’est pourquoi, user des choses et y prendre plaisir autant qu’il se peut (non certes jusqu’au dégoût, car ce n’est plus y prendre plaisir) est d’un homme sage. C’est un homme sage, dis-je, de se réconforter et de réparer ses forces grâce à une nourriture et des boissons agréables prises avec modération, et aussi grâce aux parfums, au charme des plantes verdoyantes, de la parure, de la musique, des jeux de gymnase, des spectacles, etc…, dont chacun peut user sans faire tort à autrui. Le corps humain, en effet, est composé d’un très grand nombre de parties de nature différente, qui ont continuellement besoin d’une alimentation nouvelle et variée, afin que le corps, dans sa totalité, soit également apte à tout suivre ce qui peut suivre de sa nature(…) C’est pourquoi cette ordonnance de la vie est parfaitement d’accord et avec nos principes et avec la pratique commune.
SPINOZA
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Réponse de notre équipe pédagogique :
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Introduction
Texte surprenant pour un philosophe, car il défend des conceptions du plaisir et de la sagesse peu communes : le plaisir n’est pas en soi répréhensible, il faut le rechercher comme un bien car il nous rend plus puissant, plus parfait et plus sage. La tradition philosophique classique nous a habitué à un autre genre de discours qui est plus favorable au silence du corps et à la chasse des plaisirs vains qui affectent l’âme et ne concourent pas à la sagesse. Mais Spinoza va encore plus loin, car il fonde le plaisir en nature, c’est à dire que le plaisir est non seulement un bienfait pour l’âme mais que nous devons le rechercher pour notre corps qui le demande. Comment expliquer que les plaisirs du corps nous rendent plus sages ?
I. Equivalence des plaisirs
- de " Et ce n’est certes pas… à… que nous participions de la nature divine ".
Ce qui frappe dans ce passage, c’est d’abord la définition large des plaisirs.
Faim / Soif / Mélancolie.
Spinoza semble mettre les besoins du corps au même niveau que les affections de l’âme. Alors qu’il commence à parler de plaisir ("Et ce n’est certes qu’une sauvage et triste superstition qui interdit de prendre du plaisir "). Pourquoi ?
Le plaisir est souvent défini comme ce qui vient combler un manque. Là dessus, Spinoza n’est pas novateur : ce qui est un plaisir, ce n’est pas la faim, la soif ou la mélancolie, mais le mouvement qui vient les effacer et combler le besoin qu’elles avaient créé.
- Superstition : Spinoza n’attaque pas tant la tradition philosophique classique que les pourfendeurs du plaisir de son temps. XVIIè = époque très pieuse en France. Il faut se souvenir également que Spinoza, juif, a été forcé de renier sa religion et que les autorités juives en France l’ont exemple-communié. Ce n’est donc pas gratuit lorsqu’il affirme que c’est la superstition qui nous pousse à refuser le plaisir. Ce qui sous entend que ce la religion n’est pas contre le plaisir. Nous en avons l’explication au deuxième paragraphe.
- Dieu ne peut pas prendre plaisir à mon absence de plaisir. Ce serait avoir une fausse image de lui, une conception dégradante de la divinité qui est forcément omnisciente, toute puissante et parfaite (car un défaut est un manque, or le dieu de Spinoza est parfait, il est nécessaire, il ne peut être que ce qu’il est). Seule une créature moins parfaite que dieu peut prendre plaisir à mon déplaisir : c’est pour cela que Spinoza suppose qu’un homme " envieux " est capable de prendre plaisir à ce qui pour moi constitue un manque donc une souffrance.
Notre peine n’a rien de vertueux : c’est une affirmation révolutionnaire à l’époque. Cela suppose que la mortification est inutile que nous ne gagnons pas notre place au paradis en souffrant. Plaisir = joie = puissance = perfection (les peines sont effectivement " signes d’une âme impuissante "). Or, la perfection est divine au plus haut sens du terme puisque Dieu est l’être le plus parfait qui puisse être, et le plus puissant aussi, donc, le plaisir de l’homme ne peut pas choquer Dieu, ne peut pas être en contradiction avec la nature divine.
- Spinoza va encore plus loin en fin de paragraphe : non seulement le plaisir n’est pas en contradiction avec la nature divine mais plus nous prenons de plaisir, plus nous participons à la nature divine car notre perfection est augmentée (" Au contraire, plus nous sommes affectés d’une plus grande joie, plus nous passons à une perfection plus grande, c’est à dire qu’il est d’autant plus nécessaire que nous participions de la nature divine "). Cette augmentation de la puissance par l’acquisition du plaisir porte un nom : la joie. Faire ici référence à l’Ethique IV, 41 : joie = passage à une plus grande perfection, augmentation de la puissance d’agir. C’est une définition surprenante et novatrice : éprouver de la joie n’a rien d’immoral, c’est naturel, c’est le résultat du passage de ma faiblesse à une faiblesse moins grande.
II. Usage modéré des plaisirs
- de " C’est pourquoi, user des choses et y prendre plaisir " à " dont chacun peut user sans faire tort à autrui ".
ce paragraphe est un peu plus conforme à l’idée de plaisir que se faisaient les penseurs antiques. Spinoza défend la juste mesure, le juste milieu, la modération. Mais ce n’est pas en contradiction avec le paragraphe précédent qui ne faisait que nous donner une définition du plaisir. Le présent paragraphe nous indique comment user du plaisir. Il faut user des plaisirs " autant qu’il se peut " c’est à dire autant que notre nature nous le permet. Lorsque cette nature ne peut plus prendre plaisir, qu’elle en est saturée, nous le sentons : le corps est dégoûté, c’est un indicateur. Dès qu’il y a dégoût, le plaisir s’efface, il se nie, il devient son contraire. L’homme qui veut prendre plaisir sera donc modéré. Le raisonnement est le suivant : comment prendre le plus de plaisir possible : en étant modéré dans ses plaisirs. Mais le but est quand même de prendre le plus de plaisir possible.
- Le sage ne refuse pas les plaisirs. Ce qui est sage, ce n’est pas le refus du plaisir, c’est la capacité à modérer ses plaisirs pour pouvoir les faire durer et y participer autant que possible. C’est une interprétation originale du thème antique de la juste mesure, du juste milieu. La pratique spinoziste du juste milieu est un moyen pour parvenir à un maximum de plaisir qui est également un maximum de puissance, un maximum de perfection et un maximum de participation à l’essence divine.
Dans ce contexte, tous les plaisirs sont bons à prendre, sans distinction, à partir du moment où on en fait un usage modéré : nourriture, boissons agréables, parfums, plantes verdoyantes, parure, musique, jeux de gymnase , spectacles, etc… Il n’y aucune morale à s’interdire les plaisirs et le sage le sait. Mais la collection des plaisirs n’est pas seulement fondé moralement, elle a aussi des origines plus profondes, dans la nature même de l’homme.
III. Justification naturelle de l’usage des plaisirs
- de " Le corps humain, en effet " à la fin du paragraphe.
Nos plaisirs doivent être variés car notre constitution requiert plusieurs sortes de plaisirs. Notre corps est constitué de parties différentes qui ont donc des besoins différents. Or, chacun de ces besoins doit être comblé par apport spécifique. Il est donc naturel d’éprouver autant de plaisirs variés que nous possédons de besoins différents. Une partie du corps = un besoin = un plaisir. Il n’y a donc pas de hiérarchie des plaisirs : tous les plaisirs sont naturels. Seul n’est pas naturel l’excès de plaisir. Combler ces différents plaisirs demandés par le corps concourt à la perfection du tout de notre corps : notre puissance ne peut être totale que si notre corps est comblé. Un besoin est un manque, donc une imperfection.
- s’il y a une morale des plaisirs exprimée dans ce passage, c’est la suivante : un usage modéré de tous les plaisirs auquel peut accéder le corps doit être pratiquée par l’homme. Or, cette pratique exclue les jouisseurs comme ceux qui mortifient le corps en pensant augmenter la puissance de l’âme. La pratique du plaisir modéré est plutôt celle de " monsieur-tout-le-monde " semble nous dire Spinoza (" C’est pourquoi cette ordonnance de la vie est parfaitement d’accord et avec nos principes et avec la pratique commune. "). Le sage n’est pas un être d’exception, c’est simplement celui qui écoute sa nature et qui pratique la modération des plaisirs sans se forcer et sans se réclamer d’un quelconque idéal de vie surhumain, ou qui devrait faire mal au corps, forcer le corps.
Conclusion
L’usage modéré des plaisirs nous fait parvenir à la joie. Or, la Joie ne peut être opposée à pureté morale. C’est toute l’entreprise de l’éthique spinoziste de nous démontrer que le plaisir amène à la joie et que la joie prolongée amène à une béatitude bonne en elle-même sans forcément être soumise à un impératif moral. Spinoza développe une conception moderne de la liberté : il assimile le bonheur, c’est-à-dire la synthèse réfléchie des actes de la joie, à une expérience de jouissance et de plénitude qui est proprement une expérience d’être, bien qu’elle ne soit pas une expérience de l’Etre.
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